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Puériculture Ziyad MAKHOUL

Ce que nous sommes devenus : des assistés permanents ; des estropiés de l’ambition ; des mendiants politiques désormais incapables de la moindre prise en main personnelle ; des cerveaux régressifs shootés à cette surpuissante morphine qu’est l’attente : l’attente d’une démarche régionale, l’attente d’une conjoncture internationale ; l’attente d’une tectonique des plaques favorable ; l’attente d’un virement, un minable RMI, une initiative arabe, occidentale, multipolaire. Tout est bon à prendre, à toutes les tables, dans toutes les capitales, à la moindre retrouvaille entre petits ou grands décideurs ; tout, à condition que soient évités ce sursaut, cet éveil, cette prise de conscience collective qui pousseraient majorité et opposition à se retrouver et à dénicher ces dénominateurs communs qui permettraient à la communauté internationale de respirer, à l’internationalisation de diminuer drastiquement et au Liban de s’émanciper, de mûrir, de s’envoler… Régulièrement depuis bientôt un an, depuis l’insensée prise en otage, à coups de mini-États, de minicoups d’État, de la révolution du Cèdre, le Liban s’est transformé en cette hypersotte de Belle au bois dormant qui, elle aussi, justement, ne sait qu’attendre, les yeux fermés, les oreilles bouchées, la langue scellée, l’arrivée d’un quelconque prince charmant en provenance de Washington, de Paris, de Téhéran, de Ryad, de Damas, du Caire, du Palais de Verre, de n’importe où, mais pas d’ici… La réalité est aberrante ces dernières 24 heures : on ne fait rien, on attend – tare génétique transformée en kit de survie. On attend les résultats de Charm el-Cheikh, où l’Irak est censé occuper le cœur et la périphérie des débats à plusieurs ou à deux, mais où on est sûrs que Condoleezza Rice, Saoud el-Fayçal, Walid Moallem, Manouchehr Mottaki et les autres ne peuvent pas, ne pourront pas ne pas parler du Liban. On pousse même le vice jusqu’à redouter en silence que Washington et Damas, qui ont consommé leur divorce à cause de Bagdad, mais surtout à cause de Beyrouth, ne se remettent aux french kisses au détriment du Liban… On attend de voir l’improbable duo Condie-Mottaki aller plus loin que la simple courtoisie diplomatique, paver la voie à un sacré dégel entre Washington et Téhéran, permettre à Beyrouth un merveilleux été et mettre Damas au Xanax. On attend un mot, une syllabe, une décision au Conseil de sécurité, qui éviteraient à certains, ici, de perdre la face, à d’autres d’expliquer une énième fois le pourquoi du comment. On attend sans trop d’illusions de voir si la/le prochain(e) locataire de l’Élysée saura s’occuper du Liban aussi bien que Jacques Chirac. On attend. On a passé des décennies dans l’attentisme le plus stérile, de la guerre civile jusqu’à la fin des années de plomb de l’occupation syrienne, on pensait que le printemps beyrouthin de 2005 allait dynamiter cette malédiction ; il l’a fait, mais depuis que l’opposition assène jour après jour d’infinis niet à la formule ni vainqueur ni vaincu, depuis qu’elle a décidé que rien ne se débloquerait si elle ne prenait pas le pouvoir, de Baabda au Sérail en passant par Aïn el-Tiné, le passé, ses fantômes, sa stérilité se sont réinstallés en deux temps, en à peine trois mouvements : la clownerie de Riad el-Solh, l’archiverrouillage du Parlement et le rapt annoncé de la présidence de la République. Avant on attendait en sachant pertinemment qu’in fine, l’histoire offrira un somptueux feu d’artifice ; aujourd’hui on attend biberonnés jusqu’à la nausée, infantilisés jusqu’à l’outrance, parfaitement conscients qu’attentisme rime seulement avec régression, qu’à force de refuser d’être actants/acteurs mais simplement spectateurs, qu’à force de subir et jamais agir, les deux prochains Ziad que les fossoyeurs du Liban se chargeront inévitablement de tuer seraient les deux Ziad de trop.
Ce que nous sommes devenus : des assistés permanents ; des estropiés de l’ambition ; des mendiants politiques désormais incapables de la moindre prise en main personnelle ; des cerveaux régressifs shootés à cette surpuissante morphine qu’est l’attente : l’attente d’une démarche régionale, l’attente d’une conjoncture internationale ; l’attente d’une tectonique des plaques favorable ; l’attente d’un virement, un minable RMI, une initiative arabe, occidentale, multipolaire. Tout est bon à prendre, à toutes les tables, dans toutes les capitales, à la moindre retrouvaille entre petits ou grands décideurs ; tout, à condition que soient évités ce sursaut, cet éveil, cette prise de conscience collective qui pousseraient majorité et opposition à se retrouver et à dénicher ces dénominateurs...