Ariel lave plus blanc que blanc, c’est la pub qui le dit, et la pub, comme tout un chacun sait, ne ment jamais. Persil lave tout aussi blanc, Bonux aussi, Le Chat, bien entendu, et bien d’autres que je ne souhaiterais nullement fâcher.
Tous lavent blanc, mais tous les détergents du monde pourraient-ils jamais laver, nettoyer notre mémoire, en éliminer les salissures, débusquer les zones d’ombre qui y sont enfouies ?
Le passé nous taraude, se rappelle régulièrement à notre mauvais souvenir. Un faux pas, un croc-en-jambe et il resurgit, impitoyable, nous met à nu face aux vautours, aux rapaces qui attendent l’heure propice pour foncer sur leur proie.
Ce sont les fantômes du passé qui ont assassiné Ziad Ghandour et Ziad Kabalan, qui les ont torturés, mutilés ; c’est le poison sans cesse entretenu, engrangé au fil des ans, qui les a conduits sur les marches du temple sacrificiel.
Des malfrats en habits de gentlemen ont systématiquement trempé leurs doigts dans le sang des autres, ont manigancé, comploté, ouvert toutes grandes les portes de l’apocalypse.
Il est un dicton libanais qui en dit long, qui dit tout en quelques mots : « Celui dont la maison est en verre ne lance pas des pierres sur autrui. »
À quoi donc ont servi, affichées des semaines, des mois durant, les réminiscences de temps abjects, de sordides forfaits ; à quoi donc ont servi les accusations meurtrières qui ont rouvert des plaies qu’on croyait définitivement pansées ? Cauchemars de guerres passées qui ont égrené d’interminables heures de folie, déblayé la voie à d’inexorables descentes aux enfers.
Les remises en question, les souffrances imposées, endurées ne parviendront jamais à altérer les implacables vérités. Les casquettes qu’on change du jour au lendemain, les vestes qu’on retourne en un tour de main, les métamorphoses qui empruntent les chemins de la « sainteté », tout cela ne réussira pas à gommer les marques de l’infamie.
Des erreurs, de graves erreurs ont été commises, des crimes ont été longuement planifiés, méticuleusement exécutés, et l’histoire ne manquera pas d’en faire l’accablant inventaire.
Avec Taëf, les Libanais, malgré tout, avaient agréé de tourner la page, de regarder vers l’avenir. Mais c’était compter sans les appétences des uns, les compromissions des autres, les interminables retournements qui nous ont conduits au désastre actuel.
Alors, de grâce, qu’ils nous dispensent des leçons de probité prodiguées à longueur de journée, qu’ils arrêtent de jouer aux vierges effarouchées alors que leur passé a été une succession de turpitudes, de désinvoltes tromperies.
À force de tirer sur la corde, elle se casse : nous en sommes là actuellement et les « crédits » accumulés au fil des mensonges, de bobards éhontés ne valent plus grand-chose, ne convainquent plus grand monde.
L’enfance meurtrie, l’innocence violentée ont été jetées en pâture le jour même du second anniversaire du retrait syrien du Liban. Un pied de nez aux façonneurs de rêves, le rappel d’une contre-évidence : les absents, quels qu’ils soient, peuvent être plus présents que les présents…
En 1975, tout avait commencé par une provocation ; et de représailles en contre-représailles, le Liban a plongé dans une guerre de quinze ans dont on n’a pas fini de payer l’effroyable ardoise.
Rebelote ? Tout dans les esprits, manipulés avec frénésie, pousse à la récidive, mais tout tend, aussi, à la dissuasion, à l’évitement.
Si, au niveau de la rue, les esprits sont chauffés à blanc, au niveau des hommes politiques, un début de conscientisation commence à poindre, à voir le jour. Mais cela restera insuffisant, la situation demeurera précaire si des initiatives concrètes, palpables ne sont pas lancées au plus vite : reprise du dialogue dans l’enceinte naturelle qu’est le Parlement, levée immédiate du sit-in pernicieux du centre-ville.
Les criminels qui ont assassiné un gosse de douze ans, dans le dessein évident de semer la discorde et d’ouvrir la voie aux guerres civiles, peuvent frapper à nouveau.
Le bouclier libanais sera-t-il reconstitué à temps ? Nous en sommes réduits, aujourd’hui, à croiser les doigts, à scruter les astres…
Nagib AOUN
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Tous lavent blanc, mais tous les détergents du monde pourraient-ils jamais laver, nettoyer notre mémoire, en éliminer les salissures, débusquer les zones d’ombre qui y sont enfouies ?
Le passé nous taraude, se rappelle régulièrement à notre mauvais souvenir. Un faux pas, un croc-en-jambe et il resurgit, impitoyable, nous met à nu face aux vautours, aux rapaces qui attendent l’heure propice pour foncer sur leur proie.
Ce sont les fantômes du passé qui ont assassiné Ziad Ghandour et Ziad Kabalan, qui les ont torturés, mutilés ; c’est le poison sans cesse entretenu, engrangé au...