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Actualités - Opinion

L’aurore

Il jeta probablement sur la plaine de la Békaa le regard le plus nostalgique qu’un homme ait jamais lancé du haut de la chaîne de l’Anti-Liban… Cet homme, uniforme kaki et casque militaire, était le dernier soldat des forces d’occupation syriennes à se replier du Liban le 26 avril 2005. Trente ans ! Peut-être un peu moins, peut-être un peu plus… En somme, trois décennies, à jamais marquées par le sceau de la terreur, du crime, du sang. De Zahlé à Dahr el-Wahch, en passant par Achrafieh et Damour, l’histoire de ces lieux (et de tant d’autres) est désormais scellée par le courage de ces femmes et de ces hommes ayant payé le prix de notre liberté par leur martyre. Ce deuxième anniversaire du retrait syrien leur est donc dédié, car ils en resteront à jamais les vrais auteurs. Pourtant, parmi ces derniers, il est aussi des noms, des centaines de noms, non pas gravés sur les plaques funéraires mais dans tout cœur qui bat encore au rythme de la vie. Devenus aujourd’hui simple numéros, abandonnés à leur tragique sort dans les geôles syriennes, ils interpellent inlassablement notre conscience du fond de leur enfer. Ces détenus, seuls le cri et les larmes de leurs mères brisent encore le mur du silence qui les entoure. Elles occupent, rappelons-le, la seule tente qui ait eu le droit d’être érigée au centre-ville de Beyrouth. Ironie de l’histoire, ces femmes semblent avoir rejoint à leur tour une prison d’une autre dimension puisque encerclées et grugées par ceux-là mêmes qui scandent, tambours battants, leur indéfectible fidélité au régime de Damas, au régime bourreau de leurs fils. Réalité choquante, scène macabre digne de ses tristement illustres auteurs. Le destin du Liban dépend une fois de plus, hélas, des forces obscurantistes adeptes d’une culture vicieusement dangereuse, fondamentalement violente, immanquablement destructrice. Combien triste est le sort du pays du Cèdre, comme condamné à relever toujours les défis les plus terribles de l’histoire. De guerre en guerre, de crise en crise, d’occupation en occupation, il faut croire, décidément, que ni l’histoire ni la géographie ne nous ont jamais fait de (beaux) cadeaux. Dans une lettre rédigée en décembre 1923 et adressée à May Ziadé, Gibran Khalil Gibran écrivait : « Tout cœur a un ermitage dans lequel il se retire, en quête de confort et de consolation… ». Cet ermitage, les familles des détenus en Syrie ont cru le trouver sur le sol d’un jardin portant le nom même de l’auteur du Prophète. Nous avons tous aujourd’hui le devoir de ranimer en elles la flamme de l’espoir et d’ôter à leur ermitage l’assourdissant silence, l’impardonnable oubli. Dans la solitude de leurs souffrances, elles attendent inlassablement un fils, un frère, une vie. De 26 avril en 26 avril, combien de tentes auront été faites et défaites. Pourtant, une et une seule donnera tôt ou tard le signal de la fin de la nuit. Un moment qu’on appelle aurore, le premier instant de répit… Émile ISSA EL-KHOURY
Il jeta probablement sur la plaine de la Békaa le regard le plus nostalgique qu’un homme ait jamais lancé du haut de la chaîne de l’Anti-Liban… Cet homme, uniforme kaki et casque militaire, était le dernier soldat des forces d’occupation syriennes à se replier du Liban le 26 avril 2005.
Trente ans ! Peut-être un peu moins, peut-être un peu plus… En somme, trois décennies, à jamais marquées par le sceau de la terreur, du crime, du sang. De Zahlé à Dahr el-Wahch, en passant par Achrafieh et Damour, l’histoire de ces lieux (et de tant d’autres) est désormais scellée par le courage de ces femmes et de ces hommes ayant payé le prix de notre liberté par leur martyre. Ce deuxième anniversaire du retrait syrien leur est donc dédié, car ils en resteront à jamais les vrais auteurs. Pourtant, parmi ces derniers,...