Le président veut ses 124,2 milliards de dollars pour financer la poursuite de la guerre en Irak mais il n’est pas question pour lui de fixer un calendrier de retrait des troupes, comme le réclament les démocrates Mais il ne ufaut pas dramatiser : les divergences entre les deux partis sont parfaitement « normales » ; en fait, elles sont « saines », a-t-il dit l’autre jour, et « nous devons en débattre ». Ce qui reviendrait, n’est-ce pas, à négocier, c’est-à-dire à dialoguer.Or c’est là que le bât blesse. Essayer donc de dialoguer avec un homme qui affirme n’avoir que Dieu pour interlocuteur…
Embourbée dans les marais irakiens, plus encore que par le passé depuis l’annonce en début d’année d’un « new surge » dont on observe chaque jour les désolants résultats, les États-Unis se trouvent confrontés à un terrible dilemme : les Américains sont quasi unanimes à juger qu’il faut au plus vite rappeler les boys, mais seulement 9 pour cent sont d’avis qu’il conviendrait de rogner sur les crédits militaires. Dans la pratique, la nouvelle majorité au Sénat et à la Chambre des représentants exige un calendrier de retrait des troupes pour voter les nouveaux crédits mais se retrouverait désarmée face à un veto présidentiel qu’elle ne pourrait annuler que grâce à un apport supplémentaire de votes lui permettant d’atteindre la majorité de deux-tiers (67 voix) à la Chambre haute. Mission sinon impossible à tout le moins hautement improbable.
En pareil cas, que font les hommes politiques ? La seule chose qu’ils sachent faire : politicailler. D’escarmouches en déballages (grands et petits), de dénonciations en plaidoyers, le duel poursuit ainsi depuis des semaines son petit bonhomme de chemin pendant que, sur le terrain, la dégradation de la situation a atteint le point de non retour. Sur ce plan, on ne saurait dire que, du côté irakien, la transparence règne. La mission d’assistance des Nations unies vient en effet de reprocher au cabinet Malki de dissimuler les bilans des pertes civiles et de juger exagéré le chiffre de 34 400 morts en 2006. Côté US, on y voit plus clair : depuis le début du mois, 77 GIs ont été tués et 3 330 autres blessés. La dernière en date des attaques a fait neuf victimes US, œuvre d’un nouveau venu sur la scène locale, l’« État islamique en Irak » qui évolue dans l’orbite d’el-Qaëda. On comprend que la Maison-Blanche se fasse discrète, dont le locataire prétendait, il y a quatre ans, combattre un terrorisme alors inexistant à Bagdad. Ce qui ne l’empêchait pas, avant-hier mardi, de commettre un nouveau « bushisme ». « La bonne nouvelle, a-t-il dit dans le cadre d’un talk show du célèbre présentateur Charlie Rose, c’est que la violence sectaire a baissé. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a toujours de spectaculaires attentats à la voiture piégée, qui ont pour résultat de réduire la confiance de la population dans la capacité de son gouvernement à la protéger. » Conclusion ? Les Américains restent, même si, au niveau du commandement, la grogne s’amplifie. Le général Michael Mosely est de ces hauts gradés qui font entendre leur voix. En début de semaine, ce chef d’état-major de l’armée de l’air a réuni un groupe de journalistes pour se plaindre que 20 000 de ses hommes doivent accomplir de bien étranges tâches : gardes-chiourmes, conducteurs de camions, secrétaires.
De l’avis de tous les spécialistes, les 146 000 hommes présents sur place ne suffiront pas à faire de l’Irak un havre de paix, un îlot de démocratie et un modèle à suivre pour les autres pays de la région – objectif affiché par Washington pour justifier l’opération « Shock and Awe ». Et ce n’est pas le piètre duel en cours à Washington qui évitera la débâcle annoncée. D’ailleurs, il y aurait lieu de se demander si, en choisissant la confrontation avec ses adversaires au Congrès, George W. Bush ne cherche pas à retarder l’inéluctable échéance, dans l’espoir d’offrir ce cadeau empoisonné à son successeur. En attendant, il fait donner sa garde rapprochée, partie cette semaine à l’assaut de la forteresse démocrate, Dick Cheney en tête, qualifié de « chien d’attaque » par le chef de la majorité Harry Reid. Le problème pour le vice-président est qu’il n’est plus crédible, en raison de ses outrances verbales et surtout de son implication dans les innombrables scandales dont son ancien employeur, la firme Halliburton, s’est rendue coupable Le sénateur du Michigan Carl Levin le dit fort bien quand il estime que l’homme a « trompé le peuple et commis beaucoup trop d’exagérations ». Un jugement qui vaut tout aussi bien, soit dit en passant, pour l’actuel hôte de la Maison-Blanche.
L’issue possible ? Elle est suggéré par le congressman Rahm Emanuel, qui propose à ses pairs d’octroyer les fonds demandés par la présidence mais jusqu’au mois de septembre, date à laquelle il serait demandé au tandem Baker-Hamilton un rapport sur les progrès qui auront été réalisés jusqu’alors. Des progrès dites-vous ?
Christian MERVILLE
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