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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Cratères

Ça y est, on va combler le Trou, c’est-à-dire ce monstrueux cratère laissé à Aïn el-Mreïssé par l’explosion terroriste du 14 février 2005 et demeuré, depuis, zone interdite au public. De supprimer enfin la hideuse cicatrice ne suffit guère bien sûr pour guérir la plaie infligée coup après coup, attentat après attentat, à notre pays. Mais cette décision est tout de même signe que les enquêteurs internationaux ont liquidé une part essentielle de leur mission, qu’ils ont fini de recueillir jusqu’aux plus infimes indices que pouvait receler la scène du crime. Cela en dépit des sournoises altérations, suppressions d’éléments, maquillages à la va-vite et autres évacuations d’épaves d’automobiles calcinées ordonnés sur-le-champ par des responsables sécuritaires de l’époque. Mais comment combler d’autres trous, non moins béants, apparus ceux-là dans le tissu national libanais à propos de cette affaire et de ses prolongements ? Depuis de longs mois c’est le même cercle vicieux qui enserre le pays, la même et creuse discussion qui se développe autour de la politisation du tribunal international appelé à statuer sur tous ces crimes. Il s’agit bien là pourtant d’une série de crimes à motivations et objectifs on ne peut plus politiques ; le prix ne peut en être que politique pour leurs commanditaires et auteurs, déjà pointés du doigt, ce qui explique leur acharnement à entraver le cours de la justice. Le comble de l’inconséquence cependant, c’est à l’intérieur de nos frontières qu’on le trouve, et c’est cette prime éminemment politique (et même politicienne !) qu’exige l’opposition en échange d’un consensus interne sur le tribunal, à savoir cette fameuse minorité de blocage qui lui permettrait de ligoter tout gouvernement d’union. Venu la semaine dernière pour tenter de rassurer les sceptiques et écouter leurs doléances, le premier conseiller juridique des Nations unies Nicolas Michel est reparti, comme on sait, les mains – et même les oreilles – vides. Il n’a pu que constater en effet une politique d’obstruction délibérée, méthodique, à peine déguisée, à la mise en place du tribunal. En se rendant auprès du président Bachar el-Assad, c’est à la source de la contestation qu’est remonté hier son patron Ban Ki-moon qui, pour cette première passe d’armes avec le régime baassiste, a manié tout à la fois la fausse candeur et la très réelle fermeté. La candeur, c’est cette requête à Assad lui demandant d’user de son influence pour faciliter un accord interlibanais. Car d’un côté il flatte l’égo du Protecteur évincé, ce certificat influence, et le raïs a dû promettre de voir ce qu’il pourrait faire à ce sujet. En revanche, ce même témoignage ne fait que souligner aussi l’irréfutable responsabilité de la Syrie au cas où se perpétuerait l’impasse : et où le Conseil de sécurité serait par conséquent amené à imposer lui-même le tribunal en menaçant de sanctions les États récalcitrants. De toutes les récentes démarches onusiennes de ces derniers jours, on retiendra surtout, en définitive, la formelle assurance que la justice internationale est inéluctablement en marche, que l’enfant verra le jour même par voie de césarienne, pour reprendre la formule de Fouad Siniora. Que fera la Syrie qui voit dans ce processus un péril mortel pour son régime, qui se dit non concernée par le tribunal, qui se propose d’exécuter elle-même tout traître qui aurait trempé dans l’assassinat de Rafic Hariri mais dont l’intransigeance commence à lasser même ses amis russes ? On se doute bien que le choix de Damas n’affectera pas la vie quotidienne des seuls citoyens syriens. Mais aucune considération, aucune appréhension ne doit prendre le pas sur la chance historique qui s’offre au Liban d’échapper enfin au règne de l’impunité, au diktat de la terreur. Pour vivre heureux vivons couchés ? Fatale illusion : le bonheur ne pousse pas sous l’oppression, et de toute manière la vie des élites politiques demeurerait menacée en permanence. Le Trou énorme, abyssal qui nous guette, c’est la résignation. Issa GORAIEB

Ça y est, on va combler le Trou, c’est-à-dire ce monstrueux cratère laissé à Aïn el-Mreïssé par l’explosion terroriste du 14 février 2005 et demeuré, depuis, zone interdite au public.
De supprimer enfin la hideuse cicatrice ne suffit guère bien sûr pour guérir la plaie infligée coup après coup, attentat après attentat, à notre pays. Mais cette décision est tout de même signe que les enquêteurs internationaux ont liquidé une part essentielle de leur mission, qu’ils ont fini de recueillir jusqu’aux plus infimes indices que pouvait receler la scène du crime. Cela en dépit des sournoises altérations, suppressions d’éléments, maquillages à la va-vite et autres évacuations d’épaves d’automobiles calcinées ordonnés sur-le-champ par des responsables sécuritaires de l’époque.
Mais comment...