Le regard azur teinté d’ironie et l’élégance indémodable d’un dandy, Jean-Pierre Cassel est mort jeudi à 74 ans des suites d’une longue maladie. Il était l’un des rares acteurs français à savoir jouer la comédie, chanter et danser, à l’instar de son idole Fred Astaire à qui il a rendu hommage dans son livre À mes amours, publié en 2004. « J’adore danser. Je crois bien que j’ai su danser sans avoir à prendre une seule leçon ! » disait l’acteur aux semelles agiles et au physique de gentleman, révélé par les comédies de Philippe de Broca dans les années 1960.
Né le 27 octobre 1932 à Paris sous le nom de Jean-Pierre Crochon, ce fils d’un médecin et d’une chanteuse d’opéra, père de l’acteur Vincent Cassel, a été découvert par le roi américain de la comédie musicale Gene Kelly. Passionné de ce genre et amateur de music-hall, il hantait alors les caves de jazz de Saint-Germain-des-Prés et apprenait la comédie au cours Simon, après avoir quitté le lycée. « Mes deux fils ont joliment raté leurs études et leur bac, comme moi », se plaisait à dire Jean-Pierre Cassel.
Après des figurations et des petits rôles au théâtre, il est repéré dans la pièce La Prétentaine de Jacques Deval en 1957, par Philippe de Broca – alors premier assistant de Chabrol –, avec lequel il tournera cinq films, notamment Les jeux de l’amour, Le farceur et Un monsieur de compagnie.
Boulimique de travail et insomniaque chronique, il alternera toute sa vie rôles au cinéma et au théâtre, téléfilms et spectacles de music-hall, où il interprète les succès de Gershwin, Cole Porter ou Irving Berlin. Avec Chorus Line de Michael Benett, ce Parisien très attaché à la Butte-Montmartre, où il résidait, partira en tournée à Londres, New York, Los Angeles et Toronto à la fin des années 1970.
Mêlant à merveille séduction et ironie, Jean-Pierre Cassel a laissé son empreinte sur des films des années 60 et 70, tels que L’armée des ombres de Melville ou Le charme discret de la bourgeoisie de Bunuel, et donné la réplique à Brigitte Bardot dans L’ours et la poupée de Michel Deville (1969).
Aussi à l’aise dans les comédies que les polars, il a souvent joué les séducteurs subtilement ironiques dans sa jeunesse et les pères de famille bourgeois quelques décennies plus tard.
Il aura tourné dans plus d’une centaine de films, de la comédie au polar, avec Jean Renoir (Le caporal épinglé), Claude Chabrol (L’enfer), René Clair (Les fêtes galantes) ou encore l’Américain Robert Altman (Prêt-à-porter) et le Britannique Richard Attenborough (Oh ! What a Lovely War). « On me dit souvent que j’ai une superbe filmographie, mais pas un film sur dix n’a marché », s’amusait-il.
Dans les années 80 et 90, il s’est fait moins présent au cinéma, lui préférant le petit écran et les planches, où il a joué notamment sous la direction de Roger Planchon ou Jean-Michel Ribes. « J’ai eu la veine de ne jamais cesser de travailler », disait-il. Jean-Pierre Cassel est toutefois régulièrement revenu au cinéma, notamment sous la direction de deux anciens complices, dans Chouans ! de Broca en 1988 et La cérémonie de Chabrol en 1995.
Ces dernières semaines, il était à l’affiche de Mauvaise foi de Roschdy Zem, et du polar Contre-enquête de Franck Mancuso. En septembre, il devait jouer aux côtés de Michel Aumont dans la pièce A Second Hand Memory de Woody Allen au théâtre du Palais royal à Paris.
À l’annonce de son décès, les hommages se sont multipliés. « Il était la politesse de la légèreté et un séducteur “astairie” », en référence à Fred Astaire, a déclaré l’acteur Jean Rochefort. Pour le président Jacques Chirac, il incarnait « une certaine tradition du cinéma français, faite d’élégance tranquille, de charme et aussi d’humour », alors que le candidat à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, saluait un « très grand artiste qui aura consacré toute sa vie aux arts de la scène et du spectacle ». « Avec Jean-Pierre Cassel, c’est l’un de nos visages préférés qui disparaît, un comédien et un homme infiniment séduisant dont le talent a rayonné sur la scène artistique pendant près de cinquante années d’une grande et belle carrière », a déclaré, pour sa part, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres.
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