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Actualités - Opinion

COMMENTAIRE Ressusciter le quartette Par Volker PERTHES*

À la suite de la formation d’un gouvernement d’union nationale entre le Fateh et le Hamas, et du sommet de la Ligue arabe qui a remis le plan de paix de 2002 du roi Abdallah d’Arabie saoudite sur le devant de la scène, le groupe de médiateurs internationaux appelé le quartette et composé de l’Union européenne, de la Russie, des États-Unis et des Nations unies, doit être ressuscité. Le quartette était pour ainsi dire en sommeil depuis 2000, étant donné que tout processus de paix nécessite des négociations entre les parties en conflit. Au lieu de négociations, la région a surtout connu une succession de décisions unilatérales. Certaines mesures, comme le retrait unilatéral d’Israël du Liban en 2000 et de la bande de Gaza en 2005, ou le cessez-le-feu d’un an du Hamas, peuvent être perçus comme des gestes constructifs. Mais même si ces mesures ont un objectif positif, elles ont été prises sans consultation de la partie adverse et ont ainsi renforcé la perception qu’il n’y avait pas de partenaire. À l’été 2006, la guerre au Liban et la réoccupation de la bande de Gaza par Israël ont démontré l’échec de l’unilatéralisme. Aujourd’hui, il est évident que seul un processus politique qui tienne compte des intérêts nationaux légitimes des parties prenantes peut réduire le risque d’un nouvel embrasement du Proche-Orient. Quatre étapes sont nécessaires pour relancer ce processus. La première étape, la résurrection du quartette, a déjà eu lieu. Le quartette reste la formule la plus appropriée, car elle combine les idées et l’entregent européens à la légitimité des Nations unies et au leadership américain, tout en obligeant la Russie à s’impliquer. Par ailleurs, le nombre réduit de participants permet de prendre des décisions rapides si nécessaire. Le quartette devrait aussi élargir son mandat pour traiter non seulement du problème israélo-palestinien, mais également des conflits entre Israël et la Syrie et entre Israël et le Liban. Ceci n’exclut pas des initiatives individuelles de la part de l’Administration américaine sur la scène israélo-palestinienne. Mais aujourd’hui, le refus des États-Unis de négocier directement avec la Syrie, ou d’encourager Israël à le faire, empêche un élargissement du mandat du quartette. Pourtant, la Syrie, qui peut saper toute tentative d’accord israélo-palestinien ou de stabilisation du Liban, ne peut pas être ignorée. L’attitude actuelle de la Syrie est étroitement liée à ses chances de récupérer ses territoires occupés – le plateau du Golan – et elle est donc clairement intéressée par un nouveau processus de paix avec Israël pour atteindre cet objectif. La deuxième étape devrait être le remplacement de la « feuille de route », périmée de longue date, par une « feuille d’objectif » qui définisse les intérêts légitimes fondamentaux des parties impliquées dans le conflit. Ces intérêts ne s’excluent pas nécessairement l’un l’autre et peuvent être esquissés ainsi : la sécurité d’Israël, l’entité nationale palestinienne, la souveraineté du Liban et l’intégrité territoriale de la Syrie. Le quartette devrait consulter chacune des parties et spécifier davantage leurs intérêts propres. Que signifie exactement la sécurité d’Israël et comment la garantir ? Comment une entité nationale palestinienne peut-elle être préservée ? Quelles garanties sont nécessaires pour protéger la souveraineté du Liban ? Troisièmement, le dialogue doit être restauré. Cette tâche est peut-être la plus ardue, et elle incombe principalement aux Européens. Ici encore, la relation entre Israël et la Syrie est cruciale. Le gouvernement de l’État hébreu doit être convaincu que le rétablissement des pourparlers de paix pourrait entraîner une attitude plus constructive de la Syrie envers le Liban et le conflit israélo-palestinien. De son côté, le gouvernement syrien a réalisé qu’il devait faire part de sa volonté à renouer le dialogue en proposant des négociations inconditionnelles à Israël, en recevant les présidents irakien et palestinien pour des discussions à Damas et en soutenant les négociations entre les factions palestiniennes. Mais il doit encore faire parvenir des signaux convaincants et rassurants au Liban. Au Liban même, les discussions sur l’avenir du pays sont toujours dans l’impasse. Des acteurs extérieurs, comme l’Union européenne ou des pays de l’UE, pourraient offrir leur soutien et encourager les discussions sur les réformes politiques et constitutionnelles. Ils devraient également dire clairement qu’aucun accord régional ne peut se faire aux dépens de la souveraineté du Liban. En ce qui concerne les Palestiniens, une autre forme de dialogue est nécessaire. Depuis les élections parlementaires de janvier 2006, la communauté internationale entretient des relations avec le président Mahmoud Abbas, tout en boycottant le gouvernement majoritairement issu du Hamas. Mais cet ostracisme n’a fait qu’aggraver le chaos en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et a contribué à la désintégration du gouvernement palestinien. Si l’UE souhaite poursuivre ses efforts de construction d’une entité nationale palestinienne et contribuer à un accord de paix, elle doit trouver le moyen de dialoguer avec le gouvernement élu. La formation d’un gouvernement palestinien d’union nationale permet à l’Union européenne et à ses partenaires de renouer avec les autorités palestiniennes sans perdre la face. Basé sur l’accord signé entre le Fateh et le Hamas sous l’égide de l’Arabie saoudite, le gouvernement d’union nationale se conforme à la demande du Conseil de l’UE qu’un gouvernement palestinien légitime « adopte une plate-forme reflétant les principes du quartette ». Selon son programme, le gouvernement d’union respectera tous les accords signés par l’OLP, dont, implicitement, la reconnaissance Israël et l’engagement à renoncer aux actes de terrorisme et à les combattre. Il sera peut-être nécessaire de boycotter des ministres palestiniens qui ne se conforment pas à ces engagements, mais la mise à l’écart de toute l’administration palestinienne doit cesser. Une quatrième étape, dans l’avenir, serait l’organisation d’une conférence internationale durant laquelle toutes les parties concernées adopteraient la « feuille d’objectif » et entameraient des négociations bilatérales parallèles, une démarche qui encouragerait les protagonistes à faire en sorte que le processus se concrétise à la satisfaction de toutes les parties. Étant donné que des initiatives prises par des États donnés pourraient saper les efforts de l’UE et du quartette, il est essentiel que cette conférence soit organisée de façon méticuleuse et non à la hâte. Naturellement, les États-Unis, le membre le plus important du quartette, doivent participer activement au processus. La présidence actuelle de l’UE a su convaincre l’Administration américaine de l’utilité d’une résurrection du quartette. Il semble toutefois que la priorité de l’Administration Bush dans la région soit clairement l’Irak, et non le conflit israélo-palestinien. Dans ce contexte, les Européens et les autres membres du quartette pourraient aider Bush à laisser un héritage plus flatteur sur la question du Moyen-Orient. L’Union européenne ne doit pas toutefois laisser le manque de soutien des États-Unis ou d’Israël contrecarrer ses efforts pour élaborer une « feuille d’objectif » acceptable par toutes les parties régionales, et pour amener la Syrie à participer de manière constructive. * Volker Perthes est président et directeur du Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP), l’Institut allemand de politique étrangère et de questions de sécurité, à Berlin. © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Julia Gallin.
À la suite de la formation d’un gouvernement d’union nationale entre le Fateh et le Hamas, et du sommet de la Ligue arabe qui a remis le plan de paix de 2002 du roi Abdallah d’Arabie saoudite sur le devant de la scène, le groupe de médiateurs internationaux appelé le quartette et composé de l’Union européenne, de la Russie, des États-Unis et des Nations unies, doit être ressuscité. Le quartette était pour ainsi dire en sommeil depuis 2000, étant donné que tout processus de paix nécessite des négociations entre les parties en conflit.
Au lieu de négociations, la région a surtout connu une succession de décisions unilatérales. Certaines mesures, comme le retrait unilatéral d’Israël du Liban en 2000 et de la bande de Gaza en 2005, ou le cessez-le-feu d’un an du Hamas, peuvent être perçus comme des gestes...