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Implantation(s)

La climatisation dans quelques jours et des tapis rouges pour l’hiver ? Si l’opposition a compris quelque chose, c’est bien que le ridicule ne tue pas celles et ceux qui en abusent. Lui faire admettre, par contre, que la pérennisation des tentes en plein cœur de ville assassine chaque jour un peu plus l’image et surtout l’économie du pays relève de l’impossible. Surtout qu’elles sont de plus en plus vides, ces tentes : c’est le degré zéro de la conscience, qu’elle soit politique ou morale ; c’est le triomphe de l’orgueil ou de la fierté poignardée et mortellement déplacée sur le plus petit des intérêts de la patrie. L’internationalisation du Liban se pérennise aussi, s’institutionnalise. C’est du foutage de gueule carabiné : plus l’opposition multiplie les conditions rédhibitoires, plus elle exhibe son refus du ni vainqueur ni vaincu, plus cette internationalisation s’ancre et plus l’opposition s’en plaint et la fustige. Mettre un terme à cet assistanat intempestif, empêcher son espèce de couronnement via l’adoption du chapitre VII, équivaut pour l’opposition prosyrienne à livrer ses fameuses et hitchcockiennes remarques à qui elle veut – qu’elle les chuchote si elle veut, qu’elle les code, mais qu’elle les donne... L’annexion de Baabda par un Émile Lahoud de plus en plus indécollable semble vouloir, là aussi, se pérenniser. En aucun cas la Constitution ne dit que le quorum des deux tiers doit être assuré pour procéder à l’élection du président de la République ; elle évoque cette proportion uniquement au sujet d’une victoire au premier tour, et si l’opposition continue de s’en prévaloir pour interdire toute succession au locataire de Baabda le plus illégitime que l’histoire libanaise ait connu, le Liban va droit au hara-kiri : la majorité ne peut pas, n’a pas le droit d’accepter, de quelque façon que ce soit, ce nouveau et gigantesque hold-up, un dynamitage de ce scrutin crucial. On aura l’air fin lorsque deux présidents seront en exercice : le sinistre épisode des deux gouvernements de la fin des années 80 n’aura décidément, vraiment, servi à rien… L’implosion, la dégénérescence de l’État se pérennise aussi, en même temps que se répète et que s’installe le rituel du mardi place de l’Étoile (mais hors hémicycle) des députés de la majorité ; à tel point que cette déparlementarisation risque de devenir à n’importe quel moment constitutionnelle, et la Chambre un machin, un accessoire. Mine de rien, sans tambours ni trompettes, c’est tout le système libanais qui est en train de s’effriter – pire : de se transformer. On peut rebâtir sur des ruines, mais il est bien plus difficile de détruire ce quelque chose de solide, de probablement pérenne, qui est en train de se construire, de prendre forme, couleur et odeur, sous l’impulsion ordonnée et méthodique d’une opposition stakhanoviste : le vide, l’anti-matière, l’anarchie, les privilèges ; bref, l’anti-État. Surtout que les mentalités sont en train de se pervertir, de moins en moins lentement, de plus en plus sûrement, et, encore et toujours, d’une façon pérenne : les principes les plus élémentaires de la démocratie – majorité, minorité, consensus avec le ni vainqueur ni vaincu, ouverture au monde, spécificités libanaises, la liste est infinie… – n’ont plus aucune espèce d’importance, ne veulent absolument plus rien dire. L’implantation de la vampirisation (les tentes) ; l’implantation de l’assistanat (le tribunal international) ; l’implantation de l’illégitimité (Lahoud) ; l’implantation du chaos (la déparlementarisation) ; l’implantation de nouvelles valeurs (la dissolution de la démocratie dans les privilèges), tout cela mènera nécessairement, naturellement, à l’ultime implantation : la fédéralisation, la partition. Alors soit on y va franco, on fonce et on y travaille activement en évitant pour une fois de perdre un temps fou, un temps précieux et vital ; soit on se réveille et on débat, à l’intérieur de l’hémicycle et avec obligation de résultats avant novembre, sur l’unique moyen de s’en sortir : la feuille de route de Bkerké d’avril 2007. Ziyad MAKHOUL
La climatisation dans quelques jours et des tapis rouges pour l’hiver ? Si l’opposition a compris quelque chose, c’est bien que le ridicule ne tue pas celles et ceux qui en abusent. Lui faire admettre, par contre, que la pérennisation des tentes en plein cœur de ville assassine chaque jour un peu plus l’image et surtout l’économie du pays relève de l’impossible. Surtout qu’elles sont de plus en plus vides, ces tentes : c’est le degré zéro de la conscience, qu’elle soit politique ou morale ; c’est le triomphe de l’orgueil ou de la fierté poignardée et mortellement déplacée sur le plus petit des intérêts de la patrie.
L’internationalisation du Liban se pérennise aussi, s’institutionnalise. C’est du foutage de gueule carabiné : plus l’opposition multiplie les conditions rédhibitoires, plus elle...