Cheveux blancs en broussaille, lunettes de myopie, voix forte, gestes carrés, voilà Philippe de Commine, Caton et… André Bercoff à la fois. Images multiples mais un même esprit passionné et doué pour la vie qu’est cet homme de lettres fort bien connu des Libanais, non seulement pour avoir vécu une bonne partie de sa vie au pays du Cèdre où il est d’ailleurs né, mais aussi pour ses nombreux ouvrages publiés à l’étranger. Sous couvert de pseudonymes ou à plume nue, André Bercoff est l’auteur de trente-deux ouvrages allant du roman à l’essai en passant par les reportages, les enquêtes, les pamphlets et les récits de voyage.
Aujourd’hui, après avoir quitté le Liban depuis plus de quarante ans avec plus de trente voyages de retour aux sources (belle preuve, s’il en est besoin, d’une indéfectible tendresse pour une terre aimée), André Bercoff signe, en toute passion et véhémence, son trente-troisième ouvrage. Retour au pays natal: un ouvrage au titre plus qu’éloquent et explicite.
«J’aurais dû écrire « retour » avec un “s”, confie Bercoff dans un grand éclat de rire, pour souligner son attachement au Liban avec ses innombrables allers-retours. Je suis un Beyrouthin de souche. Je suis né rue May Ziadé à Kantari, c’est-à-dire à quelque deux cents mètres des actuels locaux de L’Orient-Le jour. Mais, pour ma part, j’ai collaboré à L’Orient d’abord, de 1961 à 1965, puis ce fut le tour du quotidien Le Jour, toujours pas encore en partenariat avec L’Orient, de 1965 à 1967, date à laquelle je suis parti pour Paris… Non, je n’ai pas fui la guerre qui n’avait pas encore éclaté et que personne ne soupçonnait de cette envergure... Je voulais tout simplement vivre le journalisme francophone jusqu’au bout. Mon livre Retour au pays natal parle d’hier et d’aujourd’hui. Tout en sachant que cela s’adresse aussi à un public français. Comme on dit l’amour c’est plus que l’amour, moi je dis que le Liban c’est plus que le Liban… car si on laisse tomber le Liban on laisse tomber un exercice de liberté, de tolérance, de pluralisme, de l’acceptation de l’autre… Le Liban a été créé par les minorités, pour les minorités… Ce livre est un chant d’amour à un pays qui m’a donné beaucoup de bonheur. Comment décrire par exemple ces soirées avec des amis à Baalbeck, où l’on finissait devant des mezzés au Berdawni avec un narguileh de keif… Pour une jeunesse heureuse, privilégiée, il y avait le Liban multiculturel qui était à la fois Marseille et Montpellier. En plus du soleil, de la mer, des jolies filles… À part le souvenir de ces grands pans de bonheur, il y a le témoignage sur les années de plomb et l’horreur de la guerre. J’évoque aussi par conséquent, lors des séjours pour mes reportages, les années noires où j’ai vu Bab Idriss rasé. J’en ai amèrement pleuré. Il faut garder intacte chez les Libanais cette capacité fondamentale de survie, chevillée au corps. Il ne faut pas que l’instinct de mort l’emporte sur la vie. À bas le cri “viva la muerte” brandi par des généraux fascistes! La réflexion politique s’impose à côté de la confidence et des aveux personnels. Une réflexion, non de spécialiste sur le Moyen-Orient, mais celle d’une personne qui a les données d’une terre connue de près, de très près. Je voudrais surtout dire “foutez la paix à ce pays”, qui m’a appris la beauté de la vie.»
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Aujourd’hui, après avoir quitté le Liban depuis plus de quarante ans avec plus de trente voyages de retour aux sources (belle preuve, s’il en est besoin, d’une indéfectible...