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Actualités - Opinion

La paix buissonnière

Abraham Suleiman n’est certes pas Anouar Sadate. C’est la première fois néanmoins, depuis l’extraordinaire voyage du raïs égyptien à Jérusalem en 1977, que le Parlement israélien accueille, comme il l’a fait jeudi, le représentant – on ne peut plus officieux pourtant – d’un pays arabe hostile, pour un briefing sur les chances de paix entre la Syrie et l’État juif. Cela au vu des résultats fructueux des pourparlers que ce prospère businessman américano-syrien a discrètement menés, deux années durant, avec l’ancien directeur du ministère israélien des AE Alon Liel, qui a déposé lui aussi devant la Knesseth. Dès avant la création d’Israël la diplomatie secrète, impliquant des responsables de camps ennemis, n’est guère chose nouvelle dans la région ; elle ne manque pas d’ailleurs d’épisodes rocambolesques, telles ces visites nocturnes que rendait au roi de Transjordanie Abdallah Golda Meïr déguisée en bédouin. Une tout autre chose cependant est la diplomatie dite d’arrière-cour, confiée non point à des responsables politiques ou sécuritaires, mais à des fonctionnaires retraités : ou bien alors, comme c’est le cas d’Abe Suleiman, à des personnalités techniquement étrangères aux affaires politiques mais absolument proches des hommes au pouvoir. L’intérêt de cette crypto-diplomatie par la bande, doublement insaisissable, est évident : elle permet d’explorer, de défricher le terrain, de soupeser des idées de solution (sait-on jamais ?) sans pour autant engager d’aucune manière l’un ou l’autre bord. C’est dans l’arrière-cour précisément qu’avait germé l’accord israélo-palestinien d’Oslo. Et il est significatif qu’à l’instar de la Norvège qui favorisa activement la conclusion de cet accord, c’est la Suisse qui a abrité, financé et même facilité les entretiens Suleiman-Liel, auxquels aurait pris part en effet un diplomate helvétique en exercice. En se disant non concernés par ces pourparlers, sitôt qu’ils furent révélés en janvier dernier par le Haaretz de Tel-Aviv, Israël et la Syrie n’ont fait en somme que s’en tenir à la règle du jeu en attendant la suite des événements. Au milieu des années 1990 déjà, la paix avait paru à portée de la main, lors des rencontres officielles de Wye Plantation que parrainait le président Bill Clinton, le différend ne portant plus pratiquement que sur quelques centaines de mètres de territoire sur la rive nord du lac de Tibériade. Depuis cette date cependant, le problème s’est trouvé compliqué par la faillite électorale du Parti travailliste israélien, mais aussi par l’irruption sur la scène proche-orientale de l’Iran : lequel se pose en jaloux protecteur d’une Syrie dessaisie de son protectorat libanais et en butte à un sévère isolement international. C’est sur ce point précis que l’optimisme affiché par Suleiman devant la Knesseth devrait inciter à la plus grande prudence. En faisant miroiter la perspective d’un lâchage du Hezbollah par Damas dans le cadre d’un règlement de paix, Abraham Suleiman a seulement réussi à plonger dans un visible embarras les députés et porte-parole de ce parti. Mais il n’a pipé mot sur les obligations internationales découlant nécessairement de toute paix, qu’elle soit négociée à découvert ou en coulisses : à savoir la nécessité pour la Syrie de reconnaître l’ordre établi dans la région, de reconnaître explicitement et une fois pour toutes le Liban, de mettre un terme définitif à ses menées déstabilisatrices. Ce souci de l’intégrité de notre pays, nul ne l’attendait il est vrai des Israéliens ; mais 32 ans après la plus horrible des guerres, fait-il seulement ne serait-ce qu’un semblant d’unanimité entre les Libanais eux-mêmes ? Issa GORAIEB
Abraham Suleiman n’est certes pas Anouar Sadate. C’est la première fois néanmoins, depuis l’extraordinaire voyage du raïs égyptien à Jérusalem en 1977, que le Parlement israélien accueille, comme il l’a fait jeudi, le représentant – on ne peut plus officieux pourtant – d’un pays arabe hostile, pour un briefing sur les chances de paix entre la Syrie et l’État juif. Cela au vu des résultats fructueux des pourparlers que ce prospère businessman américano-syrien a discrètement menés, deux années durant, avec l’ancien directeur du ministère israélien des AE Alon Liel, qui a déposé lui aussi devant la Knesseth.
Dès avant la création d’Israël la diplomatie secrète, impliquant des responsables de camps ennemis, n’est guère chose nouvelle dans la région ; elle ne manque pas d’ailleurs...