Georges Clemenceau, le tigre, le populaire Père la Victoire, n’aimait pas beaucoup les militaires. Il disait que la guerre est affaire trop sérieuse pour la leur confier. Ailleurs, il notait férocement que la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. Entendre, c’est le mot, du zim-boum-boum trala-la-la. Et rantanplan, faisons des plans.
Pourtant, l’histoire offre un prodigieux florilège, mais plutôt condensé, de grands hommes, de génies politiques, qui ont fait leurs premières armes, c’est le cas de le dire, dans l’art militaire. On peut citer, au hasard, Ramsès II, Gengis Khan, Tamerlan, Alexandre le Grand, Jules César, Napoléon Ier, Charles XII de Suède, George Washington, Dwight Eisenhower, ou Charles de Gaulle et Merched Zakhia.
Sur l’autre face de la médaille, on peut contempler, en revanche, l’effigie de grands stratèges qui furent d’assez piètres politiques. Comme par exemple le Marc-Antoine de Liz Taylor et, un peu avant lui, Pompée, rival de César. Ou encore, bien plus tard, au XIXe, le général Boulanger, puis au XXe, Hindenburg qui n’a rien trouvé de mieux que de refiler le pouvoir à Hitler. Il y a aussi des passables, proches de l’assez bien ou du médiocre, comme Mac Mahon, Franco (de port altier, mais de grâce douteuse) ou Suharto.
Au Liban, et toute proportion gardée en regard de la petitesse du pays, nous avons eu droit, côté double carrière, à un Fouad Chehab qui, à tout prendre, était pour le moins respectable. Encore qu’il ait rarement eu l’occasion de démontrer, sur le terrain, ses qualités de stratège comme l’avaient fait les illustres cités plus haut. Lucide, il avait fini par conclure que le mal libanais (fortement aggravé à dire vrai, mais s’en doutait-il, par ses propres gens du Deuxième bureau) est irrémédiable. Aussi avait-il renoncé à briguer un second mandat de président.
Certains, qui se glorifient de compter parmi ses disciples, d’être tout empreints de son esprit de vertu républicaine alliée à sa rigueur de soldat, s’affirment en réalité comme son parfait contraire. Il est parti ? Ils restent et veulent même rester encore ! Alors même qu’ils dansent sur des œufs ou sur des charbons ardents, qu’on n’en revient pas de leur étrange ballet, que tant de spectateurs mécontents leur jettent des oranges et des tomates pourries en leur criant du balai. Mais il faut quand même tenter de les comprendre, de se mettre à leur place (ah si on le pouvait !). Quitter Baabda, ce palais de rêve aux côtés duquel la résidence kesrouanaise de Chehab fait figure de chaumière, c’est un vrai brise-cœur. Et c’est peut-être là la vraie raison. De leur déraison.
J. I.
Georges Clemenceau, le tigre, le populaire Père la Victoire, n’aimait pas beaucoup les militaires. Il disait que la guerre est affaire trop sérieuse pour la leur confier. Ailleurs, il notait férocement que la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. Entendre, c’est le mot, du zim-boum-boum trala-la-la. Et rantanplan, faisons des plans.
Pourtant, l’histoire offre un prodigieux florilège, mais plutôt condensé, de grands hommes, de génies politiques, qui ont fait leurs premières armes, c’est le cas de le dire, dans l’art militaire. On peut citer, au hasard, Ramsès II, Gengis Khan, Tamerlan, Alexandre le Grand, Jules César, Napoléon Ier, Charles XII de Suède, George Washington, Dwight Eisenhower, ou Charles de Gaulle et Merched Zakhia.
Sur l’autre face de la médaille, on...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.