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Actualités - Opinion

Le triomphe de la personne

Au bout du compte, si nous faisons le bilan du siècle passé, ce qui en reste, c’est une personne humaine, ou quelques personnes qui, de leur stature morale, dominent le siècle. Et de ces personnes, Jean-Paul II est sans doute l’une des plus éminentes. Ce qui domine le siècle, ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas une abstraction, ce n’est pas une technologie, c’est un homme en chair et en os, quelqu’un que nous avons touché, un homme qui a sillonné nos routes, de la main duquel nous avons reçu un livre, une Constitution spirituelle et politique, au sens hiératique et noble du terme, qui marque un nouveau moment fondateur de notre histoire, après les déboires des quatre à cinq premières décades. Jean-Paul II, c’est le triomphe de la personne humaine, de ce qu’il y a de plus désintéressé, de plus « donné » en l’homme ; c’est aussi l’homme dont les derniers jours ont soulevé l’émotion du monde entier, dont nous avons suivi l’agonie en direct et dont le dernier souffle était l’apothéose d’une extraordinaire passion d’être. C’est sa belle figure qui nous est rendue aujourd’hui dans un ouvrage de son secrétaire personnel, Mgr Stanislas Dziwisz (*). De cet ouvrage de souvenirs, les plus chers pour nous Libanais, c’est d’abord l’énergie avec laquelle il a lutté pour le droit des peuples et des nations, en particulier les nations les plus faibles ; pour voir leurs droits reconnus par-delà le jeu cynique des nations, des rapports de force, des dominations de tout ordre et des hégémonies. C’est ensuite le désintéressement total dont il a fait preuve, en se rendant partout, et la leçon d’humanisme absolu dont il a fait preuve dans les rapports entre l’Église, et les religions et cultures du monde, l’islam en particulier. Le christianisme n’est pas d’abord une religion, mais une vie. C’est Jésus-Christ, « effigie du Père ». Et sa Constitution spirituelle lui permet d’entrer en dialogue avec toutes les religions. Sa résilience, sa richesse morale sont telles que le Christ apparaît de plus en plus comme pouvant être approprié de tous. C’est ce que Jean-Paul II a bien vu. Les rapports de Jean-Paul II avec l’islam méritent une attention particulière. Le respect avec lequel il a abordé cette relation est un modèle. Il était parfaitement conscient des risques d’instrumentalisation des religions, de la dégradation du religieux en communautarisme. L’islam le plus spirituel est l’islam le plus modéré, jugeait le pape face au déchaînement cruel et implacable du fanatisme qui instrumentalise cete religion. Sur ces questions, sur le Liban, sur la passion pour l’humain et le divin qui dévorait Jean-Paul II, l’ouvrage apporte de touchants détails. Nous y voyons en particulier Mère Teresa, une autre grande figure du XXe siècle, passer par Castel Gandolfo, l’été 1982, pour y recevoir la bénédiction du pape, avant de partir pour le Liban. « Mère Teresa, se souvient Mgr Dziwisz, partit en emportant une bougie sur laquelle était gravée l’image de la Vierge Marie. Une fois arrivée à Beyrouth, elle obtint un cessez-le-feu qui devait durer tout le temps où la bougie resterait allumée ; elle réussit ainsi à mettre à l’abri une soixantaine d’enfants handicapés, presque tous musulmans. » C’était les enfants de l’orphelinat islamique. À travers ses sœurs, Mère Teresa vit toujours parmi nous et nul doute que la paix sera rendue au Liban et au monde grâce à ses prières et à celles de Jean-Paul II, le futur saint patron des chefs d’État et des nations, et en particulier de notre pays qui recherche désespérément une nouvelle fondation, un nouveau pacte social. Nous pourrions peut-être le déclarer patron secondaire du Liban après Notre-Dame. Non ? Fady NOUN (*) « Une vie avec Karol », Mgr Stanislas Dziwisz, éditions DDB-Seuil.

Au bout du compte, si nous faisons le bilan du siècle passé, ce qui en reste, c’est une personne humaine, ou quelques personnes qui, de leur stature morale, dominent le siècle. Et de ces personnes, Jean-Paul II est sans doute l’une des plus éminentes.
Ce qui domine le siècle, ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas une abstraction, ce n’est pas une technologie, c’est un homme en chair et en os, quelqu’un que nous avons touché, un homme qui a sillonné nos routes, de la main duquel nous avons reçu un livre, une Constitution spirituelle et politique, au sens hiératique et noble du terme, qui marque un nouveau moment fondateur de notre histoire, après les déboires des quatre à cinq premières décades. Jean-Paul II, c’est le triomphe de la personne humaine, de ce qu’il y a de plus désintéressé, de plus...