Tout charismatiques qu’ils puissent (ou croient) être, ils auraient bien besoin, parfois, des avis de quelque bon conseiller en matière de communication.
D’avoir entrepris de tout déballer n’avait pas trop réussi, jeudi dernier déjà, à un Nabih Berry incapable en effet, malgré ses formidables ressources, d’expliquer par quelle aberration un président d’Assemblée peut interdire d’hémicycle les mêmes députés qui l’ont élevé à sa haute charge. En montant à son tour au créneau, le dimanche de Pâques, Hassan Nasrallah a fait plus de vagues encore, certes, que son allié d’Amal. Mais il n’a guère fait mieux, s’enferrant à son tour dans cette même et très particulière logique susceptible de séduire seulement les plus inconditionnels de ses fidèles. Et c’est là le plus désolant, et le plus alarmant, dans les derniers propos du chef du Hezbollah.
Tout se passe en effet comme si Nasrallah, soudain acculé dans ses derniers retranchements, jouait désormais la rupture. Rupture non point seulement avec la majorité parlementaire et la tranche substantielle de population qu’elle représente, mais aussi avec les autres : c’est-à-dire cette masse tout de même notable de citoyens sans parti ni parti pris, sans couleur politique précise, tout disposés à ne retenir que le meilleur de ce que l’un et l’autre camp a à dire, simples Libanais n’aspirant qu’à une existence calme, appelant de tous leurs vœux un miraculeux compromis. À tous ceux-là, Nasrallah n’a pas su s’adresser cette fois. C’est même à se demander si le chef suprême de l’opposition se préoccupe encore de convaincre, s’il ne cherche plus maintenant qu’à effrayer.
Rarement, en tout cas, discours public aura autant été truffé de contradictions : de contrevérités, disent plus crûment les ténors du 14 Mars qui n’ont pas eu trop de mal d’ailleurs à les recenser dans le détail. Il est vrai que même le plus talentueux des acteurs ne pouvait se livrer, sans gros dégâts, à une aussi acrobatique inversion des rôles que celle réalisée dimanche avec, de surcroît, une stupéfiante assurance.
On proteste ainsi de son attachement à la démocratie, mais on s’insurge, sur le tard, contre le verdict des urnes ; et pour obtenir un nouveau round électoral, on continue d’étouffer l’économie du pays en maintenant dans le centre-ville de Beyrouth un village de tentes massivement déserté, pourtant, par ses étranges vacanciers. On réclame à cor et à cri l’émergence de l’État et on entretient une redoutable armée privée, négation première de tout État. On dénonce les allégeances occidentales du gouvernement et on se réclame dans le même temps d’une alliance stratégique avec des pays étrangers qui ont, notoirement, des projets très précis pour le Liban.
Par une triste ironie cependant, c’est le franc rejet du tribunal international, exprimé au terme d’un interminable équivoque sur la question, qui a tout l’air de couler de source. Il en va de même pour cette traversée du désert d’une durée tantôt de deux ans, et tantôt de cinquante, qui nous est si généreusement promise, même si le Hezbollah, bon prince, exclut toute guerre civile.
Pas de sang, grâce au ciel, mais de la sueur et des larmes à profusion, voilà en somme l’exquis programme. Après tout, n’est pas Churchill qui veut.
Issa GORAIEB
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