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Actualités - Opinion

Le vertige du grand large

De toutes les critiques suscitées par l’envoi au secrétaire général Ban Ki-moon d’une consistante pétition parlementaire demandant, de guerrre lasse, à l’ONU de mettre en place elle-même le tribunal spécial pour le Liban, c’est celle déplorant l’internationalisation ainsi faite du débat qui remporte, haut la main, la palme de la stupidité. De la mauvaise foi aussi. La géniale, l’ébouriffante découverte que voilà, s’agissant, tiens tiens, d’une longue chaîne d’assassinats de chefs politiques et de leaders d’opinion perpétrés par des mains notoirement étrangères, ce qui nous a valu, ces deux dernières années, une bonne demi-douzaine de vigoureuses résolutions du Conseil de sécurité. Cela dans un pays comme le nôtre où tous les acteurs régionaux, en sus des grandes puissances, ont leur mot à dire, où ils entretiennent des légions d’alliés, de protégés, d’amis ou de simples pions. C’est dire que face à tant d’interférences et allégeances extralibanaises, il était dès le départ illusoire d’œuvrer à quelque consensus interne sur la question : c’est tout au plus à un accord à caractère libanais, que se sont vainement attelés, en réalité, les médiateurs. Feu vert au tribunal, en échange d’une minorité de blocage pour l’opposition qui est la première à dénoncer pourtant toute politisation de tribunal : faudra-t-il faire son deuil de cette formule qui a longtemps monopolisé le débat politique ? Si c’est bien le cas, on ne versera pas trop de larmes sur l’idée d’un tel troc. Le concept, en effet, n’était pas seulement indécent au plan moral, pas seulement d’un odieux cynisme au plan politique. C’était un piège à tiroirs, une trappe à répétition hypothéquant lourdement l’avenir, augurant d’une obstruction méthodique à propos de chacune des dispositions juridiques convenues entre le gouvernement et l’ONU : l’extorsion allant bon train jusqu’à ce que mort du projet s’ensuive. Car il est clair que le problème ne réside guère dans les tatillons scrupules souverainistes invoqués par une contestation qui s’enorgueillit, pourtant, de ses liens stratégiques avec Damas et Téhéran : le cœur du problème, comme sait tout un chacun, comme le claironne le président Bachar el-Assad en personne, c’est le rejet total, absolu, par la Syrie de toute forme de tribunal international dans l’affaire Hariri et ses tragiques prolongements susceptible de traduire en justice des ressortissants de ce pays. Nous ne sommes pas alignés sur Damas, preuve en est que nous sommes pour le tribunal. Autant cette affirmation de Nabih Berry confirme avec une surprenante (et sans doute fausse) candeur le caractère total et irréductible du veto syrien, autant elle maintient l’équivoque sur le contenu réel de cet agrément donné à la justice internationale : laquelle vise moins, faut-il le rappeler, à venger le sang des martyrs qu’à épargner à l’avenir à tous les Libanais s’adonnant à une quelconque activité politique, et à quelque bord qu’ils appartiennent, le sort de martyrs. Par quel prodige le président de l’Assemblée peut-il s’effarer de l’internationalisation de la querelle sur le tribunal et appeler dans le même temps à un conclave interlibanais qui se tiendrait... en Arabie saoudite ? Comment le général Michel Aoun, qui fut le mieux placé des Libanais pour se plaindre des ingérences syriennes, peut-il voir dans l’actuelle épreuve de force une question strictement interne, et aller même jusqu’à accuser de haute trahison les signataires de la pétition adressée à l’ONU ? Il choque, il effraie tant, le retour à l’internationalisation, la pétition parlementaire ayant eu l’effet d’un sévère coup de semonce ? La nouvelle procession à Taëf dont il est maintenant question mène-t-elle vraiment au salut ? Le seul itinéraire de rechange, bien plus honorable que tous ces chemins de traverse, était tout trouvé pourtant : il menait droit au Parlement, cadre naturel de toute entente, un cadre cadenassé comme on sait par l’homme qui est supposé en être, au contraire, l’hôte, l’animateur, le modérateur. Que les internationalophobes nous fassent grâce, pour finir, des larmes de crocodile qu’ils versent matin et soir sur la ruine des institutions. Vestige d’une ère honnie, traité comme un pestiféré par la communauté mondiale, Émile Lahoud a fait une coquille vide de cette présidence de la République qui l’a fui, qui le réduit au rang de fossile mais à laquelle il parvient à s’accrocher avec la plus grande ténacité. C’est l’exploit contraire, non moins regrettable toutefois, que réussit le non moins prosyrien Berry : entouré d’égards locaux et étrangers, c’est lui que l’on voit bouder, répudier, les immenses responsabilités découlant de sa charge. L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB
De toutes les critiques suscitées par l’envoi au secrétaire général Ban Ki-moon d’une consistante pétition parlementaire demandant, de guerrre lasse, à l’ONU de mettre en place elle-même le tribunal spécial pour le Liban, c’est celle déplorant l’internationalisation ainsi faite du débat qui remporte, haut la main, la palme de la stupidité. De la mauvaise foi aussi.
La géniale, l’ébouriffante découverte que voilà, s’agissant, tiens tiens, d’une longue chaîne d’assassinats de chefs politiques et de leaders d’opinion perpétrés par des mains notoirement étrangères, ce qui nous a valu, ces deux dernières années, une bonne demi-douzaine de vigoureuses résolutions du Conseil de sécurité. Cela dans un pays comme le nôtre où tous les acteurs régionaux, en sus des grandes puissances, ont leur mot à...