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Actualités - Opinion

Dramaturgie Ziyad MAKHOUL

Je pense que nous avons soulagé le président Berry d’une responsabilité qu’il n’était pas capable d’assumer, en dépit de tous les efforts qu’il avait déployés. Samir Frangié a tout expliqué, tout résumé, en une phrase. Plein de tact, le député de Zghorta n’a pas jugé bon d’ajouter que le geste de la majorité aura en quelque sorte libéré le chef d’Amal de la toile d’araignée baassiste qui l’englue. En jouant, pour une fois, pleinement son rôle, la majorité aura réussi à ferrer l’opposition dans son propre piège. Comme le serpent qui finit par se mordre la queue, prisonnier de son infinie mauvaise foi. Nassib Lahoud a été très clair : il est effectivement inconcevable de pousser des cris d’orfraie et de hurler à la haute trahison après l’envoi du nécessaire mémorandum à Ban Ki-moon et, en même temps, s’opposer catégoriquement à un débat national autour de cette question fondamentale ; en même temps, mettre en quarantaine le seul espace à même de phagocyter tous les chapitres VII du monde : le Parlement. Alors, le chef d’Amal, porte-parole de l’opposition, a appelé l’Arabie saoudite au secours. Deux grilles de lecture s’imposent. Un: l’opposition en général, et Nabih Berry en particulier, ont compris que quelque chose, dans leur argumentation, est en train, littéralement, de pourrir ; que la menace de l’internationalisation est de moins en moins virtuelle, de moins en moins désincarnée. Qu’il faut donc revoir la tactique, la scénographie A ne fonctionnant plus. Deux : l’opposition en général, et Nabih Berry en particulier, manœuvrent encore une fois, une énième fois ; ils tergiversent, ils savent, avant éventuellement d’y aller, que Ryad sera non seulement un échec, mais que ce pseudo-happening crachera aux yeux du monde, pour le plus grand bonheur du régime syrien, l’incapacité flagrante des Libanais à s’entendre entre eux. C’est la scénographie B. Ban Ki-moon n’a pas été hier par quatre chemins : il a espéré que la rencontre de Ryad – à laquelle devrait participer, à la suggestion de Nabih Berry, le très dynamique Nicolas Michel – permettra au peuple libanais de prendre les mesures constitutionnelles nécessaires à l’établissement du tribunal. Ajoutant ensuite, quelques heures donc après avoir reçu la pétition des soixante-dix députés libanais, ces mots qui disent tout, qui expliquent tout, et qui, surtout, annoncent tout : Il est d’une importance cruciale d’établir ce tribunal sans délai, comme l’a demandé le Conseil de sécurité. On dirait qu’il existe depuis longtemps un scénario préétabli, que personne n’a voulu respecter, mais que tout le monde se voit désormais obligé de suivre. Tout le monde. Il est impossible, il est impensable que la somme des intelligences qui dirigent l’opposition libanaise ait pu penser un seul instant que le tribunal ne se ferait pas. Ou que son statut serait vidé de sa substance, pour ne plus ressembler qu’à une minable baudruche. Ou qu’il est négociable. L’opposition sait que ce tribunal verra le jour, de gré ou de force, tôt ou (un peu) moins tôt, mais cette opposition très plurielle semble décidément déterminée à tout faire pour que cela ne se fasse pas. Au prix, exorbitant, de la survie du Liban. C’est la scénographie C. Est-ce que le royaume wahhabite va jouer le jeu et accepter la proposition Berry ? C’est-à-dire est-ce que la majorité va jouer le jeu et accepter, sans aucun accord préalable, d’aller à Ryad et, une nouvelle fois donc, une énième fois, de jouer le jeu de l’opposition ? C’est la scénographie D. Il n’y a aucune raison pour ne pas s’entendre ici, avant ; d’aller là-bas après. Pour signer, en quelque sorte. Une feuille de route. Dont le brouillon, presque parfait, a été donné, sous l’impulsion d’un des hommes politiques définitivement les plus doués, avant-hier mercredi : Nasrallah Sfeir. Le communiqué des évêques du mois d’avril 2007, dans ce qu’il dit, dans ce qu’il suggère, dans ce à quoi il appelle, est aussi historique que l’appel (annuel) originel, celui de septembre 2000. Chacun y voit ce qu’il veut bien y voir, chacun l’interpréte et l’interprétera comme il l’entend, chacun voudra s’en servir selon ses intérêts, quelques-uns tenteront d’en faire des papillotes, et pourtant… Au-delà des constantes rappelées, martelées, claires, nettes, précises ; au-delà de sa scientificité ultrarigoureuse (à l’exception de ce qui reste le plus assourdissant non-dit de ce texte : la nature de la loi électorale), c’est-à-dire par delà les définitions intangibles et définitives de ce qui a trait au tribunal international, à la présidentielle, au Parlement, aux vertus et aux vices du consensus, le communiqué des évêques d’avril 2007, toutes proportions gardées, est une Constitution. Pourquoi ? Parce qu’il épèle, une fois pour toutes, une fois pour toutes les autres, ce que doit être l’identité du Liban, ce qu’elle ne peut qu’être : Préserver le Liban suppose d’abord de sauvegarder la pluralité dans l’unité, de ne pas se livrer au fanatisme et au repli sur soi. De là notre rejet de toute politique défigurant le visage civilisé et ouvert du Liban et lui imposant des traditions et des contraintes en conflit avec son propre patrimoine, son histoire et ses rapports d’ouverture sur le monde et ses cultures variées. C’est la scénographie primitive. L’unique. Elle passe, bien sûr, entre autres, par l’adoption, dans les plus brefs délais, du tribunal international.
Je pense que nous avons soulagé le président Berry d’une responsabilité qu’il n’était pas capable d’assumer, en dépit de tous les efforts qu’il avait déployés. Samir Frangié a tout expliqué, tout résumé, en une phrase. Plein de tact, le député de Zghorta n’a pas jugé bon d’ajouter que le geste de la majorité aura en quelque sorte libéré le chef d’Amal de la toile d’araignée baassiste qui l’englue.
En jouant, pour une fois, pleinement son rôle, la majorité aura réussi à ferrer l’opposition dans son propre piège. Comme le serpent qui finit par se mordre la queue, prisonnier de son infinie mauvaise foi. Nassib Lahoud a été très clair : il est effectivement inconcevable de pousser des cris d’orfraie et de hurler à la haute trahison après l’envoi du nécessaire mémorandum à Ban Ki-moon...