La Syrie, a affirmé Bachar el-Assad devant Nancy Pelosi qu’il recevait mercredi, est prête à reprendre le processus de paix au Proche-Orient. Ehud Olmert n’avait pas dit autre chose, soixante-douze heures plus tôt, devant la même visiteuse. Alors, les grandes embrassades entre des ennemis de soixante ans sont pour demain, et avec elles une aube nouvelle pour une région épuisée par quatre guerres, une bonne vingtaine de batailles et d’innombrables escarmouches sans autres résultats que des morts, des blessés, la ruine et la désolation ? Pas si vite. Que les deux parties soient d’accord sur le principe, on le savait depuis des lustres. Mais ce qu’on n’ignore pas non plus, c’est qu’entre elles, le désaccord est total dès lors que l’on aborde des points qui ne relèvent pas des simples détails : les territoires à restituer, le droit au retour des réfugiés palestiniens, les compensations à verser, l’utilisation des eaux… Arrêtons là l’énumération.
Dans le paysage politique américain, la nouvelle dame de fer est loin d’être une nouvelle venue. Et c’est en connaissance de cause qu’elle a décidé de s’attaquer à la grande muraille arabo-israélienne sur laquelle bien de prédécesseurs se sont cassé les dents, l’un des derniers en date ayant été un certain Bill Clinton. En janvier dernier, la présidente de la Chambre des représentants avait effectué une brève tournée qui l’avait conduite en Irak, au Pakistan et en Afghanistan, trois dossiers « chauds » sur lesquels planchent depuis des années, sans grand succès, les experts de la Maison-Blanche et du Pentagone. Du côté du département d’État, le premier accueil à l’annonce de la nouvelle tournée a été polaire. Franchement hostile même, quand, les émissaires n’ayant pas réussi à dissuader l’intéressée de reprendre son bâton de pèlerin, Condoleezza Rice a parlé la première de « messages contradictoires » que générerait une telle initiative, l’expression devant être reprise avant-hier par George W. Bush. Un semblant de correction de tir avait alors été entrepris dans l’intervalle, quand Sean McCormack, porte-parole du ministère, avait été chargé de parler d’un message « fort » à délivrer, notamment à la Syrie. Une mission dont le chef de la nouvelle majorité à la Chambre basse paraît s’être parfaitement acquittée à en juger par les commentaires généralement optimistes émanant du groupe qui l’accompagne comme de la présidence syrienne.
Il est vrai que dans le parcours politique de celle qui s’est fixé comme objectif premier de harceler sa bête noire – ce président responsable à l’en croire de (presque) tous les malheurs qui se sont abattus ces quatre dernières années sur l’Amérique –, il y a de quoi séduire une Syrie frappée par l’Occident du sceau de l’infamie et réduite à représenter, avec l’Iran, l’un des deux derniers membres de l’« axe du mal ». Une expression utilisée pour la première fois par le président dans son message sur l’état de l’Union prononcé le 29 janvier 2002, œuvre de David Frum, lequel avait d’abord parlé d’un « axe de la haine ». Il est étrange de relever à cet égard que c’est seulement quelque temps plus tard que la Syrie devait faire son entrée dans la fameuse liste.
Déjà il y a trois mois, Pelosi déclarait au San Francisco Chronicle, au retour de sa précédente visite : « Le retrait de nos troupes actuellement engagées en Irak représenterait le meilleur moyen de rétablir la stabilité dans la région. » Une opinion favorablement accueillie sur les bords du Barada, tout comme la réponse au chef de l’Exécutif, qui l’avait vivement critiquée la veille même, lors d’une conférence de presse : « C’est intéressant (ces attaques présidentielles) quand on songe que pas plus tard qu’hier, trois de nos collègues, tous républicains, se trouvaient à Damas », a relevé perfidement Madame la Speaker, dans une allusion à la démarche de Frank Wolf, Joe Pitts et Robert Aderholt. Elle-même avait pris soin de se faire accompagner de quatre membres de son propre parti ainsi que de deux collègues républicains, dont le représentant du Minnesota Keith Ellison, premier élu musulman (converti) à siéger au Congrès. Dans la capitale fédérale, on a noté sans surprise que les audiences accordées par Assad à Damas, en décembre 2006, à l’ancien candidat John Kerry et au sénateur démocrate Chris Dodd, un présidentiable lui aussi, n’avaient pas fait grand bruit. C’est qu’aucun des deux hommes n’était susceptible de porter ombrage à George W. ou de nuire à la cause du Grand Old Party quand l’heure sonnera de lui désigner un successeur. Et puis, maintenant que le soir précédant novembre 2008 descend sur Pennsylvania Avenue, apportant avec lui plus de soucis que de paix, la présente Administration se prend à avoir des susceptibilités qui prêtent à sourire. Les démocrates le savent ; ils en profitent. Bien mauvais joueur serait celui qui songerait à leur en tenir rigueur.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Syrie, a affirmé Bachar el-Assad devant Nancy Pelosi qu’il recevait mercredi, est prête à reprendre le processus de paix au Proche-Orient. Ehud Olmert n’avait pas dit autre chose, soixante-douze heures plus tôt, devant la même visiteuse. Alors, les grandes embrassades entre des ennemis de soixante ans sont pour demain, et avec elles une aube nouvelle pour une région épuisée par quatre guerres, une bonne vingtaine de batailles et d’innombrables escarmouches sans autres résultats que des morts, des blessés, la ruine et la désolation ? Pas si vite. Que les deux parties soient d’accord sur le principe, on le savait depuis des lustres. Mais ce qu’on n’ignore pas non plus, c’est qu’entre elles, le désaccord est total dès lors que l’on aborde des points qui ne relèvent pas des simples détails : les...