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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Fromage de têtes

Du réchauffé en guise de plat de résistance et du surgelé en garniture, en espérant tout de même que l’appétit viendra en mangeant : malgré un ordre du jour manquant visiblement d’imagination, les résolutions du sommet arabe qui s’ouvre aujourd’hui ne manqueront sans doute pas de meubler, pour quelque temps du moins, le consternant désert des efforts diplomatiques tendant au règlement des conflits de Palestine, d’Irak et du Liban. Le réchauffé, c’est ce plan de paix d’inspiration saoudite vieux de cinq ans déjà, puisqu’il avait été approuvé à l’unanimité déjà lors du sommet de Beyrouth de l’an 2002, et qui sera solennellement relancé sans avoir subi la moindre retouche. À Israël ce plan offre, dans un cadre essentiel et unique, la paix, la sécurité et la normalisation de ses rapports avec toute la communauté arabe en échange d’un retrait de tous les territoires occupés en 1967, de la création d’un État palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale et d’une solution équitable du problème des réfugiés palestiniens. À l’époque, ni les États-Unis ni bien entendu Israël n’avaient manifesté le moindre intérêt pour ce vaste troc. Mais bien des choses ont changé depuis et à Washington comme à Jérusalem, le ton est subitement devenu plutôt appréciateur. Car enlisée en Irak, l’Administration Bush s’est enfin avisée que seuls des progrès substantiels sur le dossier israélo-palestinien ont quelque chance d’enrayer la montée des extrémismes et de préserver les régimes arabes modérés ; remarquable, à cet égard, est le rôle de pointe réservé à l’Arabie saoudite qui, bon gré mal gré, se pose aujourd’hui en principal contrepoids à l’influence grandissante de l’Iran dans cette partie du monde. Fortement discrédité par la guerre de l’été dernier, Ehud Olmert, pour sa part peut espérer trouver son salut dans quelque percée dans les pourparlers avec une Autorité palestinienne mi-Fateh et mi-Hamas, laborieusement reconstituée d’ailleurs par les bons soins du royaume wahhabite, encore lui. Un Israël affaibli peut-il être plus malléable ? Les compromis douloureux ne sont-ils pas plutôt l’apanage des hommes forts ? On le saura bientôt. Outre l’Irak dont le gouvernement va se voir fermement prier d’œuvrer avec davantage de sérieux à la réconciliation sunnito-chiite, la question du Liban devait figurer en bonne place dans les travaux du sommet. Plus exactement c’est un happy end, un accord au finish entre les fractions libanaises que se proposaient de consacrer solennellement les chefs arabes. C’est partie remise : la discussion à huis clos semble devoir se limiter à l’emploi des termes d’État ou de gouvernement dans la rédaction du texte relatif au soutien au Liban. Mais quant au fond, l’affaire sera prudemment mise au frigo, en attendant une prochaine reprise de la médiation du secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa. Que restera-t-il de ce sommet ? L’humiliation, la honte au spectacle des divisions libanaises s’étalant au sein de la plus haute des instances arabes. Bénin en comparaison est, en effet, l’accrochage survenu l’an dernier au sommet de Khartoum entre Émile Lahoud et Fouad Siniora, à propos de la formulation d’une recommandation sur le Liban. Cette fois, ce sont deux délégations distinctes, représentant deux autorités ne se reconnaissant pas réciproquement qui se sont présentées à la conférence, encore que la conformité légale du gouvernement est du strict ressort du Parlement et non du président de la République : et encore moins d’un président aussi largement contesté que Lahoud. Voilà qui condamnait les organisateurs à d’acrobatiques contorsions protocolaires. À Lahoud les honneurs, s’agissant après tout d’une conférence de rois et chefs d’État ? Même pas, à en juger par l’accueil, sobre jusqu’à l’austérité, qui lui a été réservé hier à sa descente d’avion, alors que le roi Abdallah s’était déplacé en personne à l’aéroport pour donner l’accolade à ses autres pairs. À Siniora la part congrue, puisque accueilli de manière plus discrète encore et siégeant seulement en qualité d’invité ou d’observateur ? Pas tout à fait, du moment que c’est son gouvernement, fort d’une nette majorité parlementaire et populaire et tenu pour légal par la communauté arabe et internationale, qui a pris activement part à la préparation du sommet en la personne du ministre des AE par intérim Tarek Mitri : le titulaire (démissionnaire) du poste accompagnant – on ne sait trop à quel titre – le président Lahoud. De ce salmigondis émerge une triste évidence : deux morceaux d’État ne peuvent faire un État libanais présentable, fréquentable, respectable et respecté. Ce n’est là qu’un machin à deux têtes. Et en définitive, un machin sans tête ni queue. Issa GORAIEB

Du réchauffé en guise de plat de résistance et du surgelé en garniture, en espérant tout de même que l’appétit viendra en mangeant : malgré un ordre du jour manquant visiblement d’imagination, les résolutions du sommet arabe qui s’ouvre aujourd’hui ne manqueront sans doute pas de meubler, pour quelque temps du moins, le consternant désert des efforts diplomatiques tendant au règlement des conflits de Palestine, d’Irak et du Liban.
Le réchauffé, c’est ce plan de paix d’inspiration saoudite vieux de cinq ans déjà, puisqu’il avait été approuvé à l’unanimité déjà lors du sommet de Beyrouth de l’an 2002, et qui sera solennellement relancé sans avoir subi la moindre retouche. À Israël ce plan offre, dans un cadre essentiel et unique, la paix, la sécurité et la normalisation de ses rapports avec...