Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Encore et toujours, le casse-tête syrien… Émile KHOURY

Mais que veut la Syrie ? On sait, surtout, ce qu’elle ne veut pas. D’abord un tribunal à caractère international jugeant de l’assassinat du président Rafic Hariri. Ensuite, un gouvernement libanais au sein duquel ses partisans, et leurs alliés, disposeraient du tiers de blocage. Ce qui lui donnerait un contrôle suffisant du pouvoir libanais. Via un chantage constant de faire sauter le gouvernement à tout moment, pour toute décision éventuelle ne lui convenant pas. Les deux exigences étant du reste liées. Car, à travers le cabinet dit d’union, Damas parviendrait à faire amender le statut du tribunal de manière à le rendre tout à fait inoffensif. En ce qui concerne les retouches, que les prosyriens refusent de divulguer avant d’avoir décroché le tiers de blocage, la Syrie en a laissé transpirer quelques-unes. Du reste contradictoires. Par exemple, elle fait dire à certains de ses affidés locaux que la majorité des juges, quatre sur sept, du tribunal doivent être libanais. Tout en ajoutant que des prévenus libanais devraient être jugés par la justice locale. De même, la Syrie réclame que la loi syrienne soit prise en compte dans la procédure du tribunal, à l’instar de la loi libanaise. Et, en même temps, elle annonce qu’elle ne laissera l’instance juger aucun de ses ressortissants, qui seraient déférés devant ses propres tribunaux. On notera donc, à ce propos, que la Syrie s’insurge contre la primauté de la loi internationale sur les lois nationales. Ce qui pourrait remettre en question son adhésion à l’ONU. Cependant, la majorité libanaise a fait savoir qu’il ne serait pas question d’admettre des amendements qui toucheraient au fond du texte du statut. C’est-à-dire qui videraient le tribunal de son contenu et le rendraient lettre morte, en pratique. Ainsi, le 8 Mars a peur du tribunal et le 14 Mars a peur pour lui. Il va de soi que l’ONU non plus ne peut fléchir sur ce point. Initialement d’ailleurs, quand la mouture finale avait été établie, puis approuvée à l’unanimité en Conseil de sécurité, l’ONU avait fait savoir à Beyrouth qu’il était hors de propos de modifier quoi que cela soit. Faisant par la suite montre de compréhension, et de patience, en raison des difficultés du Liban et de la crise qu’il essuyait, elle a fini par convenir de laisser une marge aux Libanais pour qu’ils s’entendent d’abord entre eux. Autour d’une révision portant uniquement sur la forme. Interrogations Il s’agira maintenant de voir si le sommet arabe va dégager une solution acceptée de tous. Ou qui leur serait imposée, car un éclatement au Liban aurait de dangereuses conséquences pour plus d’un pays de la région. S’il devait y avoir également impasse au niveau du traitement arabe, que pourraient faire les protagonistes libanais ? Probablement rien d’autre que laisser la crise traîner jusqu’à l’échéance de la présidentielle. Un député de la majorité note que, contrairement aux assertions courantes, toutes les formules proposées jusqu’à présent consacrent un vainqueur et un vaincu. L’opposition l’emporterait en obtenant le tiers de blocage en sus de la présidence de la République et de la présidence de la Chambre. Alors qu’à son avis, si l’on veut vraiment que nul ne surclasse l’autre, il faut évidemment commencer par le début. C’est-à-dire par la présidentielle, puisque la crise est fille de la prorogation. On s’entendrait sur un candidat de consensus. Puis l’on formerait, à l’ombre du nouveau régime, un gouvernement d’entente véritable. En dépassant donc le dilemme de la majorité des deux tiers et du tiers de blocage de la minorité. Car sur cette base de discussion, le clivage en deux camps opposés se trouverait consacré et il serait dès lors tout à fait inapproprié de parler de cabinet d’union. De plus, ajoute le parlementaire, il est évident que ce n’est pas la mise en place d’un cabinet dit d’union qui peut réaliser l’unité interne effective. Mais le contraire, car sans cimentation globale préalable sur le plan politique, il ne pourrait y avoir de cohésion ministérielle ou étatique. Étant dès lors entendu que l’unité préliminaire doit se réaliser autour d’un accord sur le programme du gouvernement. Après quoi, les choses étant bien définies, il n’y aurait à craindre ni obstruction de la part de la minorité ni monopolisation ou abus de pouvoir de la part de la majorité. Selon ce parlementaire, la devise ni vainqueur ni vaincu doit donc signifier que le camp du 14 Mars renoncerait aux deux tiers et le camp du 8 Mars au tiers de blocage. On ne débattrait plus à l’infini de quotas diviseurs comme 19/11 ou 19/10+1. Trêve De leur côté, des professionnels indépendants soulignent qu’au fond tout est question de confiance et de bonnes intentions. Si elles y sont, si l’allégeance de tous va vraiment à la patrie, si leur priorité reste de servir l’intérêt national bien compris, alors le problème serait vite résolu. En pratique, selon ces sources, on traiterait d’abord du statut du tribunal. En cas de mésentente sur les amendements, on laisserait ce dossier de côté, en attendant l’émergence d’un nouveau régime permettant de le régler, à la lumière des développements régionaux. Et l’on s’attellerait à la formation d’un nouveau cabinet qui serait transitoire, puisque sa mission s’achèverait naturellement à l’expiration du mandat de M. Lahoud en septembre prochain. Un caractère provisoire dispensant les protagonistes de débattre du quota de sièges, le gouvernement devant se contenter en fait d’expédier les affaires courantes. L’on aurait de la sorte, espèrent ces cadres, rétabli un climat de quiétude et d’apaisement politico-sécuritaire qui devrait faciliter les pourparlers concernant la présidentielle. En préparant parallèlement une nouvelle loi électorale. Ainsi que l’application complète de la 1701, pour passer à la frontière avec Israël d’une suspension des hostilités à un cessez-le-feu permanent.
Mais que veut la Syrie ? On sait, surtout, ce qu’elle ne veut pas. D’abord un tribunal à caractère international jugeant de l’assassinat du président Rafic Hariri. Ensuite, un gouvernement libanais au sein duquel ses partisans, et leurs alliés, disposeraient du tiers de blocage. Ce qui lui donnerait un contrôle suffisant du pouvoir libanais. Via un chantage constant de faire sauter le gouvernement à tout moment, pour toute décision éventuelle ne lui convenant pas. Les deux exigences étant du reste liées. Car, à travers le cabinet dit d’union, Damas parviendrait à faire amender le statut du tribunal de manière à le rendre tout à fait inoffensif.
En ce qui concerne les retouches, que les prosyriens refusent de divulguer avant d’avoir décroché le tiers de blocage, la Syrie en a laissé transpirer quelques-unes....