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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE À la recherche de l’identité perdue Michel TOUMA

C’est à une véritable course contre la montre à laquelle nous assistons depuis que le sommet arabe prévu cette semaine à Ryad a commencé à poindre à l’horizon. Une course contre la montre entre les deux agendas, libanais et régional, de la crise. Le visage du Liban de demain, son rôle, sa vocation dans ce Moyen-Orient en pleine mutation dépendront dans une large mesure de l’évolution, et de l’aboutissement, de ces diverses motivations qui dictent l’action des acteurs qui se bousculent sur la scène libanaise. Car au lendemain de sa nouvelle indépendance, le Liban est aujourd’hui à la recherche de son équilibre, de son identité, des moyens de gérer son pluralisme sur des bases durables. C’est l’heure des grands choix. Toutes les contradictions libanaises, toutes les sensibilités perceptibles au niveau du tissu social libanais, toutes les aspirations, les craintes et les appréhensions, les inconscients collectifs, ont émergé – parfois crûment – à la faveur de la deuxième indépendance. Le grand débat sur ce plan est lancé, comme l’illustre notre supplément L’avenir en points d’interrogation. Et le débat se doit surtout de prendre en considération le cri de colère ainsi que le sentiment de révolte et de frustration, voire de répugnance, de la jeunesse libanaise face à la situation présente, tels qu’exprimés dans le prologue de ce supplément. Ce dont le pays et les jeunes ont besoin, dans le contexte actuel, ce ne sont sûrement pas des solutions boiteuses, « à la libanaise », pour sortir de la crise. Maintenant que les dés sont jetés, que tous les dossiers sont ouverts, en toute franchise, sans complaisance ni distorsion, n’est-il pas grand temps que les Libanais planchent, selon une approche radicale, sur la détermination de l’identité et du rôle de leur pays, qu’ils s’entendent enfin sur la physionomie de leur système politique ? N’est-il pas temps que les jeunes et les acteurs de la société civile se voient offrir l’opportunité de ne plus broyer du noir et de contribuer à la recherche de l’équilibre libanais et de l’identité nationale trop longtemps perdus dans les méandres de la politique politicienne ? Ces interrogations, ou plutôt ces requêtes, se posent avec d’autant plus d’acuité que les tractations présentes sont, pour l’essentiel, axées sur des faux-fuyants. Pour l’Arabie saoudite et l’Iran, la priorité dans l’immédiat est d’éviter à tout prix une confrontation sunnito-chiite sur le terrain libanais. Calmer le jeu sur ce plan est, certes, une nécessité impérative, une condition sine qua non à un dialogue en profondeur. Mais encore faut-il que cet apaisement ne s’arrête pas là, qu’il ne soit pas considéré comme un objectif en soi, qu’il ne bloque pas la recherche d’un règlement radical au problème libanais. Au niveau local, cette approche radicale et libaniste devrait s’appliquer principalement au cas du Hezbollah pour qui l’heure de vérité a sans doute sonné. Le parti chiite se doit aujourd’hui de clarifier une fois pour toutes, et sans équivoque possible, ses véritables intentions. Il se doit de donner à ses partenaires nationaux des signaux quant à la finalité de son projet politique. Son objectif est-il principalement supranational, c’est-à-dire d’ordre régionalo-communautaire, s’inscrivant dans le cadre d’une stratégie iranienne et chiite transcendant les frontières et faisant fi des impératifs nationaux ? Est-il disposé, et surtout en mesure, d’accorder la priorité à la redéfinition d’un équilibre interne durable et stable avec les autres composantes socio-culturelles du pays ? Peut-il prendre quelque peu ses distances à l’égard du régime de la Révolution iranienne, se focaliser sur la « maison libanaise » et se conformer, de ce fait, à l’héritage politique de Mohammad Mehdi Chamseddine, qui a appelé à la fin de sa vie les chiites à ne pas avoir de projet politique propre à eux et à s’intégrer aux réalités internes, sans se distinguer d’une quelconque façon des autres composantes nationales. Il s’agit là, d’ailleurs, d’un débat qui ne concerne pas uniquement les chiites libanais mais qui oppose dans l’ensemble du Moyen-Orient deux courants de pensée chiites : l’un prôné par les défenseurs de la République islamique iranienne et par le Hezbollah qui accordent au clergé, et plus particulièrement au guide suprême de la Révolution islamique iranienne, un pouvoir politique presque absolu ; et le second, qui rejette les velléités de prépondérance iranienne, notamment celle du guide suprême, dans les affaires politiques des communautés chiites dans les différents pays arabes. L’issue de ce débat est, certes, tributaire de l’évolution de la conjoncture interchiite dans la région, mais dans le cas spécifique du Liban il revient aussi, dans une certaine mesure, aux autres fractions locales le soin de pousser les choses, en toute priorité, en direction d’une redéfinition de la nature des rapports internes dans le pays. La solution à la crise présente ne saurait être posée en termes de simple rééquilibrage au sein du gouvernement ou autres mesures à caractère purement politicien. C’est le fondement même de la gestion du pluralisme libanais qu’il s’agit de repenser. C’est l’esprit du rôle et de la vocation du Liban qui doit faire l’objet d’un nouveau pacte afin de réaffirmer et de consolider la raison d’être de l’entité libanaise. Les Libanais ont suffisamment enduré. Tous les abcès ont été crevés. Les pôles politiques, les intellectuels, les cadres supérieurs ont désormais l’audace de poser les problèmes tels qu’ils se présentent, sans complaisance. Les jeunes attendent avec anxiété de pouvoir surmonter leur désespoir, leur révolte, leur colère. Dans le sillage de la révolution du Cèdre, il est donc grand temps de s’atteler à la recherche de l’identité perdue.
C’est à une véritable course contre la montre à laquelle nous assistons depuis que le sommet arabe prévu cette semaine à Ryad a commencé à poindre à l’horizon. Une course contre la montre entre les deux agendas, libanais et régional, de la crise. Le visage du Liban de demain, son rôle, sa vocation dans ce Moyen-Orient en pleine mutation dépendront dans une large mesure de l’évolution, et de l’aboutissement, de ces diverses motivations qui dictent l’action des acteurs qui se bousculent sur la scène libanaise. Car au lendemain de sa nouvelle indépendance, le Liban est aujourd’hui à la recherche de son équilibre, de son identité, des moyens de gérer son pluralisme sur des bases durables.
C’est l’heure des grands choix. Toutes les contradictions libanaises, toutes les sensibilités perceptibles au niveau...