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Actualités - Opinion

Sous l’État de droit... l’esclavage !

À cette heure de la journée, le quartier de Gemmayzé grouille de monde. Une Mercedes de couleur bleue s’arrête à proximité du poste de police, dans l’attente de réceptionner sa « livraison ». Le paquet est un être humain, si l’on peut dire, au vu du traitement que lui réservent la police et l’occupante de la belle Mercedes. De type africain, la récalcitrante que l’on appelle plus communément ici la « bonne » refuse de pénétrer dans le véhicule pour rentrer chez son « maître » d’où elle a pris la fuite. Le concert habituel de klaxons arrive à peine à masquer ses cris. Les policiers censés faire respecter le droit, dont sans doute le tout premier qu’est celui à la dignité et à la sécurité, s’affairent manu militari à faire monter la femme dans la voiture, allant jusqu’à littéralement la frapper. L’indifférence générale face à l’intolérable que subissait cette jeune femme révèle une fois encore la réalité du statut des employés « domestiques » au Liban. La signature par l’État des conventions internationales relatives aux droits de ces travailleurs est loin d’avoir introduit une modification significative des traitements qui leurs sont réservés, traitements qui rappellent fidèlement dans certains cas les codes de l’esclavage. L’acharnement, public et au grand jour, des agents de l’État sur la fuyarde pour la restituer à ses « maîtres » n’est qu’un prolongement des punitions corporelles et humiliations que subissaient les esclaves fuyards sous d’autres cieux, à un autre âge… Quel crime pourrait justifier de telles pratiques ? Était-elle coupable de vol ? Dans ce cas-là, l’affaire aurait pu se régler devant les tribunaux, sans violence. Cependant, si son crime a été la rupture de son contrat de travail parce qu’elle s’estimait lésée ou maltraitée, cela fait partie de ses droits les plus élémentaires. Le traitement infligé à cette personne devrait nous interpeller. Comment est-il possible que ces traitements soient encore monnaie courante au Liban ? Comment expliquer l’indifférence générale face à l’insoutenable ? Parmi la nombreuse foule qui déambulait en toute quiétude, une jeune femme a osé protester contre le sort réservé à la malheureuse. Les forces de « l’ordre » l’ont sommée de se mêler de ce qui la regarde. Or, justement, c’est exactement ce qu’elle a fait en protestant. Le sort de cette personne humiliée et bafouée la regarde et nous regarde tous car, comme le déclarait Victor Schoelcher : « Chacun de nous a une part de responsabilité dans les crimes qu’engendre la servitude. » C’était au début du XIXe siècle. Deux siècles plus tard, nombreux sont ceux qui ne sont pas conscients de cette simple vérité au Liban.

À cette heure de la journée, le quartier de Gemmayzé grouille de monde. Une Mercedes de couleur bleue s’arrête à proximité du poste de police, dans l’attente de réceptionner sa « livraison ». Le paquet est un être humain, si l’on peut dire, au vu du traitement que lui réservent la police et l’occupante de la belle Mercedes. De type africain, la récalcitrante que l’on appelle plus communément ici la « bonne » refuse de pénétrer dans le véhicule pour rentrer chez son « maître » d’où elle a pris la fuite. Le concert habituel de klaxons arrive à peine à masquer ses cris. Les policiers censés faire respecter le droit, dont sans doute le tout premier qu’est celui à la dignité et à la sécurité, s’affairent manu militari à faire monter la femme dans la voiture, allant jusqu’à littéralement la...