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Actualités - Opinion

« Positions partisanes »

Dans un précédent article, nous demandions : « Qu’est-ce que la vérité ? » Cela nous ramène à ce que disait Alexandre Soljénitsyne dans son célèbre discours de Harvard aux jeunes diplômés en 1978 : « Votre devise gravée au frontispice de votre université est “Veritas”... Or, la vérité commence à nous échapper à la seconde même où notre regard relâche sa tension... » Que dire alors chez nous, où l’on fait bon marché de la vérité ? Ainsi, l’opposition répète chaque jour que tout ce qu’elle demande, ce sont des choses « simples et raisonnables, à savoir un gouvernement d’union nationale et le tiers de blocage » (rien que ça !). Par contre, souligne-t-elle, c’est la majorité, elle, qui s’obstine dans son refus de ces propositions, influencée par ses « sponsors » américain et français. Malheureusement, cette façon de voir (insufflée suivant une méthode voltairienne raffinée) pénètre même chez des âmes simples, peu soucieuses d’aller au fond du problème, qui disent dans leur exaspération : « Que chacun fasse donc quelque concession et qu’on en finisse ! » Cela arrive même chez les hiérarques, dont le souci primordial semble visiblement de n’être pas accusés de partialité, fût-ce au détriment de la vérité, comme ce fut le cas pour la condamnation par Bkerké des journées sinistres du 23 et du 25 janvier : « Aucun Libanais n’est meilleur que l’autre, tous sont impliqués dans la lutte fratricide » (voir L’Orient-Le Jour du 27/01/07, page 3). Aujourd’hui, la même chose se retrouve dans deux petites lignes qui sont, en fait, la conclusion du communiqué épiscopal du 7 mars. En effet, nous y lisons : « 5e – …C’est pourquoi, nous invitons tous les responsables à se départir de leurs positions partisanes, et faire prévaloir l’intérêt du Liban sur tout autre intérêt... » Ce texte implique deux remarques : 1 – Le mot « tous les responsables » englobe donc les deux antagonistes, le gouvernement (Fouad Siniora et les ministres), tout autant que l’opposition : le gouvernement qui, lui, ne peut s’arrêter de gouverner (il a réussi quand même la performance de Paris III), et ce au même titre que l’opposition qui, sans coup férir, a investi le centre-ville, entraînant la série de malheurs dénoncés dans les quatre premiers paragraphes du même communiqué épiscopal. Or, l’invitation (ou la sommation) de cesser de se combattre adressée indistinctement à tous les responsables, gouvernement et opposition, ne peut évidemment pas signifier pour le gouvernement « arrêtez de gouverner », tandis qu’elle signifie clairement pour l’opposition « arrêtez d’investir le centre-ville et n’empêchez pas les gens de vaquer à leur gagne-pain ». Comment, en toute conscience, peut-on appliquer les mêmes termes aux deux antagonistes ? 2 – L’expression « se départir de leurs positions partisanes » (dans l’original arabe, le mot « fi’awyiat » est plus fort que partisane) ne peut pas s’appliquer au gouvernement, les leaders de l’opposition eux-mêmes ne reprochant pas à celui-ci sa façon de gouverner. En définitive, cette déclaration, ce communiqué épiscopal tant attendu, dont on espérait une contribution au progrès des tractations, laisse largement les choses en plan. Les habiles rédacteurs doivent se frotter les mains : « Nous avons évité l’accusation de prendre parti. Après tout, les 23 et 25 janvier n’ont fait que quelques morts, du menu fretin en somme... Merci, mon Dieu, nous étions au bord de la conflagration générale. » Alors, il ne nous reste qu’à méditer les paroles de Soljénitsyne : « La vérité commence à nous échapper à la seconde même où notre regard relâche sa tension. » Albert SARA Avocat
Dans un précédent article, nous demandions : « Qu’est-ce que la vérité ? » Cela nous ramène à ce que disait Alexandre Soljénitsyne dans son célèbre discours de Harvard aux jeunes diplômés en 1978 : « Votre devise gravée au frontispice de votre université est “Veritas”... Or, la vérité commence à nous échapper à la seconde même où notre regard relâche sa tension... »
Que dire alors chez nous, où l’on fait bon marché de la vérité ? Ainsi, l’opposition répète chaque jour que tout ce qu’elle demande, ce sont des choses « simples et raisonnables, à savoir un gouvernement d’union nationale et le tiers de blocage » (rien que ça !). Par contre, souligne-t-elle, c’est la majorité, elle, qui s’obstine dans son refus de ces propositions, influencée par ses « sponsors » américain et...