S’il y a bien une constatation plus qu’évidente à tirer des événements qui secouent le Liban depuis sept mois déjà, depuis la guerre extérieure contre Israël et la guerre intérieure du Hezbollah et ses alliés contre le gouvernement, c’est que la machine institutionnelle est totalement grippée et l’État démocratique saccagé.
Avec cela, l’économie du pays plonge, malgré Paris III, et les faillites ne feront que se multiplier. Quand les uns et les autres chiffrent les dégâts de la guerre de 33 jours, ils ne prennent jamais en compte le coup quasi mortel pour l’économie : le manque de confiance dans l’avenir du pays. Ni les Libanais ni les étrangers à plus forte raison ; plus personne n’investit, personne n’embauche et les touristes sont devenus introuvables. Comment faire pour que le Liban survive ?
Le pacte national de 1943 a été dépassé par la démographie et l’accord de Taëf est également dépassé puisque toujours contesté et presque jamais appliqué. Il nous faut donc une nouvelle formule de coexistence qui sécurise la totalité des Libanais, toutes confessions confondues. Il nous faut dépasser les querelles de clocher (ou minaret ?) qui, même résolues provisoirement, ne sont que des péripéties ne garantissant nullement l’avenir du pays.
Au contraire, ces rafistolages et solutions de compromis conjoncturels ne font que remettre à plus tard les problèmes et à les rendre de plus en plus inextricables, sinon explosifs, avec le temps qui passe. À ce moment-là, la démographie aidant au déséquilibre communautaire, la formule actuelle de coexistence volera en éclats, mais cette fois-ci, ce sera la fin du Liban pays-message de convivialité et modèle unique pour un monde en proie au violent « choc des civilisations ». Nous deviendrons un front de guerre sans fin entre les différents courants radicaux de la région et au meilleur des cas, nous serons un pays où la majorité numérique, avec son propre projet socioculturel, écrasera toutes les autres minorités qui ont toujours fait la richesse de ce pays mosaïque unique en son genre.
Ceux qui ont tué Rafic Hariri ont non seulement tué « Mister Lebanon », comme le dit si bien le titre du livre de Nicholas Blanford, ils ont également voulu détruire tout ce que ce bâtisseur avait essayé de réaliser pour sa patrie en ruine à la fin de la guerre civile : un rêve, une vision d’un pays en paix avec lui-même et ses voisins, prospère pour tous ses fils et ouvert sur le monde entier.
Qu’on aime Rafic Hariri ou qu’on le déteste, c’est bien cela qu’il représentait pour le Liban qu’il tenait tout seul à bout de bras. Malgré les embûches semées par Émile Lahoud et les contraintes mises par les ministres imposés par la Syrie, Hariri a essayé de toutes ses forces de faire du Liban un Singapour sur la Méditerranée. Il a beaucoup construit et il a remis le Liban sur la carte géopolitique mondiale en nous gagnant les sympathies et le soutien d’une multitude de pays pour qui nous n’existions plus après 15 ans de guerre civile.
Sa vision d’un pays paisible et prospère a été fracassée un certain 14 février 2005 et, si nous sommes lucides, il nous faut constater que depuis deux ans et surtout depuis 7 mois, c’est la descente inexorable aux enfers pour le Liban, sur tous les plans et niveaux.
Pour toutes les confessions, la pauvreté s’installe et la misère touche toutes les souches de la société, l’émigration vide le pays de sa substance et nous ne subsisterons qu’en mendiant l’assistance des pays de Paris III, mais qui finiront par se lasser d’un pays qui ne pose que des problèmes insolubles. Et qui n’a jamais su, ni pu, les résoudre. Adieu au Singapour sur la Méditerrannée et bienvenue au Cuba proche-oriental ! À moins que nous n’ayons le courage de dépasser les clivages actuels et de nous projeter dans un avenir radieux et prometteur.
Si ce n’était l’idéologie d’un parti surarmé qui ne prône que la résistance, le sacrifice, la mort et la guerre « jusqu’à la libération de la Palestine », et peut-être au-delà, la solution pour l’avenir d’un Liban paisible et prospère serait à portée de main : un statut de neutralité, comme la Suisse ou l’Autriche, ni avec ni contre aucun axe. Le Liban deviendrait alors un pays ami de tout le monde, un petit paradis sur la Méditerranée.
La Suisse neutre s’est enrichie alors que tous ses voisins allemands, français et italiens s’entre-tuaient durant la Seconde Guerre mondiale. À la fin de cette guerre, l’Autriche a gardé sa souveraineté et n’a échappé au bloc soviétique qui venait d’engloutir toute l’Europe de l’Est qu’en réclamant un statut de neutralité.
Nous avons tous les juristes qualifiés pour élaborer un statut de neutralité spécifique au Liban et compatible avec la charte de la Ligue arabe — en tête desquels Me Salah Honein. Encore faudrait-il que les Libanais s’entendent entre eux et fassent passer l’intérêt de leur patrie avant celui des axes.
Si seulement on interrogeait les Libanais, par référendum par exemple, c’est cela que l’immense majorité souhaiterait pour des générations à venir. Et quelle que soit la majorité confessionnelle du pays dans quelques décennies, la neutralité apportera la prospérité pour tous et la tranquillité pour les diverses minorités qui composent le Liban et qui sont sa raison d’être. À ce moment, la confiance reviendra et le pays prospérera dans la paix et l’espoir d’un lendemain sans soubresauts.
David C. CORM
Architecte
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Avec cela, l’économie du pays plonge, malgré Paris III, et les faillites ne feront que se multiplier. Quand les uns et les autres chiffrent les dégâts de la guerre de 33 jours, ils ne prennent jamais en compte le coup quasi mortel pour l’économie : le manque de confiance dans l’avenir du pays. Ni les Libanais ni les étrangers à plus forte raison ; plus personne n’investit, personne n’embauche et les touristes sont devenus introuvables. Comment faire pour que le Liban survive...