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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Retour vers le futur

Onzième semaine de 2007. Il n’est pire sourde que celle qui ne veut pas entendre/écouter. Surtout quand elle est myope. La famille Assad a renvoyé Javier Solana se lamenter devant le Manneken-Pis, certaine que le geste des 27 à son égard, que la primature de Jacques Chirac ne sont qu’une bienvenue et réjouissante faiblesse, une désespérance européenne. Certaine aussi que les Arabes, Saoudiens et Égyptiens en tête, ne sont que des chiffes molles juste capables d’adresser des messages fermes qui finissent tous – cette famille manque sacrément d’intuition… – dans le (déjà) surchargé Barada. Certaine que sur l’échelle de valeurs et de priorités de Téhéran, la relation et les intérêts syro-iraniens passent bien avant tout, bien avant, naturellement, son dossier nucléaire ou l’Irak… Certaine – cette famille sait apprécier la fidélité… – que ses alliés libanais, anciens et nouveaux, ne manqueront aucune occasion de prouver que la tutelle n’a pas nécessairement besoin de présence armée pour s’exercer, sous une forme ou une autre (kidnapping du Parlement par Berry, démission du gouvernement et grangrénisation de l’État par Nasrallah, menaces de Aoun à propos du quorum nécessaire pour la présidentielle, dictature de la minorité par tous, etc.). Certaine que tout le monde a besoin d’elle, à commencer par les Américains, convaincus – pour l’instant – par leurs amis Israéliens de la nécessité de voir perdurer le régime alaouite. Une famille absolument pénétrée, jusqu’à la moelle, d’un sentiment pourtant dangereux pour les dynasties qui s’en prévalent : celui de se penser irremplaçable et incontournable. Cette famille devrait sérieusement penser écouter les uns et les autres, par exemple Javier Solana, Hosni Moubarak ou, tout récemment, Dominique de Villepin. Le Premier ministre français est retourné cette semaine sur les lieux de son phénoménal et somptueux crime de lèse-Bush, il y a presque pile quatre ans, quelques semaines avant l’invasion de l’Irak : les Nations unies ; une escale avant d’aller présenter un plan de paix pour le Moyen-Orient à Harvard. Dominique de Villepin (mais par quelle fumisterie les partisans UMP ont-ils pu lui préférer Nicolas Sarkozy…) quittera Matignon et sans doute l’Exécutif français dans exactement deux mois. C’est long deux mois ; on peut faire beaucoup de choses en deux mois ; on peut inscrire un acte politique retentissant, historique, en deux mois… Les Libanais se foutent de savoir qui a le pouvoir en Syrie à partir du moment où les frontières communes sont délimitées, les deux ambassadeurs nommés et la souveraineté des deux pays respectée ; justement, les Libanais veulent – et ont urgemment besoin – que les dirigeants syriens, quels qu’ils soient, cessent de fantasmer sur une phagocytose de leur si convoité voisin. Et visiblement, le régime syrien ne comprend et n’entend ni les conseils, ni le boycottage, ni la courtoisie, ni les gestes, ni l’histoire et ses leçons ou ses pieds de nez. C’est bien beau que la communauté internationale le mette en quarantaine, le sanctionne gentiment, le tance, mais si ce régime n’est pas inquiété, s’il n’est pas mis devant le fait accompli, devant l’obligation de changer de manière, rien ne pourra être possible – et qui d’autre que la France d’ici jusqu’à deux mois, qui d’autre que l’hyperchiraquien Dominique de Villepin pourrait amorcer le mouvement ? Surtout qu’il sait pertinemment que la solution aux crises du Moyen-Orient passe nécessairement, que ce soit pour l’Irak, la Palestine et le Liban, par un changement de comportement syrien, certes pas suffisant, mais indispensable. Ce n’est pas son patron qui lui dira le contraire. Jacques Chirac a certes raté pas mal de choses au cours des douze années passées à la tête de la France, mais il est surtout le dirigeant étranger qui a, sans doute aucun, compris le plus de choses, notamment en ce qui concerne ce Moyen-Orient en général, et en particulier ce Liban tellement maudit parfois… L’histoire est parfois d’une cruauté infinie, gueuse, mais elle n’oublie rien. Jacques Chirac a fait ses pré-adieux aux Français dimanche dernier, et la majorité des Libanais se sent déjà orpheline : dans deux mois partira celui qui, sans toujours le savoir, a multiplié, pendant quarante ans de vie politique, les satori – le satori étant ce mot japonais qui désigne une illumination soudaine, un réveil brusque et salvateur, un éblouissement de l’œil mieux que la plus exacte des boussoles. Il reste deux mois (pour agir). C’est long deux mois… Et qui a attendu trente ans peut encore patienter… deux mois. Ziyad MAKHOUL

Onzième semaine de 2007.
Il n’est pire sourde que celle qui ne veut pas entendre/écouter. Surtout quand elle est myope. La famille Assad a renvoyé Javier Solana se lamenter devant le Manneken-Pis, certaine que le geste des 27 à son égard, que la primature de Jacques Chirac ne sont qu’une bienvenue et réjouissante faiblesse, une désespérance européenne. Certaine aussi que les Arabes, Saoudiens et Égyptiens en tête, ne sont que des chiffes molles juste capables d’adresser des messages fermes qui finissent tous – cette famille manque sacrément d’intuition… – dans le (déjà) surchargé Barada. Certaine que sur l’échelle de valeurs et de priorités de Téhéran, la relation et les intérêts syro-iraniens passent bien avant tout, bien avant, naturellement, son dossier nucléaire ou l’Irak… Certaine –...