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Actualités - Opinion

Un congrès national, pour une solution véritable

Il n’est plus possible que le Liban continue à vivre, à survivre, par à-coups, allant de crise en crise, de guerre en guerre, avec des périodes de répit assurées par de simples palliatifs. Des compromis, des arrangements partiels de pure conjoncture. Il est nécessaire, soulignent des professionnels, que l’on s’accorde sur une solution de fond. Un pacte III, après ceux de 43 et de Taëf, comme il y a eu un Paris III. Ce qui ne peut être accompli, à leur avis, qu’à travers un congrès national. La base vitale constante, la coexistence, est déjà dans les textes. Il s’agit dès lors bien plus de perfectionner la formule, d’en corriger les failles, que d’en inventer une toute nouvelle. Il s’agit donc, en premier lieu, de s’accorder sur une interprétation, ou une réécriture, commune des dispositions de la Constitution qui manquent de précision et de clarté. Mais, plus avant, il y a un choix de fond à faire : faut-il garder la démocratie de consensus de nature communautaire, ou doit-on établir un État purement laïc, civil, permettant la démocratie numérique, tout en prenant en compte les réalités sociales du pays ? Sur le plan global, l’émergence d’un axe chiite Hezbollah-Amal, qui monopolise la volonté de toute une communauté, constitue un phénomène nouveau dans la vie politique locale. Une situation de fait accompli que la Constitution, loin de prévoir, contredit dans plusieurs de ses articles. Par le passé, chaque communauté a eu toujours des leaderships distincts, souvent opposés, et qui ne pouvaient s’éliminer. Par le passé, pour prendre en exemple justement la communauté chiite, quand les chefs de file des clans Hamadé ou Assaad se trouvaient hors du pouvoir, ils y étaient remplacés par des Osseirane, des Khalil ou des Zein. Aujourd’hui, la mainmise du tandem Amal-Hezbollah revient à dire qu’un système de nature uniquement confessionnelle, un fédéralisme des communautés en somme, cherche à se glisser à la place de la démocratie républicaine qui confie le pouvoir à la majorité, la minorité se confinant dans un rôle d’opposition. Ce qui était la norme suivie depuis la fondation du Liban. L’alliance chiite remet donc en cause le régime libanais, donne aux textes constitutionnels une coloration que le législateur n’a pas du tout voulue, et s’octroie un droit de veto paralysant qui équivaut largement par ses effets au tiers de blocage, ou même qui le surclasse. Ainsi, la majorité s’est vu forcer la main pour la réélection de Berry au perchoir, faute d’autre candidat. Il en a été de même pour la participation chiite au gouvernement. Ou encore pour les nominations administratives. Qu’est-ce que cela signifie ? Que toute communauté doit décider pour elle-même toute seule, sans consulter les autres, même si les choix impliquent une dimension d’ordre collectif national. Il y a donc, répétons-le, un système de fédéralisme communautaire que le tandem Amal-Hezbollah veut promouvoir. Système qui gomme dans le fond le concept de coexistence, au profit d’une simple cohabitation, bien plus précaire sur le plan de la stabilité sociopolitique. La preuve en est apportée par la crise présente, due au retrait des ministres chiites du gouvernement. Sans oublier que par le droit de veto qu’il s’arroge, le tandem chiite peut également contrôler des volets, comme la présidentielle, relevant d’autres communautés. Communautés qui, si l’on ne remet pas les choses en ordre, exigeraient et obtiendraient sans doute de disposer des mêmes facultés de monopole ou de blocage. Ce serait, en définitive, la tour de Babel avec impossibilité absolue de s’entendre, au double sens du terme. Et le Liban volerait en éclats. Force est de constater que le général Michel Aoun soutient la ligne Amal-Hezbollah. En affirmant, au sujet justement de la présidentielle, que le quorum requis obligatoire pour la séance d’élection est des deux tiers des membres de la Chambre, non de la majorité simple. Et en ajoutant que les loyalistes ne doivent pas tenter de faire prévaloir un autre point de vue « sauf s’ils veulent une bataille sanglante au Liban ». L’ancien ministre Ghassan Salamé pense que le système retenu est générateur de crise, qu’il en faut un nouveau, qui soit bien plus fort et qui ne permettrait à aucune partie de contourner l’État. Cet idéal, saura-t-on y parvenir ? Émile KHOURY
Il n’est plus possible que le Liban continue à vivre, à survivre, par à-coups, allant de crise en crise, de guerre en guerre, avec des périodes de répit assurées par de simples palliatifs. Des compromis, des arrangements partiels de pure conjoncture. Il est nécessaire, soulignent des professionnels, que l’on s’accorde sur une solution de fond. Un pacte III, après ceux de 43 et de Taëf, comme il y a eu un Paris III. Ce qui ne peut être accompli, à leur avis, qu’à travers un congrès national. La base vitale constante, la coexistence, est déjà dans les textes. Il s’agit dès lors bien plus de perfectionner la formule, d’en corriger les failles, que d’en inventer une toute nouvelle. Il s’agit donc, en premier lieu, de s’accorder sur une interprétation, ou une réécriture, commune des dispositions de la...