Inland Empire,
de David Lynch
Avec Laura Dern, Jeremy Irons et Justin Theroux. Avis aux néophytes. Autant le dire tout de suite : si vous n’avez jamais vu au moins un film de David Lynch, ne commencez pas avec Inland Empire. Il faut être armé pour plonger dans l’univers de ce grand cinéaste américain. Un univers peuplé de personnes aux têtes gommées (allusion à son film Eraserhead), d’humains à têtes de lapins (qui rappelle son moyen-métrage Rabbits tourné en 2002, mettant en scène pour la première fois Naomi Watts, que le public découvrira plus tard dans Mulholland Drive). Un monde fait de routes menant souvent nulle part, si on ne prend pas la bonne spirale (Lost Highway, Mulholland Drive et Inland Empire), mais également de routes toutes simples (Straight Story).
Inland Empire est un jeu de pistes truffé de repères et de références que l’artiste s’est amusé à semer pour guider le spectateur, son alter ego. Un espace carcéral, labyrinthique, aux portes qui s’ouvrent, se referment et propulsent dans d’autres espaces. Un monde terrifiant, sombre et autodérisoire, schizophrénique, dénué de toute linéarité, composé de strates, aux cadrages qui implosent, aux couleurs réinventées, à la lumière blanchie jusqu’à l’extrême. Enfin, Inland Empire est l’œuvre colossale d’un artiste qui n’en finit pas d’explorer les possibilités infimes du cinéma, à travers le regard de ses actrices fétiches (en l’occurrence, ici, une sublime Laura Dern) qu’il filme amoureusement, à la Hitchcock (toujours en gros plan ).
Tout en dénonçant le milieu hollywoodien dénaturé par la prostitution du métier (femmes qui font le trottoir sur Sunset Boulevard), ainsi que les techniques contemporaines et les scénarios atteints d’atrophie et de monotonie, Lynch magnifie par des recherches multipliées à l’infini ce qu’on appelle le 7e art. Cela dit, «Inland Empire est l’histoire d’une femme qui a des ennuis». C’est ainsi que l’imperturbable et l’impénétrable M. Lynch explique son film.
CinemaCity
Music and Lyrics,
de Marc Lawrence
Une comédie romantique fraîche et drôle sur fond de musique pop et qui réunit à l’écran deux figures sympathiques, mais différentes l’une de l’autre et dont l’alchimie assurera certainement la réussite de ce film. Le chanteur pop Alex Fletcher (Hugh Grant) a connu ses heures de gloire. À présent, c’est un «has been» réduit à se produire dans les fêtes et les foires. Jusqu’au jour où une occasion en or se présente à lui, la Chance avec un grand C pour se refaire un nom. Cora Corman, une jeune chanteuse, l’invite à lui composer une chanson. Manque de pot, Fletcher n’a plus composé depuis dix ans et il n’a jamais été parolier. L’intrusion dans sa vie de Sophie Fisher, sous les traits de la charmante Drew Barrymore, va changer la donne. Ce film est une occasion de réunir à nouveau l’acteur Hugh Grant et le réalisateur Mark Lawrence, qui avait fait jouer en 2003 l’acteur face à Sandra Bullock et de décrire le milieu ingrat de la chanson et du spectacle.
Beaucoup d’humour et de légèreté dans cette comédie qui rappelle celles des années 1950-1960, un genre qui tend à disparaître de nos jours.
Certes, le déhanchement à la Tom Jones de Hugh Grant vaut à lui seul le déplacement, mais il y a aussi bien longtemps qu’on n’a pas vu une comédie aussi agréable, délassante et au dialogue intelligent.
CinemaCity, Empire ABC/
Dunes/Galaxy, Espace
Prête-moi ta main,
d’Éric Lartigau
Avec Alain Chabat, Charlotte Gainsbourg et Bernadette Lafont.
Une comédie romantique de la même fibre des comédies américaines où deux caractères opposés s’affrontent, mais finissent par se retrouver. Luis, célibataire heureux, a dépassé la quarantaine. Occupant la fonction de «nez» dans une entreprise industrielle de parfums, tout semble baigner pour lui. Sauf que sa mère et ses cinq sœurs ne supportent plus de le materner. Elles décident donc de lui trouver une épouse. Pour déjouer leur plan, il va à son tour «louer» une jeune femme et la présenter à sa famille.
Pretty Woman avec variations françaises et l’humour de Chabat en plus, Prête-moi ta main est une comédie légère et agréable où Gainsbourg s’éclate dans un registre qu’on ne lui connaissait pas jusqu’à présent. Ayant déjà joué deux films ensemble, les deux comédiens forment un bon couple de cinéma et offrent à voir un film au rythme rapide, où l’on ne s’ennuie pas un seul instant.
Abraj, Zouk
The Namesake,
de Mira Nair
Avec Tabu, Irfan Khan et Kal Penn.
Jusqu’à présent, tous les films de Mira Nair nous ont bouleversés. Que ce soit sa première œuvre Salaam Bombay qui remporta la Caméra d’or et le prix du public à Cannes en 1988, ou Le mariage des Moussons qui remporta le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2001.
Le film décrit avec simplicité et beaucoup de réalisme les conflits entre deux immigrés bengali de première génération, installés aux États-Unis, et leurs enfants qui ont très bien réussi l’adaptation.
Le film qui traite d’assimilation culturelle et de luttes de générations n’a probablement rien de nouveau, mais sous le regard de la réalisatrice Mira Nair, qui sait exactement traduire la réalité, confronter deux cultures totalement différentes, en pudeur et sans verser dans le mélo, l’œuvre revêt un caractère intimiste et profondément humain. On ne peut passer à côté d’un film pareil même si le rythme est, par instants, un peu lent.
Cinéma Six Sofil
À savoir que...
– Le titre est emprunté au nom du quartier situé à l’est du comté de Los Angeles, où a grandi le mari de Laura Dern, Ben Harper, qu’on aperçoit à la fin du film au piano.
– Le film a été tourné sans scénario. L’histoire s’est reconstituée au fur et à mesure du tournage. «Tout démarre par une idée ou des fragments d’idées. Soudain ces idées deviennent des images», commente le cinéaste en expliquant que c’est «l’idée qui mène la barque».
– Trois interprètes de Mulholland Drive sont présents dans le film : Justin Theroux, Naomi Watts, qui prête sa voix à un des lapins, tandis que Laurra Harring fait une brève apparition. On dirait que la famille «lynchéenne» parcourt ses films.
– Le cinéaste qui est en même temps scénariste, producteur, acteur, cadreur, compositeur de musique… est avant tout peintre. Ses peintures sont exposées actuellement dans le cadre de la Fondation Cartier sous le nom aussi énigmatique The Air is on Fire.
Sorties prévues pour le 22/3/07
– Notes on a Scandal, de Richard Eyre, avec Judi Dench, Cate Blanchett.
– Flages Of Our Fathers, de Clint Eastwood, avec Ryan
Philippe.
– Le dahlia noir, de Brian de Palma avec Josh Hartnett et Scarlett Johansson.
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