C’est bien dommage que Javier Solana, arrivé lundi et reparti le même jour pour Ryad, n’ait pas séjourné un peu plus longtemps dans notre doux pays.
À quelques heures près en effet, le haut représentant de l’Union européenne aurait eu la primeur des toutes premières arrestations de terroristes opérées depuis le début de la série d’attentats à la bombe visant le Liban. Il aurait été en mesure de se faire remettre gracieusement par les autorités locales un bel assortiment d’indices, de pièces à conviction et même d’aveux complets illustrant les sentiments invariablement criminels que nourrissent d’aucuns envers ce pays et ses fils. Et ce modeste supplément de bagages aurait peut-être conféré plus de poids à la mission qu’entame aujourd’hui Solana à Damas, et qui consiste essentiellement à obtenir de la Syrie un changement d’attitude envers le Liban.
Il n’est pas encore irréfutablement démontré que le Fateh al-Islam, cet obscur groupuscule pseudo-palestinien, qui, il y a un mois, a perpétré le double attentat à la bombe de Aïn-Alak, n’est qu’une créature des Moukhabarate syriens. Mais on ne prête qu’aux riches. Et qu’en la matière, les services de Damas, premiers suspects dans l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons, font figure, depuis des décennies, de multimilliardaires.
Toujours est-il qu’il y a tout lieu de se féliciter de la démarche européenne en direction du régime Assad. Ce n’est pas en médiateur et encore moins en solliciteur que se rend Solana à Damas. La médiation dans la crise libanaise, c’est l’Arabie qui s’en est chargée elle-même, en étroite collaboration avec l’Iran, et le représentant de l’Europe n’a pas tari d’éloges hier sur les intenses efforts déployés ces derniers temps par le royaume. Et si le Vieux Continent va plaider auprès du tuteur déchu la cause d’un Liban indépendant et souverain, il le fait aussi dans l’intérêt bien compris d’une Syrie frappée d’isolement et harcelée à coups de résolutions onusiennes. Pour Damas, la sérénité retrouvée sans plus de crainte de sanctions passe incontournablement par le respect de toutes les clauses relatives au Liban : et à leur tête la mise en place d’un tribunal à caractère international et le strict contrôle de la frontière face aux infiltrations d’armements et de combattants.
Ce n’est guère par hasard, au demeurant, que les contours de cette mission se soient trouvés simultanément définis, chacun à sa manière, par ces deux grands amis du Liban que sont la France et l’Italie. La première, irritée par les initiatives dispersées de certains pays européens, avait sèchement court-circuité, l’été dernier, un projet de voyage de Solana à Damas ; et si elle a donné enfin son feu vert, c’est parce que le haut représentant représente effectivement, cette fois, une position européenne commune face au problème syrien. L’Italien Romano Prodi, lui, a toujours prôné le dialogue avec Damas ; il n’a pas manqué cependant de signaler hier à l’attention de Bachar el-Assad la nécessité de saisir cette occasion significative permettant la reprise du dialogue.
On ne saurait oublier pour autant que si l’Europe se transporte à Damas, c’est aussi parce que l’Amérique vient de l’y précéder en la personne d’une adjointe du secrétaire d’État, cela en marge de la conférence régionale sur l’Irak groupant notamment les États-Unis, l’Iran et la Syrie. Et c’est une fois de plus tant mieux, du moment qu’il n’existe finalement que deux moyens de traiter avec un adversaire. Le premier est la confrontation, que Washington – malgré les imprécations régulières de George W. Bush – ne s’est jamais vraiment résolu à porter à son paroxysme, probablement par crainte du nouveau chaos régional que provoquerait un effondrement du régime baassiste. Et le second est la négociation, celle-là même que la Syrie souhaite globale, dans l’espoir – qu’il faut souhaiter vain – de rattraper au Liban le terrain cédé ailleurs.
Vain, oui, du moins à la lumière du vaste consensus international dont bénéficie notre pays. Vain assurément, si les Libanais eux-mêmes se laissaient toucher par la grâce de ce consensus.
Issa GORAIEB
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À quelques heures près en effet, le haut représentant de l’Union européenne aurait eu la primeur des toutes premières arrestations de terroristes opérées depuis le début de la série d’attentats à la bombe visant le Liban. Il aurait été en mesure de se faire remettre gracieusement par les autorités locales un bel assortiment d’indices, de pièces à conviction et même d’aveux complets illustrant les sentiments invariablement criminels que nourrissent d’aucuns envers ce pays et ses fils. Et ce modeste supplément de bagages aurait peut-être conféré plus de poids à la mission qu’entame aujourd’hui Solana à Damas, et qui consiste essentiellement à...