Les premiers contacts le week-end dernier à Bagdad entre responsables américains et iraniens représentent un progrès symbolique, à la portée limitée, pour ces ennemis de 27 ans, estiment des experts.
L’ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Zalmay Khalilzad, a qualifié l’ambiance de ces premiers contacts bilatéraux depuis quatre ans, intervenus en marge de la conférence internationale sur l’Irak samedi à Bagdad, de « constructive » et même de « joviale », des qualificatifs rarement associés aux relations irano-américaines depuis 27 ans. Il a espéré que la conférence de Bagdad soit suivie le mois prochain d’une réunion similaire au niveau ministériel, à laquelle participerait la secrétaire d’État Condoleezza Rice.
À Washington, les experts qui exhortaient depuis longtemps le président George W. Bush et Mme Rice à ouvrir le dialogue avec l’Iran et la Syrie ont salué cette première prise de contact tout en soulignant qu’elle n’avait pas permis de véritable percée. « La rencontre de Bagdad a indubitablement été utile car elle a modifié la compréhension et la perception de ce que les États-Unis sont en train de faire », indique Patrick Clawson, expert de l’Iran à l’Institute for Near East Policy de Washington. Un avis partagé par Shibley Telhami, de la Brookings Institution, pour qui le principal acquis de cette réunion est que les deux parties se sont rencontrées et que les échanges ont été tellement réduits qu’ils n’ont pas dégénéré, ce qui aurait torpillé la réunion ministérielle du mois prochain. « Aucune des deux parties ne voulait que la rencontre échoue, et elle n’a pas échoué. Mais ça signifie aussi que rien d’autre n’a été accompli », souligne M. Telhami.
Les États-Unis avaient récemment haussé le ton à l’égard de Téhéran, déployant notamment deux porte-avions dans le Golfe, pour tenter de dissuader l’Iran à la fois de poursuivre ses activités d’enrichissement de l’uranium et de cesser ses interventions présumées en Irak. Washington souhaitant garder aux discussions sur le programme nucléaire iranien son caractère multilatéral, la délégation américaine a donc limité ses discussions avec les Iraniens à ses accusations contre l’Iran et la Syrie de soutien aux milices confessionnelles et aux groupes armés en Irak. « Nous avons clairement fait savoir que ce genre de comportement ne correspondait pas aux engagements de ces deux pays envers un Irak stable, sûr et paisible, et que cela devait cesser », a souligné David Satterfield, conseiller de Mme Rice pour l’Irak, qui a participé à la conférence de Bagdad. Les délégués iraniens ont rejeté ces accusations au cours d’un échange animé qui a souligné l’ampleur des divergences entre les deux pays.
Pour Patrick Clawson, « ce petit échauffement montre à quel point il sera difficile d’aboutir à un accord de fond entre les États-Unis et l’Iran sur les nombreuses questions qui les divisent ». « Je ne vois aucun signe que l’Iran ait pris la décision fondamentale que son intérêt était de coopérer avec les États-Unis pour promouvoir la stabilité en Irak », ajoute l’expert. En outre, poursuit M. Telhami, le refus de Washington de discuter du programme nucléaire iranien limite la portée diplomatique de ces entretiens. « Les Iraniens ont des intérêts en Irak, cela ne fait aucun doute, mais ils ont aussi d’autres soucis au sujet de la sécurité dans le Golfe, de leur programme nucléaire, et tout ceci est lié », note-t-il. « Il est finalement difficile pour les États-Unis de parvenir à une coopération complète des Iraniens sur les questions qui importent le plus aux États-Unis, sans rien leur donner en échange », conclut-il.
David MILLIKIN (AFP)
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L’ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Zalmay Khalilzad, a qualifié l’ambiance de ces premiers contacts bilatéraux depuis quatre ans, intervenus en marge de la conférence internationale sur l’Irak samedi à Bagdad, de « constructive » et même de « joviale », des qualificatifs rarement associés aux relations irano-américaines depuis 27 ans. Il a espéré que la conférence de Bagdad soit suivie le mois prochain d’une réunion similaire au niveau ministériel, à laquelle participerait la secrétaire d’État Condoleezza Rice.
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