Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Pour rappel seulement

Pour son malheur, le Liban n’est ni une île ni un petit coin de paradis enclavé entre la Suisse et le Liechtenstein. Il n’a peut-être que deux voisins, mais c’est deux voisins de trop qui lui empoisonnent la vie. D’autres pays ont d’innombrables voisins et ils ne s’en portent pas moins bien, mais le Liban traîne comme un boulet la double convoitise dont il est l’objet. Que les Israéliens veuillent nous damer le pion, c’est, après tout, de bonne guerre, et le Hezbollah le leur rend fort bien. Que l’Égypte, la Jordanie, des États du Golfe et du Maghreb, quasiment la majorité du monde arabe, entretiennent des rapports, officiels ou en sous-main, avec Israël, c’est, bien entendu, leur affaire. Le Liban, lui, sera le dernier pays de la région à signer la paix et Hassan Nasrallah y veillera bien, lui qui mène le combat au nom de la oumma. Que la Finul, l’armée libanaise, la 1701 réussissent à assurer la sécurité requise, c’est là une autre paire de manches, l’essentiel, n’est-ce pas, est que le Hezbollah puisse garder ses armes. Mais tel n’est pas notre propos aujourd’hui, quoique Israël et le Hezbollah soient automatiquement ciblés dès lors que l’on évoque le second empêcheur de tourner en rond, la Syrie : il faut dire que côté vases communicants, le délit est pour le moins flagrant. Que veut donc la Syrie du Liban ? Question sans cesse posée, disséquée, examinée sous toutes ses coutures. La réponse, invariablement, est la même : le phagocyter, tout simplement. Au fil des ans, des décennies, toutes les ficelles, grosses et petites, ont été utilisées, toutes les nationalités ont été usées et abusées. Libanais de tout acabit, Palestiniens sans État, Kurdes en mal d’État, Iraniens en stage prérévolutionnaire, tous ont été mis à contribution, tous ont servi des desseins inavoués, des plans prémédités. Un jour, ventre mou de la Syrie, un autre, « foyer de conspiration » contre la « citadelle de l’arabisme », le Liban a été mis à toutes les sauces et le régime baassiste lui a prêté toutes les intentions, des plus folles aux plus tortueuses. Liban rebelle qui lui est resté en travers de la gorge, Liban victime, accusé de « complicité avec les sionistes » alors même qu’il ployait sous l’agression, alors même que la « citadelle de l’arabisme » multipliait les assurances, les gestes d’ouverture en direction d’un Israël qui n’en demandait pas tant. Tout cela appartient à un passé glauque, à un présent récidiviste, une prise d’otage étalée dans le temps, mais qui, tôt ou tard, fera son temps : les kidnappeurs finissent toujours par rendre gorge, l’Histoire en est l’inévitable garante. Mais où en est aujourd’hui la Syrie ? Les échéances frappent à sa porte et elle se claquemure dans un autisme de circonstance, le tribunal international se rappelle à son souvenir et elle se dit non concernée par un problème « qui est purement libanais » : Nasser Kandil, Wi’am Wahhab, les « partis nationaux », PSNS, Baas et consorts en font foi... le Hezbollah aussi. La balle, lancée dans l’arène libanaise, a été saisie au bond. Service pour service, le Hezbollah a rapidement renvoyé l’ascenseur à la Syrie : démission des ministres chiites, paralysie des institutions, un sit-in qui joue les prolongations. Serge Brammertz peut courir, le répondant légal est aux abonnés absents ! Scénario machiavélique réalisé au pied levé, alors que le sang au Liban-Sud n’avait pas encore séché, alors que les séquelles de l’horreur de juillet étaient loin d’avoir été effacées. Que les basses œuvres soient dévolues, soient confiées à des bandes armées, aux gros bras de quartiers, cela est, quelque part, dans l’ordre des choses, dans la continuité des pratiques syriennes au Liban, mais que le Hezbollah, drapé dans sa dignité de Résistance, puisse se prêter aux manipulations sordides de la Syrie, cela est incompréhensible, tout à fait inacceptable. Quels que soient les liens d’ordre idéologique ou religieux avec l’Iran, d’ordre stratégique ou militaire avec la Syrie, rien ne peut justifier la poursuite d’une politique qui lèse avant tout les intérêts du Liban dont les chiites constituent l’une des composantes principales. Que veut donc aujourd’hui le parti de Dieu ? Participer, tout à fait légitimement, au pouvoir ou carrément s’en saisir, l’entraîner dans l’axe auquel il semble s’être voué corps et âme ? Hassan Nasrallah, dans son dernier discours, a, pour la première fois, condescendu à parler d’une solution de compromis, mais ce compromis équivaut pour lui à la formule gouvernementale du tiers de blocage, autrement dit à la paralysie inévitable de l’Exécutif. Un discours qui dit la chose et son contraire, qui ouvre des portes pour mieux les fermer. Berry et Hariri, entre-temps, entretiennent l’espoir d’un déblocage, donnent du temps au temps. Mais c’est, peut-être, pour mieux tomber de Charybde en Scylla, une fois envolées les espérances nées à Ryad. Nagib AOUN
Pour son malheur, le Liban n’est ni une île ni un petit coin de paradis enclavé entre la Suisse et le Liechtenstein. Il n’a peut-être que deux voisins, mais c’est deux voisins de trop qui lui empoisonnent la vie. D’autres pays ont d’innombrables voisins et ils ne s’en portent pas moins bien, mais le Liban traîne comme un boulet la double convoitise dont il est l’objet.
Que les Israéliens veuillent nous damer le pion, c’est, après tout, de bonne guerre, et le Hezbollah le leur rend fort bien. Que l’Égypte, la Jordanie, des États du Golfe et du Maghreb, quasiment la majorité du monde arabe, entretiennent des rapports, officiels ou en sous-main, avec Israël, c’est, bien entendu, leur affaire. Le Liban, lui, sera le dernier pays de la région à signer la paix et Hassan Nasrallah y veillera bien, lui qui mène...