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EN DENTS DE SCIE Intermittents du spectacle

Dixième semaine de 2007. Quand on n’a rien d’intéressant et de nouveau à dire ou à faire, mieux vaut s’abstenir. Comme Michel Aoun depuis des semaines – record à battre. Ce ne sera pas Hassan Nasrallah. Le patron du Hezbollah s’est extasié hier sur les points positifs du barbare Israël : là-bas, a-t-il dit, au moins, ils demandent des comptes, il y a des organismes de contrôle, c’est démocratique, etc. Si seulement il s’était souvenu qu’ici aussi, il y avait, au choix, un club Med de Quatorze, un Parlement pas encore kidnappé, un gouvernement où tout le monde s’aimait encore, etc. Hassan Nasrallah a aussi virevolté à 180° pour annoncer qu’il fallait reprendre le dialogue, oubliant avoir fermement conseillé à la majorité il y a quelques semaines d’accepter les conditions de l’opposition avant que celle-ci ne change d’avis. Sans oublier le j’ai le droit d’avoir des armes et de kidnapper. Encore heureux qu’il ait jugé bon de distiller une note positive en assurant que l’opposition cherche – non pas une solution – mais un compromis, on pensait qu’elle voulait le pourrissement, voire la guerre… Il est donc pour un compromis, Hassan Nasrallah, mais en continuant d’exiger le tiers plus un de blocage. Tout le monde va bien… Ce ne sera pas Bachar el-Assad – même s’il a choisi le silence pour la journée du 8 mars. Le sémillant ophtalmologue croit voir désormais plus loin que le bout de son nez : il dialoguera lui-même dans quelques soixante-douze heures avec le crypto-ministre des AE de l’UE, et c’est une première depuis l’assassinat de celui sur qui le ciel serait tombé, dixit Dr Bachar, s’il n’avait pas voté la prorogation du mandat Lahoud. Comment va-t-il pouvoir faire croire à Javier Solana que ces sinistres vessies – jeux dangereux à la frontière avec le Liban, télécommande du FPLP-CG et peut-être d’el-Qaëda, etc. – sont en fait de merveilleuses lanternes que le Vieux Continent et le Nouveau monde se doivent de louer ? Le jeu mortifère de la Syrie au Liban a toujours été très clair ; aujourd’hui, il l’est tellement que cela devient extrêmement fâcheux pour ses alliés locaux, Hezbollah en tête. Il ne lui reste plus, pour optimiser l’escale damascène de Javier Solana, que : cesser de faire passer des armes via la frontière avec le Liban, accepter le tracé des frontières et l’ouverture d’ambassades avec le Liban, envoyer sans qu’on le lui demande tous les présumés coupables de l’assassinat de Rafic Hariri et répéter cent fois devant les caméras de TéléSyrie que Fouad Siniora est un homme d’État. Tout le monde va bien… Le pompon : pendant que se meurt un hypercentre de ville, pendant que crève une cité, pendant que se font licencier à la queue leu leu des centaines d’employés, pendant que ferment les uns après les autres des dizaines d’établissements, pendant que l’économie libanaise enregistre une croissance négative de 5 % du PIB, pendant que tout et tous fuient, pendant que les cœurs brûlent, des garçons jouent à la baballe sous les tentes. Tout le monde va bien. En attendant, le chef du Courant du futur et le chef d’Amal se retrouvent à dîner, jeudi et vendredi. Pour parler. C’est une bonne chose en soi – même si l’on était en mesure d’attendre que le dialogue reprenne entre le président de la Chambre et le Premier ministre (où sont les Saëb Salam, les Sabri Hamadé, les Camille Chamoun, les Kamal Joumblatt, les Pierre Gemayel, qui, même en se faisant des guerres infinies, continuaient à se parler dans le relatif intérêt du pays ? La coquetterie de Nabih Berry est insensée…). C’est donc tout de même une bonne chose, à moins qu’il n’ait été décidé quelque part qu’il faut passer le temps d’ici au 28 mars ; à moins qu’ils n’aient tous deux décidé qu’il fallait prendre le taureau par les cornes et de répondre à la question suivante : jusqu’à quand la scène libanaise va-t-elle rester l’arène des autres ? Jusqu’à quand va-t-on continuer à ne pas respecter la loi, la même pour tous ; jusqu’à quand va-t-on se contenter de dire que l’on veut vivre ensemble sans effectivement rien faire pour – sachant que ces questions sont valables pour n’importe lequel des leaders libanais ? Hassan Nasrallah sait pertinemment que le ni vainqueur ni vaincu signifie tout sauf accorder à une partie un tiers de blocage, et il sait pertinemment que rien ne peut se faire avant que ne soient assurées la formation du tribunal international et l’application de la résolution 1701 – sans oublier la mise en chantier de Paris III. Alors à quoi joue-t-on ? À préserver les apparences pendant qu’un pays plonge dans la faillite ? En attendant, la sculpturale et légèrement hystérique Naomi Campbell a été condamnée à nettoyer les sols d’un bâtiment administratif new-yorkais pendant une semaine parce qu’elle n’a pas su conserver son calme et qu’elle a agressé son employée de maison. Si ce n’est pas une bonne idée ça : ici, tout le monde s’agresse… Ziyad MAKHOUL

Dixième semaine de 2007.
Quand on n’a rien d’intéressant et de nouveau à dire ou à faire, mieux vaut s’abstenir. Comme Michel Aoun depuis des semaines – record à battre.
Ce ne sera pas Hassan Nasrallah. Le patron du Hezbollah s’est extasié hier sur les points positifs du barbare Israël : là-bas, a-t-il dit, au moins, ils demandent des comptes, il y a des organismes de contrôle, c’est démocratique, etc. Si seulement il s’était souvenu qu’ici aussi, il y avait, au choix, un club Med de Quatorze, un Parlement pas encore kidnappé, un gouvernement où tout le monde s’aimait encore, etc. Hassan Nasrallah a aussi virevolté à 180° pour annoncer qu’il fallait reprendre le dialogue, oubliant avoir fermement conseillé à la majorité il y a quelques semaines d’accepter les conditions de l’opposition avant...