Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE L’Arabie saoudite aussi commence à se fatiguer de nos problèmes...

Les propos tenus lundi dernier par le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal, lors d’une conférence du Conseil de coopération du Golfe, expriment sans doute le point de vue de la majorité des Libanais aujourd’hui. En substance, le prince saoudien a affirmé que « les Libanais doivent mettre un terme (à la crise) et décider par eux-mêmes de faire primer l’intérêt national sur toutes les autres considérations ». Il n’en reste pas moins que cette déclaration donne froid dans le dos, particulièrement aux Libanais, lesquels savent pertinemment que leurs responsables sont presque en permanence incapables de se mettre d’accord. Car si l’opposition a maintenu durant ces derniers jours un optimisme béat qui finissait – à trop insister – par devenir douteux, cela lui aura au moins permis de ne plus brandir la menace de la désobéissance civile, au cas où le ballet diplomatique régional viendrait à échouer. Une pause, certes, mais tout laisse présager qu’elle ne sera que momentanée, comme l’aura démontré mardi le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, qui – pour la première fois d’une manière aussi explicite – a exprimé encore et encore la réticence de son gouvernement à coopérer avec la commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur l’assassinat de Rafic Hariri et ses compagnons. Sur le plan interne, les accusations et contre-accusations, entre « pro » et « anti », n’ont pas tari. Pour les tenants de la majorité, le refus de l’opposition de communiquer avec l’alliance du 14 Mars et de lui exposer directement ses vues – que ce soit sur le dossier du tribunal international ou sur celui du gouvernement d’union – devient de moins en moins acceptable. De l’autre côté de l’échiquier politique, le camp du 8 Mars répète à l’envi que « l’optimisme met mal à l’aise certaines parties de la majorité » parce qu’un consensus les placerait de facto à l’extérieur du jeu politique, à en croire les propos du député Amal, Ali Bazzi. Face à un statu quo qui se prolonge depuis le tout premier jour de la crise, sans qu’aucune avancée n’ait été réalisée, des sources diplomatiques, citées par notre correspondant au palais Bustros Khalil Fleyhane, soulignent que l’Arabie saoudite, qui avait déjà montré des signes d’impatience, serait de plus en plus tentée de jeter l’éponge. Ces mêmes sources confirment en outre le refus affiché de l’opposition de se réunir directement avec les représentants de la majorité, allant même jusqu’à refuser de rencontrer le chef du bloc parlementaire du Futur, Saad Hariri, auquel le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, avait pourtant tendu la main le 21 février dernier. La cause de ce durcissement est sans doute à chercher du côté de Damas, qui n’en finit pas de démontrer à la communauté internationale jusqu’où il est prêt à aller pour entraver la mise sur pied de ce tribunal. Si le sommet de Ryad a peut-être permis de mettre en place des garde-fous pour empêcher une déflagration totale entre les diverses composantes de la société libanaise, l’on peut douter, en toute légitimité, que ces garde-fous pourront tenir bien longtemps sans solution durable. Dans ce sens, et jusqu’à preuve du contraire, tout règlement de la crise libanaise à l’étranger porte en lui-même les germes de sa propre déficience. Le problème de base reste plus que jamais libanais, et le règlement, qui doit se faire d’abord au niveau des esprits, ne pourra pas échapper au contexte purement libanais, quel que soit le degré de responsabilité des protagonistes régionaux dans la crise. C’est le Liban et sa société qui restent intrinsèquement faillibles. C’est là qu’il faut remédier. Compte tenu de toutes ces considérations, il est grand temps pour la majorité silencieuse des Libanais, sidérés de voir leurs problèmes résolus – ou exacerbés – partout, sauf à Beyrouth, de monter au créneau, d’agir, avant qu’il ne soit trop tard. Et, à cet égard, les initiatives des diverses associations de la société civile sont louables et doivent être multipliées. Même si l’on souhaiterait tellement qu’elles cessent d’œuvrer chacune en solo, et, rompant pour une fois avec cet aspect follement destructeur de l’individualisme libanais, commencent à travailler en réseau. Il reste que l’action de ces associations contribue, de manière indirecte, à désamorcer les tensions qui ont atteint leur paroxysme le 25 janvier dernier. Leurs initiatives, couplées avec l’attitude d’une armée sur laquelle personne ne se hasardait à parier il y a quelques années de cela, sont aujourd’hui les seuls piliers d’un pays dont les institutions souffrent d’un quasi-coma. Et, signe du désenchantement ambiant, comment faire l’impasse sur ce billet rédigé par Khalaf Ahmad al-Habtoor, PDG du groupe al-Habtoor et publié mercredi par le Daily Star. M. Habtoor raconte ainsi que le 6 février dernier, après un voyage d’affaires et alors qu’il survolait la région à bord de son jet privé avec des amis, dont deux libanais, il lui fallait atterrir pour faire le plein de carburant. Après mûre réflexion, « il fallut reconnaître qu’il n’était pas sage de faire une pause à Beyrouth ». À ce moment-là, raconte M. al-Habtoor, à bord de l’avion, les quatre amis ont choisi d’éviter soigneusement tout « eye contact » afin de ne pas « communiquer nos sentiments. Nos yeux erraient dans le néant, sans aucun but. Aucun d’entre nous ne voulait trahir l’adoration que nous éprouvions pour une ville qui a, de tout temps, manifesté des tendances suicidaires aussi prononcées. Aucune autre ville n’avait montré de pulsions autodestructrices autant que Beyrouth ». À bon entendeur... S’il reste encore quelqu’un de sensé pour entendre. Lélia MEZHER

Les propos tenus lundi dernier par le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal, lors d’une conférence du Conseil de coopération du Golfe, expriment sans doute le point de vue de la majorité des Libanais aujourd’hui. En substance, le prince saoudien a affirmé que « les Libanais doivent mettre un terme (à la crise) et décider par eux-mêmes de faire primer l’intérêt national sur toutes les autres considérations ». Il n’en reste pas moins que cette déclaration donne froid dans le dos, particulièrement aux Libanais, lesquels savent pertinemment que leurs responsables sont presque en permanence incapables de se mettre d’accord.
Car si l’opposition a maintenu durant ces derniers jours un optimisme béat qui finissait – à trop insister – par devenir douteux, cela lui aura au moins permis de...