Ses détracteurs le surnommaient le «Cecil B. de Mille du Boulevard». Jamais personnage artistique n’avait été à la fois autant conspué, traîné dans la boue, loué et encensé. Personnage? M. Sacha Guitry l’était réellement: homme de lettres, de théâtre et de cinéma, il aura cumulé tous les genres, touché à toutes les disciplines avec le même esprit de perfection. Pendant plusieurs années, l’œuvre cinématographique (entre autres) fut injustement considérée de mineure.
Après sa mort, les critiques se sont empressés de faire oublier ce mythe un peu encombrant, à la personnalité si exubérante qu’il avait comme seul tort de ternir pendant des décennies la gloire d’auteurs moins doués. Quarante ans après sa mort, le maître fut réhabilité et on se mit à comprendre l’œuvre immense de Guitry. François Truffaut dira à ce propos: «Il n’a plus d’ennemis puisqu’on lui reprochait avant tout d’être vivant.»
Celui qui a été un maître pour des générations d’acteurs et d’auteurs laisse un héritage considérable: 32 films, 124 pièces de théâtre et une quantité importante d’écrits, de pensées, de réflexions et de mots.
Le dandy au verbe libre léger mais jamais superficiel, dont la cocasserie servait à dissimuler la réalité, le cynisme, un univers noir. Ce dandy mondain et frivole a réussi à bousculer les tabous de son époque et à créer un univers nouveau.
Bien qu’on l’accusait de faire du théâtre au cinéma, le film était à ses yeux le contraire du théâtre à cause de la magie de cette représentation unique qu’offrent les planches. Le film, une fois achevé, est immuable. Il n’est plus «perfectible». «La technique? Il jouait à ne pas la comprendre», dira Dominique Desanti dans son livre Sacha Guitry, 50 ans de spectacle.
Il répétait tout dans les détails les plus minutieux avec tous les techniciens. Il employait ou inventait tout ce que le cinéma recèle comme possibilités pour donner de la liberté à l’acteur. Refusant les cadres qui limitaient le jeu du comédien, il criait sur le plateau que les caméras n’avaient qu’à le suivre dans son évolution. Comme aujourd’hui, donc, il employait quatre à cinq caméras pour cerner tout le jeu. Ainsi, il évitait de multiplier les prises. Enregistrer l’action de tous les côtés, ce qu’a fait Hitchcock, parfois, lui permettait de gagner du temps.
«C’est dans la vie quotidienne et non sur scène que les vrais sentiments, les vrais travers sont masqués, cachés, travestis. Sur scène, ils éclatent, a confié un jour Guitry. Il faut donc que le réel paraisse faux pour que l’art soit véritable.» Une leçon simple que les cinéastes d’aujourd’hui devraient retenir.
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