Il affiche agenda complet, il est bourré d’échéances dites cruciales ; et pourtant il risque de vous paraître un peu long, ce mois de mars entamé avec la rencontre de samedi dernier, à Ryad, entre le président iranien Ahmadinejad et le roi Abdallah d’Arabie.
Sur les résultats concrets de ce sommet bilatéral peu de choses ont filtré, sinon la détermination des deux parties à répudier vigoureusement toute confrontation sunnito-chiite. C’est énorme bien sûr, dans la mesure où les deux berceaux du chiisme révolutionnaire et du rigorisme sunnite semblent avoir pris conscience des périls que recèle pour eux-mêmes, comme pour l’ensemble du monde islamique, la persistance d’un tel climat d’émulation et de défi. Il faudra davantage que des vœux pieux, cependant, pour enterrer effectivement le cimeterre de guerre, pour instaurer puis consolider cette paix des fidèles.
En Irak par exemple, le terrorisme à caractère sectaire ne cesse de faire reculer les limites de l’horreur : policiers enlevés et exécutés à genoux, d’une balle dans la nuque, devant les caméras ; carnage à la voiture piégée dans le quartier des bouquinistes à Bagdad, cette meurtrière atteinte aux livres et amateurs de livres étalant tout l’obscurantisme de ses auteurs ; et hier, cent-dix morts dans des attentats visant des pèlerins. D’autant plus gratuite d’ailleurs est cette escalade que l’on est à quelques jours seulement d’une conférence internationale sur l’Irak groupant entre autres, à Bagdad même, les États-Unis, l’Iran et la Syrie.
De cette dernière il a beaucoup été question lors des entretiens saoudo-iraniens, et en particulier à propos du Liban. Car si des terrains d’accord ont pu être aménagés entre Abdallah et Ahmadinejad, c’est bien la Syrie qui, bien que fourrée dans les jupes de l’Iran, chaperonnée et maternée par l’Iran, continue le plus de poser problème. D’une part en effet, tout accord visant à régler la crise libanaise impliquerait nécessairement un comportement nouveau du régime baassiste vis-à-vis de notre pays, au double plan politique et sécuritaire. Et d’autre part, sa pleine réinsertion dans son environnement naturel commande à la Syrie des changements au niveau du style comme du vocabulaire.
Au lendemain de la guerre de l’été dernier, Bachar el-Assad se laissait aller à traiter pratiquement de femmelettes ses pairs arabes, coupables de n’avoir pas applaudi comme il seyait à la divine victoire du Hezbollah. Le président syrien se montrera-t-il plus respectueux des règles dans l’allocution qu’il doit prononcer demain, 8 mars, pour l’anniversaire du coup d’État qui porta son père au pouvoir ? Peut-être, ce qui permettrait au sommet arabe programmé pour le 27 mars dans la capitale saoudite de se tenir dans un climat plutôt serein. Mais les relations interarabes sont une chose et l’obsession libanaise une autre. Et le ministre syrien des AE Walid Moallem s’est chargé une fois de plus, hier, de le rappeler sans ambages, allant jusqu’à choquer son homologue belge qui visitait Damas : non à la Finul le long de la frontière commune, non à la remise d’éventuels accusés syriens au tribunal international appelé à juger les assassins de Rafic Hariri.
Parce que dans tout ce fouillis d’interférences régionales il faut bien épiloguer sur le Liban des Libanais : à moins d’une solution rapide, la date du 20 mars pourrait bien marquer la ruine totale d’un système politique bloqué, grippé, paralysé depuis des mois déjà. Ce jour-là en effet, doit impérativement s’ouvrir la session ordinaire d’un Parlement mis en vacances par son propre président, qui considère que le gouvernement est illégal. Or même si c’était bien le cas, M. Berry devrait encore expliquer par quelle aberration la prétendue illégalité frappant l’organe exécutif peut déteindre, pour ainsi dire, sur le Législatif. Car, pour les naïfs que nous sommes, c’est précisément quand les institutions les plus hautes – toutes les institutions – se trouvent contestées que le Parlement, source de tous les pouvoirs, est plus que jamais tenu de faire acte de présence.
Faut pas divaguer, Mars ce n’est tout de même pas la Lune.
Issa GORAIEB
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