Sélim Hoss en Kofi Annan, en Philip Habib, en Lakhdar Ibrahimi, on aura tout vu ; comme si l’intégrité indiscutable et proverbiale de l’ancien locataire du Sérail pouvait contaminer le régime syrien, cet originel obstacle à toute ébauche de règlement au Liban, comme si elle pouvait faire fléchir le moins du monde le mortifère besoin de revanche contre le Liban grâce auquel carbure le clan Assad. Il est décidément des bonnes âmes que ne rebutent en rien ni l’inutilité ni le ridicule, aussi flagrants soient-ils, d’une démarche morte-née. Rien n’empêche un miracle, certes ; rien n’empêche le sémillant dynamisme de Sélim Hoss, sa volonté d’éviter une nouvelle guerre civile au Liban et, plus secret, plus enfoui, son désir de faire oublier sa retentissante défaite électorale de l’an 2000, de réussir là où ont échoué aussi bien tous les bâtons, toutes les carottes, que les plus grandes capitales. Il n’en reste pas moins que sa nouvelle occupation a permis à cet homme qui ne ferait pas de mal à une mouche, outre de cesser de s’ennuyer ferme et de se dégourdir les jambes, de sortir du cercle vicieux et stérile (pour l’instant) du ni 14 Mars ni 8 Mars. Cela lui a permis de dire pour une fois quelque chose d’intéressant, de productif, de prendre une position, nécessaire, contre la énième lubie de l’opposition : la désobéissance civile.
Glorieuse idée que celle-ci. Une menace qui, si elle était appliquée, finirait de refermer complètement le piège sur ceux-là mêmes qui la brandissent depuis plusieurs jours. Qui pourrait croire effectivement que les pontes de l’opposition ne savent pas pertinemment que rien, absolument rien, ne peut faire chuter par la force un gouvernement soutenu par au moins deux communautés et demie ? Personne. Tout le monde a parfaitement conscience que la désobéissance civile pourrait durer des années sans que Fouad Siniora ne démissionne. Tout le monde a parfaitement conscience que la désobéissance civile, ajoutée au méthodique assassinat du Législatif, ajoutée aux gesticulations désormais insupportables du locataire bunkerisé de Baabda, font partie d’un processus très bien huilé aux vertus duquel Hassan Nasrallah semble avoir définitivement convaincu Michel Aoun : le dynamitage puis la disparition de l’État. Tout le monde a parfaitement conscience, aussi, que seuls, au sein de l’opposition, les sympathisants du Hezbollah, fonctionnaires ou pas, disposent, en toutes circonstances, d’un salaire payé par Téhéran ; que seuls ces partisans ne souffriraient pas, ou si peu, des retombées économiques d’une désobéissance civile. À moins, bien sûr, que le généreux Ali Khamenei ait décidé de payer tout le monde…
La désobéissance civile, à laquelle ne souscrirait malheureusement pas Émile Lahoud, plus l’implantation des tentes dans un centre-ville transformé en un insensé désert des Tartares, n’aboutiront, dans le contexte, qu’à l’alternative suivante : au pire une guerre civile que plus rien ni personne ne pourra empêcher, au mieux à la cohabitation, dans un microespace, fin novembre, de deux chefs d’État et de deux gouvernements, et, qui sait, plus on est de fous… de deux Parlements. À terme, cela s’appelle la division, le fédéralisme, les cantons, les Liban, etc. – et dire qu’au sein de l’opposition, on pousse l’hypocrisie jusqu’à vitupérer heure par heure contre le Grand Moyen-Orient US et contre ce chaos constructif devenu pourtant la très malade feuille de route de l’Axe aounisto-hezbollahi.
Seule une cure de désintoxication de l’opposition, piégée par son opinion publique, esclave du qu’en dira-t-on, malade de ses addictions respectives (besoin de s’emparer de tous les pouvoirs, besoin de vider le tribunal international de sa substance, refus du ni vainqueur ni vaincu, refus du package deal, obédience à la Syrie…), pourrait désamorcer cette bombe déjà entièrement programmée. Une cure de désintox qui ne peut débuter que par la convocation, dès le mardi 20 mars, de la Chambre afin qu’elle débatte, elle et elle seule, de chaque point.
Encore faut-il commencer par sevrer Nabih Berry, dernier, et frénétique Nostradamus en date.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sélim Hoss en Kofi Annan, en Philip Habib, en Lakhdar Ibrahimi, on aura tout vu ; comme si l’intégrité indiscutable et proverbiale de l’ancien locataire du Sérail pouvait contaminer le régime syrien, cet originel obstacle à toute ébauche de règlement au Liban, comme si elle pouvait faire fléchir le moins du monde le mortifère besoin de revanche contre le Liban grâce auquel carbure le clan Assad. Il est décidément des bonnes âmes que ne rebutent en rien ni l’inutilité ni le ridicule, aussi flagrants soient-ils, d’une démarche morte-née. Rien n’empêche un miracle, certes ; rien n’empêche le sémillant dynamisme de Sélim Hoss, sa volonté d’éviter une nouvelle guerre civile au Liban et, plus secret, plus enfoui, son désir de faire oublier sa retentissante défaite électorale de l’an 2000, de réussir...