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Surdoué du vélo, champion de l’excès

Ses reprises d’entraînement furent trop tardives, ses entorses au régime draconien d’un champion trop nombreuses pour qu’il réalise son potentiel : tout chez Jan Ullrich, jusqu’à son envie de gagner une seconde fois le Tour de France cycliste, est régi par l’excès. « J’en fais toujours trop » : en mars 2002, des séances d’entraînement trop intenses, après un nouvel hiver de patachon, ont eu raison de son genou droit. Ullrich résumait ainsi la carrière qu’il a décidé d’arrêter hier à 33 ans, usé par plusieurs mois de soupçons de dopage. En remportant le Tour de France 1997, un an après des débuts sensationnels (2e derrière son leader Bjarne Riis alors qu’il ne devait pas prendre le départ de l’épreuve), Ullrich s’était signalé comme le grand talent des années à venir. Son palmarès est éloquent, impressionnant même, alors qu’il a rarement couru en pleine possession de ses moyens : 2e sur les Champs-Élysées en 1996, 1998, 2000, 2001 et 2003, 3e en 2005, 4e en 2004, double champion du monde du contre-la-montre (1999, 2001), vainqueur de la Vuelta en 1999, champion olympique sur route en 2000. Ullrich est d’abord un miracle de la nature avec un cœur deux fois plus grand que la normale et une puissance maximale de 500 watts (210 watts en moyenne). « J’aurais bien aimé avoir au moins une saison les jambes de Jan, même tout le corps », a dit son compatriote Jens Voigt, ajoutant cruellement : « À condition de pouvoir garder ma tête. » Lorsqu’il est repéré à neuf ans lors d’un cross dans un parc de Rostock (Nord-Est), Ullrich n’est qu’« un ver de terre », selon Peter Sager, entraîneur du club cycliste du Dynamo Rostock. L’implacable système sportif est-allemand parie sur le gamin sans père, un ancien patineur de vitesse qui a quitté le logis familial. À 14 ans, Jan rejoint l’école des sports de Berlin, vit à l’internat et découvre des exercices... étranges, comme celui qui lui vaudra de toujours refuser de grimper en « danseuse » : il doit monter une rampe de 300 m avec des portions à 15 %, en restant assis sur la selle. En 1988, il devient champion de RDA junior. À la disparition de la RDA, Ullrich quitte son travail de fraiseur-tourneur pour rejoindre une équipe semi-professionnelle à Hambourg. Son contrat prévoit qu’en plus d’un salaire mensuel de 500 deutsche marks, il suive, à son grand désarroi, une formation de... fraiseur-ajusteur, qu’il abandonnera après son titre mondial amateur en 1993 à Oslo. En 1995, Ullrich rejoint l’équipe Deutsche Telekom où ses débuts sont mitigés jusqu’à sa sélection surprise pour le Tour 1996. Un an plus tard, il entre dans l’histoire du sport allemand. Adulé, riche et célèbre, Ullrich se laisse vivre d’année en année pour retrouver un semblant de forme juste avant la Grande Boucle où il se fait immanquablement battre par l’Américain Lance Armstrong, autrement plus motivé et discipliné. En 1999, il veut tout arrêter, avoue que « le cyclisme est un combat permanent contre (lui)-même ». En 2002, après une soirée arrosée, il cause un accident de la route. La même année, un contrôle antidopage révèle la présence d’amphétamines. Pour Ullrich, ce sont deux pilules d’ecstasy qu’on lui a données pour venir à bout de sa dépression causée par ses déboires avec la police et son genou. Suspendu six mois, il revient en 2003 sous un nouveau maillot, Coast, mais l’entreprise dépose le bilan : son mentor Rudy Pevenage parvient à arracher les financements et une licence pour monter l’équipe Bianchi. Personne n’attend Ullrich et il défie comme jamais avant Armstrong jusqu’à Paris : « C’est comme une victoire », dira-t-il de sa 2e place, mais jamais le gamin de Rostock ne se retrouvera dans une position d’outsider. En mai 2006, son nom apparaît dans l’enquête du réseau de dopage sanguin présumé du médecin espagnol Eufemiano Fuentes. Il est exclu du Tour de France la veille du départ. Sans équipe, usé par les « mensonges » et ayant « perdu confiance en la justice », il doit désormais livrer une nouvelle bataille devant les tribunaux.
Ses reprises d’entraînement furent trop tardives, ses entorses au régime draconien d’un champion trop nombreuses pour qu’il réalise son potentiel : tout chez Jan Ullrich, jusqu’à son envie de gagner une seconde fois le Tour de France cycliste, est régi par l’excès. « J’en fais toujours trop » : en mars 2002, des séances d’entraînement trop intenses, après un nouvel hiver de patachon, ont eu raison de son genou droit. Ullrich résumait ainsi la carrière qu’il a décidé d’arrêter hier à 33 ans, usé par plusieurs mois de soupçons de dopage. En remportant le Tour de France 1997, un an après des débuts sensationnels (2e derrière son leader Bjarne Riis alors qu’il ne devait pas prendre le départ de l’épreuve), Ullrich s’était signalé comme le grand talent des années à venir. Son palmarès est...