«Un postier est arrivé l’autre jour. Dans la même journée, il avait été en butte à son chef et à un client énervé. Il avait décidé de se suicider.» De pareilles histoires sur des personnes qui ne sont pas malades, «mais qui explosent au travail», le Dr Anne-Marie Guedj en entend depuis « quatre ou cinq ans ».
Elle dirige depuis quinze ans les urgences psychiatrique de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, le seul service du genre en France, ouvert 24h/24 et qui voit défiler en moyenne trente personnes par jour.
Un large couloir distribue des chambres pour des hospitalisations courtes, des bureaux où les médecins consultent, orientent. Le lino, les plantes vertes, les patients qui bavardent, se restaurent dans la salle d’attente font presque oublier l’effroi que suscite chez certains ce lieu emblématique de l’aliénation mentale.
Le Dr Guedj a reçu Claudine Renaud de l’AFP au début du mois de février, avant le suicide du troisième salarié d’un site de Renault, qui a invoqué les pressions subies au travail pour expliquer son geste.
Mme Guedj n’a pas de chiffre à donner. Elle ne constate « pas d’augmentation » des cas, mais, dit-elle, « il me semble que les gens racontent depuis quatre ou cinq ans des histoires de débordements, de gens qui n’ont aucune pathologie psychiatrique et qui explosent à cause de la pression liée au travail ».
Elle les repère au « type d’histoires », au fait d’être « accompagnés par des collègues de travail » ou d’être envoyés par le médecin du travail.
« Les gens sont assez culpabilisés de ce qui arrive, remarque-t-elle. Ils considèrent que c’est de leur faute et puis il apparaît qu’en dehors des difficultés liées au travail, ils n’ont pas de problème », remarque-t-elle. Et de préciser : « C’est vraiment lié aux conditions de travail, à la pression de la réussite, peut-être aussi à des modes d’adaptation à de nouvelles techniques sans être toutefois bien préparés. »
Les plus exposés, selon Mme Guedj, ne sont pas ceux qui travaillent enfermés dans un bureau, mais les salariés « qui sont en butte aux revendications de M. Tout-le-monde ». « On rencontre beaucoup de personnes dont le travail exige un contact avec le public, poursuit-elle. Elles évoquent toutes une exigence accrue du client qui exige de passer tout de suite, d’avoir une réponse immédiate, menace d’interpeller la hiérarchie, etc. »
« Les gens ne se plaignent pas du tout de la technique de leur travail ou des apprentissages, signale Mme Guedj, mais d’être en butte à des usagers qui protestent et une hiérarchie qui ne les soutient pas forcément. »
Dernièrement, une femme médecin est venue, adressée par sa hiérarchie. Elle était sortie par la fenêtre de son bureau pour aller sur le toit de son établissement: elle avait craqué devant le nombre de patients en salle d’attente.
Les gens sont-ils plus fragiles, s’écoutent-ils davantage ? « J’ai rarement l’impression que les gens viennent consulter à tort », répond Anne-Marie Guedj, qui précise qu’il « n’y a pas de pathologie psychiatrique, mais une situation de crise, qui nécessite d’être traitée et ne doit pas s’enkyster sans rien dire ». Se surajoutent souvent des troubles du sommeil ou des « problèmes de soucis pathologiques». Le « stress cumulatif ».
À l’arrivée, après un entretien d’accueil infirmier puis un entretien psychiatrique, l’équipe recueille un maximum d’informations auprès de l’entourage de la personne. La plupart ressortent comme ils sont venus, sans autre prescription que du repos et de « trouver des solutions dans la vie réelle ».
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Elle dirige depuis quinze ans les urgences psychiatrique de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, le seul service du genre en France, ouvert 24h/24 et qui voit défiler en moyenne trente personnes par jour.
Un large couloir distribue des chambres pour des hospitalisations courtes, des bureaux où les médecins consultent, orientent. Le lino, les plantes vertes, les patients qui bavardent, se restaurent dans la salle d’attente font presque oublier l’effroi que suscite chez certains ce lieu emblématique de...