Une double expiation, une double punition pour une double humiliation, un bien lourd tribut pour une double libération. En une phrase, le résumé de toutes les misères, de tous les malheurs subis par les Libanais pour deux crimes dont ils sont totalement innocents, pour deux infamies qui leur ont été imposées et dont ils endurent les affres sans discontinuer.
La Syrie d’un côté, Israël de l’autre, une perpétuelle nuisance, féroce durant la double occupation, insidieuse, sournoise, après la libération, dévastatrice à l’occasion. Deux États supposés antagonistes et qui s’engagent, sans sourciller, dans un jeu de rôle complexe qui les protège l’un de l’autre mais fait assumer à une tierce partie le prix des inévitables accidents de parcours. Ce scénario, le Liban n’arrête pas d’en faire les frais et ses propres fils en sont autant les victimes que les bien tristes pourvoyeurs.
La Syrie, on en fait le constat tous les jours, n’a pas encore digéré son retrait du Liban, n’a toujours pas réussi à en faire son deuil. Presque deux ans plus tard, elle n’en finit pas de vouloir laver l’affront qui lui a été fait. Abandonner une chasse gardée sous les quolibets, céder, sous la pression populaire, un fief jugé inexpugnable, c’est plus que n’en peut supporter le régime baassiste et il nous le fait régulièrement savoir par alliés interposés. Gouvernement estropié, Parlement aux abonnés absents, présidence au garde-à-vous, les affidés n’y vont pas de main morte. La vengeance, dit-on, est un plat qui se mange froid.
Mais comme un malheur ne vient jamais seul, Israël avait déjà pavé la voie à la déstabilisation, à l’implosion qui a suivi la guerre de juillet, couvrant son échec face au Hezbollah par une campagne systématique de destructions sur toute l’étendue du territoire national.
Étrange, bien suspect paradoxe où l’on voit deux ennemis jurés, ou supposés l’être, participer à un même travail de sape au Liban, la Syrie se chargeant de la paralysie des institutions, grâce à des alliés complaisants, Israël de la destruction des infrastructures grâce à une force de frappe imparable dont le Hezbollah n’a pas voulu tenir compte.
Entre-temps, le front du Golan reste évidemment bien calme et la Syrie multiplie les messages en faveur d’une paix des braves. Une bravoure qui a consisté à ne pas tirer une seule balle pendant des décennies alors que le Liban payait de son sang sa résistance à l’occupation.
Le Liban, bien entendu, sera le dernier pays arabe à signer la paix avec Israël…
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Qui de la poule ou de l’œuf est venu au monde en premier ? Qui des deux a donné naissance à l’autre ? Éternelle question à laquelle les Libanais n’arrivent évidemment pas à trouver une réponse, qui leur fait passer des nuits blanches, des journées d’angoisse.
Un casse-tête non plus chinois mais irano-syrien assaisonné à la sauce saoudo-américaine. L’allégorie n’est pas fortuite : entre poules et œufs, entre piaillerie et criaillerie, les dindons de la farce, comme toujours, ce sont les Libanais. Une farce qui se cuisine entre Damas et Téhéran, qui se mijote entre Ryad et Washington , une farce qui se traduit chez nous par un sit-in dérisoire mais ô combien nuisible, par des « messages explosifs » qui ciblent les régions chrétiennes et, cerise sur le gâteau, par une désobéissance civile qui n’a rien de civil mais qui a tout d’un épouvantail.
La poule ou l’œuf ? En termes politiques c’est poser les questions suivantes : qui du tribunal international ou du gouvernement d’union nationale donnera naissance à l’autre ? Qui verra le jour avant l’autre : le rapport final de Brammertz ou le tribunal spécial ?
Une double naissance qui mobilise plus d’une capitale étrangère, qui en exaspère beaucoup d’autres, un suspense angoissant, une attente fébrile, car si la gestation s’est faite dans la douleur, l’accouchement, lui, se fera au forceps. Quant aux médecins et sages-femmes, anxieux d’offrir leurs services, il en est parmi eux bien de charlatans, bien de faiseuses d’anges.
En termes plus clairs, la chape d’impuissance ne s’est pas dissipée : cinq ans après le retrait des Israéliens, deux ans après le départ des Syriens, les Libanais en sont encore à quérir des mains secourables en dehors des frontières. Triste, bien triste réalité : le Liban est-il condamné à ne jamais être libre de son destin ? Faut-il que sa pluralité, sa richesse deviennent le terreau de sa damnation ?
Il est à nos frontières des rapaces qui ricanent d’aise. Faut-il s’en étonner, quand, du pays même du Cèdre, le flanc leur est aussi scandaleusement prêté ?
Nagib AOUN
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La Syrie d’un côté, Israël de l’autre, une perpétuelle nuisance, féroce durant la double occupation, insidieuse, sournoise, après la libération, dévastatrice à l’occasion. Deux États supposés antagonistes et qui s’engagent, sans sourciller, dans un jeu de rôle complexe qui les protège l’un de l’autre mais fait assumer à une tierce partie le prix des inévitables accidents de parcours. Ce scénario, le Liban n’arrête pas d’en faire les frais et...