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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Faux et usage de faux

Huitième semaine de 2007. C’est vicié au possible. L’Alliance du 14 Mars aurait-elle pu s’empêcher de réélire Nabih Berry à la tête de la plus fondamentale des institutions libanaises, le Parlement ? Elle n’aurait pas pu à cause d’un système qui, de jour en jour, montre un peu plus non seulement ses absurdes limites, mais aussi ses capacités cancérigènes : il était le candidat de tous les députés chiites de la nation, à l’exception sans doute de Bassem Sabeh. Elle aurait dû, parce que, après avoir fantasmé des mois durant sur une pseudo-aura d’arbitre et de Zorro national, autour de cette fumeuse table du dialogue au sein de laquelle il siégeait à la fois en juge et en partie, voilà le plus abusif des présidents de la Chambre qui boucle, sans aucun prestige, sa trajectoire politique en redevenant, sans la moindre ambiguïté, simple chef d’Amal. Cette flagrante usurpation d’identité est l’une des plus fracassantes escroqueries politiques que le Liban ait connues depuis des années – à l’exception, naturellement, de l’annexion de Baabda par Émile Lahoud. Le problème, même s’il est très grave, n’est pas uniquement la démission de facto de Nabih Berry de son petit perchoir. C’est-à-dire l’avènement d’un ectoplasme de Parlement, qui ne s’est pas réuni depuis la guerre de juillet et auquel l’on continue de refuser, malgré l’impérative urgence, une session extraordinaire. Le constat est terrifiant : il y une déparlementarisation de la République démocratique libanaise, une impressionnante régression, un saut dans des obscurités moyenâgeuses, une afghanisation du Liban dans le sens où, depuis près de neuf mois, ce sont les clans, les tribus, les communautés que l’on veut voir aboutir à un consensus, en oubliant totalement qu’il y a un hémicycle qui attend. Et dans la guerre, la vraie, qui oppose pro et anti-État, ces derniers, grâce à Nabih Berry, remportent définitivement une sacrée bataille, que seule peut compenser une résurrection de la Chambre. Le gros problème, ce sont les mensonges, les rumeurs, les tintamarres, les tromperies en tous genres (initiative arabe, intentions des uns et des autres, rapport Brammertz, et le reste à l’avenant…) dont Nabih Berry est depuis quelques semaines le principal colporteur. Il est devenu le chef d’orchestre d’une insensée campagne d’intox, poussant le vice jusqu’à jouer au Hitchcock de pacotille. Pour le maître Alfred, la surprise, c’est quand, au beau milieu d’un dîner, sans que le spectateur ne s’en soit douté le moins du monde, une bombe cachée sous la table explose ; le suspense, le vrai, c’est lorsque le spectateur voit la bombe sous la table, qu’il ne sait à quel moment elle va tout ravager et qui attend un éventuel désamorçage. Et voilà le bon président Berry, désœuvré au possible, qui ne comprend strictement rien à son petit Hitch en dix leçons, promettant fausses et ridicules surprises, et abusant d’un suspense de supermarché. Il a des révélations à faire à la fin du mois ; il veut entre autres dire aux Libanais qui ne veut pas réellement du tribunal international. C’est inouï. Bon nombre de pôles de la majorité, désespérés de l’obstination méga-idéologique et du jusqu’au-boutisme délétères du Hezbollah, ont vu pendant un certain moment, en Nabih Berry, l’interlocuteur chiite qu’il fallait privilégier, chouchouter. Il faut dire d’ailleurs qu’il a longtemps cultivé l’ambiguïté, refusant souvent la démission de ses ministres, cherchant toujours à éviter la dissolution d’Amal dans le Hezbollah, constamment mû par son obsessionnelle envie (besoin ?) de devenir l’ultime référence libanaise, au-dessus de tout le monde, le garant de la praxis démocratique ; bref, en un mot, d’assumer la fonction et la mission du président de la République – ce en quoi l’aidait et le stimulait formidablement l’inutilité inégalée de la présence d’Émile Lahoud au palais. À l’ambiguïté, le speaker savait aussi ajouter, en brillant tacticien, à la fois ce petit quelque chose qui rassure et la compassion. Quelque chose dans le genre : Moi aussi je mets une cravate et je me rase le matin, et moi aussi je suis menacé de mort par les Syriens si jamais je bronche et je fais quelque chose qui leur déplaît. En réalité, Nabih Berry a leurré la planète. Nabih Berry ne prendra jamais la moindre décision courageuse, Nabih Berry ne se décidera jamais à crever l’abcès, Nabih Berry ne sera jamais un homme d’État, même si l’émancipation absolue d’un Fouad Siniora le tue tellement qu’il aurait peut-être voulu qu’elle soit sienne. Nabih Berry l’otage complaisant de Bachar el-Assad ne démissionnera évidemment pas. Il continuera à duper son monde, lui inclus, lui surtout. Il n’aura rien à dire à la fin du mois, ni après d’ailleurs, il le sait, comme il sait combien d’espoirs ont été mis en lui, combien il est pratiquement le seul, en démocratisant le chiisme politique, en le maronitisant, à pouvoir faire sérieusement avancer les choses. En attendant, qu’il médite l’article 44 de la Constitution, qui souligne que la Chambre est habilitée, deux années après l’élection de son président et durant sa première séance, à retirer sa confiance au speaker à la majorité des deux tiers des suffrages de ses membres, sur une pétition contresignée par dix députés au moins. Il est clair que les deux tiers nécessaires à cet acte désormais salutaire ne seront pas réunis, mais le simple fait que la majorité enclenche le processus lui restera dans la gorge. À défaut de le faire réfléchir. Ziyad MAKHOUL

Huitième semaine de 2007.
C’est vicié au possible. L’Alliance du 14 Mars aurait-elle pu s’empêcher de réélire Nabih Berry à la tête de la plus fondamentale des institutions libanaises, le Parlement ? Elle n’aurait pas pu à cause d’un système qui, de jour en jour, montre un peu plus non seulement ses absurdes limites, mais aussi ses capacités cancérigènes : il était le candidat de tous les députés chiites de la nation, à l’exception sans doute de Bassem Sabeh. Elle aurait dû, parce que, après avoir fantasmé des mois durant sur une pseudo-aura d’arbitre et de Zorro national, autour de cette fumeuse table du dialogue au sein de laquelle il siégeait à la fois en juge et en partie, voilà le plus abusif des présidents de la Chambre qui boucle, sans aucun prestige, sa trajectoire politique en redevenant,...