Il est grand temps que les choses soient claires : si Hassan Nasrallah cherche une bretelle pour se désembourber, pour s’échapper, sortir de l’impasse politicienne, éminemment beyrouthine, dans laquelle il a choisi d’étouffer son parti (et le Liban avec), c’est très bien. Sauf si, pour cela, il opte pour le Sud – et, de nouveau, comme en juillet et août, le chaos.
Hassan Nasrallah sait parfaitement bien que les habitants de Debbine qui ont caillassé les Espagnols et ceux de Maroun el-Rass qui ont chassé les Français n’écoutent ni Saad Hariri, ni Samir Geagea, ni Walid Joumblatt. Que même si le 14 Mars, à supposer qu’il en fantasme, comme il a été insinué tout récemment, souhaite créer des dissensions entre le parti de Dieu et la Finul, il ne le pourra pas. Les Sudistes n’écoutent que leur sayyed, lui et seulement lui, n’entendent que lui, et c’est à ses desiderata, et seulement les siens, qu’ils répondent, dans leur majorité, positivement.
Alors, que les choses soient claires : si ce n’est pas le Hezbollah qui a conseillé aux indigènes de commencer à multiplier ce genre d’incidents, aussi vraiment graves que sont rapides les efforts de la Finul de les minimiser illico – et tout le monde souhaite que ce ne soit pas le Hezb –, il est plus que temps que son secrétaire général se fende d’un discours à l’adresse de ses sympathisants, des habitants des zones de déploiement des boys au béret bleu. Pas, comme vendredi dernier, pour simplement rabâcher qu’il n’existe aucun problème avec la Finul, plutôt une réelle coopération, mais pour demander aux Sudistes, tous les Sudistes, de se montrer exemplaires avec ces hommes et ces femmes qui non seulement garantissent un minimum de problèmes avec Israël, non seulement veillent au respect maximal, dans la mesure du possible, de la légalité internationale, mais dépensent aussi, surtout, leurs euros et leurs dollars dans toute la région. Ce qui, après la guerre de juillet, entamée au lendemain du rapt par le Hezbollah de deux soldats israéliens en territoire israélien, n’est vraiment pas de refus. À moins que les commerçants du Sud ne soient directement rémunérés en rials iraniens – mais cela se saurait…
Penser que seule une nouvelle guerre pourrait redorer un blason désormais tout taché par les souillures inhérentes à la politique politicienne libanaise, que seule une nouvelle guerre pourrait ramener crédibilité, respect et aura, que seule une nouvelle guerre pourrait redonner au Hezb une autorité perdue, c’est lourdement se tromper. À entendre ses lieutenants, le parti est pratiquement fin prêt, et totalement disponible, pour un nouveau conflit. Ce genre de discours est au-delà de l’irresponsabilité et de l’inconséquence : non seulement l’écrasante majorité des Libanais ne veut pas, ne voudra plus jamais d’un nouveau conflit avec Israël, mais ce même Israël, qui rêve lui aussi, jour et nuit, d’une nouvelle guerre, s’autorise davantage à espérer, à travailler pour, à gigoter partout, même au Golan, à cancaner sur l’état de l’arsenal hezbollahi, et, surtout, à centupler ses insensées violations de la 1701.
Nombreux restent, dans tous les cas, ceux qui pensent, à l’heure où l’Iran cherche à se recadrer sur sa persitude, que le Hezb a tout intérêt à se rehezbollahiser, à se détacher des miasmes et de la politica(na)illerie de la capitale, à retourner à la source, à reconcentrer ses activités là où il est né : au Sud. Là aussi, ce n’est pas la solution. Parce que quand on goûte à l’exercice du pouvoir, rien, absolument rien, ne peut plus faire régresser l’addiction, aucun sevrage n’est possible. Hassan Nasrallah a d’ailleurs été très clair vendredi (mais à l’adresse de qui : de ses adversaires politiques ou de certains des cadres du parti ?) en insistant sur le fait que le Hezb veut à la fois le four et le moulin, le (superstock) et le (tiers de blocage) politique. Et tant mieux si l’un, l’armement, peut assurer l’autre, le pouvoir ? Et, comme rien ne marche, pourquoi ne pas utiliser la Finul pour exercer d’insupportables pressions sur le gouvernement Siniora et sur la majorité ?
Non. Mille fois non. Parce qu’au bout de tout cela, une fois parachevé le réarmement, pourtant désormais illégal et illégitime, mais qui s’opère à une vitesse sidérante ; une fois irréversiblement scellée la fusion avec le régime baassiste à Damas, il y a, immanquablement, la balkanisation du Liban. Et elle commencera avec le départ des boys. Et Hassan Nasrallah, comme tout le monde, le sait.
Ziyad MAKHOUL
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