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SOUVENIR Mai Ghossoub, partie sur la pointe des pieds

Légère et gracile, tous ceux qui la connaissent conviennent qu’elle trottait dans les rues de Londres (où elle s’était établie depuis 1979), chaussée de ses petites ballerines, toujours à la recherche d’un musée, d’une exposition ou d’une manifestation culturelle. Mai Ghossoub s’en est allée sans faire de bruit, mais en provoquant un grand choc. Comment ce petit bout de femme aux cheveux longs, noirs, au regard tendre et à la générosité débordante pouvait-elle s’éteindre ainsi? Une générosité qui se traduit par sa volonté de tout partager avec ceux qu’elle aime. C’est pourquoi, après avoir ouvert une librairie dans la capitale anglaise, elle s’était lancée dans le projet d’édition. Passerelle entre les cultures orientale et occidentale, Dar el-Saqi, de son nom, évoque celui qui donne à boire, donc la vie. Cette maison d’édition, qui assurait la traduction d’ouvrages de l’arabe à l’anglais, allait créer à la fois une ouverture vers ce monde oriental souvent mal compris, d’après elle, et un pont entre l’écrivain et le lecteur. Jeune, elle avait embrassé les idées marxistes et trotskistes comme tout jeune idéaliste mais, en mûrissant, ses idées revêtaient l’aspect humanitaire, voire «humanisant». Elle voulait tout savoir, tout voir, tout entendre et ne cessait de faire des allers-retours à Beyrouth qu’elle considérait aussi cosmopolite que Londres. Mai Ghossoub n’était pas seulement éditrice ou lectrice, ou écrivain, ou musicienne, ou sculptrice, ou artiste. Elle était tout à la fois. Elle aimait participer à ces colloques universels où le brassage et le métissage d’idées ne pouvaient qu’enrichir la culture contemporaine. Elle avait fait sienne toutes ces disciplines artistiques, qu’elle entendait partager avec les autres. On se souvient d’une certaine exposition à Zicco House, en 2001, intitulée Divas, où elle avait tordu le fer pour sculpter les cinq grandes figures de la chanson internationale : Joséphine Baker, Oum Kalsoum, Billie Holiday, Janis Joplin et Édith Piaf. Dans son spectacle, elle leur avait donné une voix, des chansons. Elle leur a redonné vie avec ses textes. Elle disait que ces femmes étaient des divas non parce qu’elles chantaient, mais parce qu’elles portaient en elles toutes les blessures et les douleurs des femmes et qu’elles arrivaient à les transcender dans leur talent. À sa manière, elle était aussi une diva. Colette Khalaf
Légère et gracile, tous ceux qui la connaissent conviennent qu’elle trottait dans les rues de Londres (où elle s’était établie depuis 1979), chaussée de ses petites ballerines, toujours à la recherche d’un musée, d’une exposition ou d’une manifestation culturelle.
Mai Ghossoub s’en est allée sans faire de bruit, mais en provoquant un grand choc. Comment ce petit bout de femme aux cheveux longs, noirs, au regard tendre et à la générosité débordante pouvait-elle s’éteindre ainsi?
Une générosité qui se traduit par sa volonté de tout partager avec ceux qu’elle aime. C’est pourquoi, après avoir ouvert une librairie dans la capitale anglaise, elle s’était lancée dans le projet d’édition. Passerelle entre les cultures orientale et occidentale, Dar el-Saqi, de son nom, évoque celui qui donne à...