Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Depuis que la terre existe, depuis que l’homme existe, le mensonge fleurit, prospère, laisse des traces, devient vérité.
Gros mensonges, petits mensonges, pieux mensonges ou mensonges « blancs », comme les qualifient les Libanais, l’intention est la même, l’objectif est invariable : tromper, travestir, déformer, donner pour vrai ce qu’on sait être faux, donner pour faux ce qu’on sait être vrai.
Un art consommé, parfois nécessaire (ne pas blesser, atténuer des impacts douloureux), mais plus souvent délibéré, placé au service de causes inavouables, inavouées. L’art atteint alors la perfection, devient quasiment de l’art pour l’art : le sordide est magnifié, le crime est enrobé des plus beaux atours.
Le mensonge en politique ? Cela s’appelle l’art de la politique et les Libanais en font quotidiennement la triste expérience, en sont régulièrement les innocentes victimes.
Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose : progressivement, les moutons de Panurge se mettent en rangs compacts, dressent le poing comme un seul homme et crient à l’unisson quand l’ordre leur en est donné. Le chef a parlé, la vérité, sa vérité a été assénée, le mensonge peut alors être plébiscité… en toute innocence.
Ainsi va la politique au Liban, ainsi se fracassent contre les murs de la bêtise, du fanatisme, de l’obscurantisme, les illusions, les rêves d’un monde meilleur, d’un monde pétri de dialogue, de tolérance et, surtout, de transparence.
Des colombes, ni vainqueurs ni vaincus le matin, des faucons, des vainqueurs le soir : la volonté divine est passée par là. Dieu est-il devenu schizophrène ? Dieu d’amour et de compassion le matin, de violence et de défi le soir ? Dieu mêlé à toutes les sauces, un Dieu bien accommodant, qu’on prie, qu’on invoque un jour, qu’on exploite, qu’on abuse le lendemain lorsque la catastrophe survient et qu’il n’y a plus que Lui pour transformer le désastre en victoire.
Le Sud a saigné de tous ses pores, ses plaies restent béantes, mais ne désespérons pas : de nouvelles victoires divines lui sont promises. Israël et la Syrie y pourvoiront.
Le Liban se vide de sa substance, son économie se meurt, agonise, ses élites le désertent… Mais rassurez-vous : une nouvelle victoire se façonne dans le centre-ville, un avenir glorieux se profile à l’horizon. Le tiers de blocage y pourvoira.
Mensonges ? Nenni, parole de chef : lui ne se trompe pas ; la vérité, il en est le dépositaire, le seul réceptacle, il a, tout simplement, l’oreille de Dieu.
Que vaut, dans ces conditions, la justice des hommes, de quel poids pèse alors un tribunal, dût-il être à caractère international ?
Et là, on revient à la case départ, au mensonge originel.
Qui a tué Rafic Hariri ?
La vérité, tout le monde assure vouloir la connaître, mais tout est fait, en même temps, pour ne jamais y aboutir. « Oui » au tribunal international, mais vidé de sa substance, « oui » à l’identification des coupables, mais quand les têtes pensantes, les commanditaires de l’ombre auront été soustraits à toute poursuite.
Damas n’est évidemment pas loin ; Damas que l’on consulte au sujet du gouvernement d’union nationale (deux pays, mais un seul peuple, clament-ils, comment, alors, s’en étonner ?), Damas que l’on consulte au sujet du tiers de blocage (de garantie, tiennent-ils à nuancer), pour garantir, précisément, la non-adoption de décisions qui rendraient pleinement justice aux victimes, qui placeraient, une fois pour toutes, le Liban hors de portée des bourreaux, des assassins.
Mensonges véhiculés au nom d’une démocratie sans cesse dévoyée, sans cesse galvaudée, mensonges auxquels se prêtent des parties qui n’ont rien à y voir, prises au piège d’agendas, d’engagements que les derniers événements ont rendus complètement obsolètes, ont vidés de toute consistance.
De paris fous en victoires divines, un processus fait de sang et de larmes, un chantage odieux, revolver sur la tempe, une imposture chaque jour renouvelée, chaque jour confirmée.
Mais pour qui sont donc ces serpents qui sifflent sans cesse sur nos têtes ? N’est pas fou, n’est pas nécessairement devin celui qui a déjà donné la réponse.
Nagib AOUN
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Gros mensonges, petits mensonges, pieux mensonges ou mensonges « blancs », comme les qualifient les Libanais, l’intention est la même, l’objectif est invariable : tromper, travestir, déformer, donner pour vrai ce qu’on sait être faux, donner pour faux ce qu’on sait être vrai.
Un art consommé, parfois nécessaire (ne pas blesser, atténuer des impacts douloureux), mais plus souvent délibéré, placé au service de causes inavouables, inavouées. L’art atteint alors la perfection, devient quasiment de l’art pour l’art : le sordide est magnifié, le crime est enrobé des plus beaux atours.
Le mensonge en politique ? Cela s’appelle...