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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Ruptures

Septième semaine de 2007. Percer le mystère multimillénaire du lien entre une foule et un leader, c’est comprendre un pan de vie ; c’est surtout dénuder, démonter le mécanisme qui fait qu’un pays, un peuple s’affirment comme scénaristes et acteurs de leur histoire, ou alors ils se résignent à en être les pathétiques et malheureux spectateurs. C’est exactement ce lien qui fait qu’on agit, ou alors qu’on subit, quelles que soient la nature et la culture de cette foule, quelles que soient l’intelligence politique ou les motivations de ce leader. Et des foules, il y en a pour tous les goûts : foule modeste, foule millionnaire, foule sentimentale, foule acquise, foule muette, foule objective, foule télécommandée, foule enragée, foule compréhensive, foule absente, foule placentaire, foule otage, foule courage, foule opportuniste, foule sincère, foule de mauvaise foi, etc. Il en est de même du leader. C’est à se demander d’ailleurs qui, de la foule ou du leader, entraîne qui, qui fait quoi, qui provoque en premier la surenchère, qui bloque un processus en gestation, qui est redevable à qui. Et pourquoi. Décidément, Hassan Nasrallah n’a pas usurpé sa réputation d’esprit alerte : il a clairement compris – à ce stade, ce n’est vraiment pas compliqué – que quelque chose ne tourne plus rond. En fait, que plus rien ne va. Au niveau militaire, l’alibi de la résistance ne fonctionne plus : l’armée est au Sud, épaulée par douze mille Casques bleus, et le gouvernement entend fermement donner toutes les armes interceptées à la troupe. Au niveau politique, à près de trois mois de stagnation place Riad el-Solh, c’est l’impasse totale pour l’opposition à la tête de laquelle il s’est placé, malgré tout ce que sa fausse modestie veut laisser croire. Pire : cette majorité qu’il pensait à terre, qu’il voulait minée par ses luttes intestines, qu’il analysait amputée de son feu sacré post-14/02/05, cette majorité a prouvé mercredi dernier au leader du Hezbollah, aussi bien qu’à sa foule, à quel point elle est encore au meilleur de sa forme. Au niveau de l’opinion publique, il a dilapidé à tous vents, et depuis longtemps, tout le capital respect ou sympathie qu’il avait su acquérir, même au corps défendant des contempteurs du concept Hezbollah, en l’an 2000 : Hassan Nasrallah et son parti ont perdu toute cette hauteur que confèrent automatiquement une résistance à l’ennemi, la défense héroïque d’un territoire national. Une perte pas tant à cause de l’obstination du Hezb à aller s’enferrer dans les impasses politico-politiciennes, à aller se cogner contre les murs des sit-in abortifs et autres risques d’irakisation irréversible ; une perte, plutôt, surtout, due au fait que Hassan Nasrallah et son parti continuent de vouloir passer tous les caprices de la famille Assad. Et cela ne pardonne pas, ni question image, ni question crédibilité, ni question confiance, ni à quelque niveau que ce soit d’ailleurs. S’allier aux États-Unis, à la France, à l’Arabie saoudite ou à l’Iran est une chose ; faire le beurre de Damas en est une (toute) autre. Quelques-uns, et pas des moindres, l’ont compris à Téhéran. On commence à en saisir l’urgence entre Haret Hreik et Nabatiyé (pendant que l’on se débat dans d’inextricables toiles d’araignée métaphysiques à Aïn el-Tiné…). Il y a évidemment loin de la coupe aux lèvres. Il était normal, ce vendredi où l’on célébrait la semaine de la résistance, que Hassan Nasrallah parle de… résistance, en poussant jusqu’à marteler, un peu désespérément, que le Hezbollah c’est à la fois le militaire et le politique. Mais l’agressivité du ton du sayyed n’a fait qu’exhiber le malaise : ça ne marche plus, et le moral de la foule, il fallait urgemment le remonter, d’autant que les (belles) images de la place des Martyrs mercredi étaient encore sur toutes les rétines. Personne ne demande au Hezbollah, tant qu’il ne paralyse en rien l’édification de l’État, de renoncer à ses cordons ombilicaux avec l’Iran – où l’on commence d’ailleurs en hauts lieux à se poser de sérieuses questions sur les énormes et fâcheuses conséquences de la primauté de l’arabisme sur la persitude… Hassan Nasrallah sait, comme tout le monde, qu’il lui reste suffisamment d’armes pour en jouer, sur le plan interne, la carte ; que continuer à s’approvisionner via la Syrie peut lui coûter cher, et provoquer la perte de ce pays que Mohammad Mehdi Chamseddine appelait une patrie définitive, surtout pour la communauté chiite. Hassan Nasrallah sait pertinemment aussi que la vraie victoire, promise une énième fois à la foule, c’est seulement ce ni vainqueur ni vaincu. Il a également pleine conscience d’avoir totalement occulté de son discours le mot-sésame, le mot magique de tribunal international : le cocktail agressivité/amnésie peut être en lui-même un bon signe, si tant est qu’on ait saisi, au sein du Hezb, l’urgence d’un rééquilibrage des valeurs, des priorités, et, avant toute chose, de l’identité. Ce qui est sans aucun doute aussi l’affaire d’une foule… N’en déplaise à Nabih Berry, il n’existe pas, il n’existe plus, il n’existera plus jamais de sœurs siamoises. Ce qui est demandé au Hezb, pour le Hezb, c’est de cesser une fois pour toutes de jouer à la nounou des Assad. Ziyad MAKHOUL
Septième semaine de 2007.
Percer le mystère multimillénaire du lien entre une foule et un leader, c’est comprendre un pan de vie ; c’est surtout dénuder, démonter le mécanisme qui fait qu’un pays, un peuple s’affirment comme scénaristes et acteurs de leur histoire, ou alors ils se résignent à en être les pathétiques et malheureux spectateurs. C’est exactement ce lien qui fait qu’on agit, ou alors qu’on subit, quelles que soient la nature et la culture de cette foule, quelles que soient l’intelligence politique ou les motivations de ce leader. Et des foules, il y en a pour tous les goûts : foule modeste, foule millionnaire, foule sentimentale, foule acquise, foule muette, foule objective, foule télécommandée, foule enragée, foule compréhensive, foule absente, foule placentaire, foule otage, foule courage,...