Comme beaucoup d’autres sans doute, je suis encore sous le charme de ce bon saint Maron que l’on vénère avec une ferveur particulière dans notre pays, et dont la fête était célébrée vendredi dernier 9 février.
Par un heureux caprice du calendrier, les Libanais, qui, comme on sait, se tuent au travail depuis le phénoménal coup de fouet administré à une économie stagnante par les squatters du centre-ville, auront eu droit pour commencer à un week-end long comme ça. Mais surtout, ils auront été les témoins oculaires, devant leur petit écran, de ce véritable prodige que fut la rencontre dans la même nef d’église, sous le même toit, entourés des mêmes volutes d’encens, d’un président de la République récusé par la majorité au pouvoir et du chef d’un gouvernement déclaré illégal par le même président. L’improbable et éphémère cohabitation manqua de chaleur, certes, la haie d’honneur fut cavalièrement déniée à Fouad Siniora, mais on se salua courtoisement ; et au final, il n’y eut pas à déplorer de victime.
Un prodige, qu’on vous disait. Et l’enchantement ne s’arrête pas là, qui d’ailleurs avait commencé dès la veille de la fête. Il n’y a rien d’exaltant, c’est vrai, à constater qu’en dépit des dures leçons d’une guerre de quinze ans, qu’en dépit de l’embargo international décrété après la guerre de l’été dernier, les armes continuent d’affluer au Liban. À quelle fin ? C’est sur ce point précis que l’interception, par l’armée, d’un poids lourd chargé de mortiers et d’obus destinés au Hezbollah entre dans la catégorie des événements somme toute heureux.
Béni, en vérité, aura été un coup de filet qui, en ces temps de déliquescence étatique, aura donné à voir un ministre de la Défense, lui-même miraculeusement rescapé de la vague terroriste, assumer ses responsabilités avec la plus grande détermination. Mille fois bénie est cette pêche miraculeuse qui ne laisse aux exégètes de la résistance armée aucune chance de noyer, une fois de plus, le poisson. Car de deux choses l’une : ou bien ce matériel lourd était acheminé vers le Sud, ou bien il était voué à un usage moins avouable ; dans les deux cas, l’entreprise s’inscrivait irrémédiablement sous le signe de l’aventure.
Dans la première hypothèse en effet, on serait en présence d’une violation flagrante de la résolution 1701 de l’ONU à laquelle a adhéré, en son temps, même le Hezbollah, et qui implique incontestablement la pacification définitive, irréversible, de la zone frontalière avec Israël ; pour tenter de se justifier, le parti de Dieu se prévaut (abusivement, du reste) du programme d’un gouvernement qu’il ne reconnaît plus, ce qui ne l’a guère empêché pour autant de dissimuler sa cargaison d’armes sous des monceaux de bottes de foin, comme l’eurent fait de vulgaires contrebandiers. Reste, effarante, la deuxième hypothèse, celle d’un arsenal dont le Hezbollah s’interdit publiquement d’user sur la scène locale, mais qui est bien là pourtant, qui hante tous les esprits, qui alimente çà et là une suicidaire course aux armements. Voilà qui devrait décupler la responsabilité politique et morale que porte l’opposition dans la recherche sérieuse d’une solution à l’actuelle crise : jeux de paille – et feux de paille – ont fait leur temps.
Il serait sans doute exagéré, même pour un maronite, de voir la bienheureuse influence du saint moine jusque dans les minces progrès qui, ces derniers jours, ont marqué les tractations sur le Liban entre la Ligue arabe, l’Arabie saoudite, l’Iran et même la lointaine Russie, encore que la Syrie, quant à elle, s’obstine à faire barrage au projet de tribunal international pour le Liban. Pour bienvenus que soient ces progrès, ils ne laissent pas de confirmer ce qui était déjà hélas une peu agréable certitude : à savoir que les affaires de ce minuscule pays sont aussi (et surtout ?) celles des autres.
On reste rêveur, de même, devant la somme monumentale d’efforts, d’attentions et de sages précautions dans l’organisation du cérémonial qu’il aura fallu déployer pour garantir que la commémoration, demain 14 février, de l’assassinat de Rafic Hariri ne tournera pas à l’échauffourée entre partisans du gouvernement et de l’oppositionn. De son vivant, Hariri était loin, certes, de faire l’unanimité. il avait des détracteurs aussi bien que des admirateurs. Par-dessus tout cependant, cet homme, qui avait longtemps coopéré avec la Syrie occupante avant d’en braver les excès au prix de sa vie, était réfractaire à la violence. Et c’est faire insulte à sa mémoire que d’en venir à se faire violence pour proscrire la violence.
Issa GORAIEB
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Par un heureux caprice du calendrier, les Libanais, qui, comme on sait, se tuent au travail depuis le phénoménal coup de fouet administré à une économie stagnante par les squatters du centre-ville, auront eu droit pour commencer à un week-end long comme ça. Mais surtout, ils auront été les témoins oculaires, devant leur petit écran, de ce véritable prodige que fut la rencontre dans la même nef d’église, sous le même toit, entourés des mêmes volutes d’encens, d’un président de la République récusé par la majorité au pouvoir et du chef d’un gouvernement déclaré illégal par le même...