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Actualités - Opinion

Les paradoxes des comédiens

Qu’est-ce qu’elle veut, qu’est-ce qu’elle fait, exactement, l’opposition ? C’est bien joli d’aligner les bons mots, de surprendre avec des déclarations inédites et pleines de (très virtuelles) bonnes intentions. C’est bien joli de jouer les saintes-nitouches, les vierges effarouchées et/ou les duchesses offensées, de jurer ses grands dieux que l’alliance de Mar Mikhaïl, même si ce n’est pas son but originel, ne fait pas le bonheur de Damas. C’est bien joli de multiplier de mortifères plans B, B’, B’’, de promettre de terrifiants plans C tout en se cachant derrière des droits démocratiques que le gros de ces néo-opposants ne se gênait pas de fouler aux pieds pendant les longues années de plomb de la tutelle syrienne. C’est bien joli d’archiverrouiller le Parlement, de stériliser donc la quintessence de la vie politique libanaise, tout en criant au déséquilibre du partage du pouvoir entre chiites et sunnites. C’est bien joli de dire que l’assassinat de Rafic Hariri et le tribunal international sont affaire de tous les Libanais et de continuer, pour les beaux yeux de l’ex-ophtalmo du palais des Mouhajirine, de ne rien faire pour que soient jugés les assassins, de ne même pas prendre la peine de dire ce qui ne plaît pas dans les statuts de cette instance qui, au rythme où vont les choses, verra le jour dans 150 ans. C’est bien joli, mais maintenant ? Il y a du foutage de gueule carabiné. Non content de violer allègrement la résolution 1701 qui a mis fin à la destruction du Liban, en continuant de recevoir, via la passoire libano-syrienne, des tonnes d’armes et de munitions en tout genre, le Hezbollah n’a pas peur du ridicule : voilà qu’il demande que soit respectée à la lettre la déclaration ministérielle d’un gouvernement qu’il qualifie trois fois par jour d’illégitime, d’anticonstitutionnel et de télécommandé par les Américains, ce fameux gouvernement Feltman, après avoir demandé à ses ministres d’en démissionner. Surtout que ce paragraphe de cette déclaration ministérielle est devenu naturellement et automatiquement obsolète maintenant que sont postés, au Liban-Sud, près de 12 000 Casques bleus onusiens et le gros de l’armée libanaise, qui a prouvé mercredi toute sa bravoure. C’est inouï. Aussi inouï que cette (mal)chance qui a voulu que le camion d’armes, qui lui était, selon le Hezb lui-même, destiné, soit tombé en panne : combien d’autres camions sont arrivés, eux, à destination, sans que personne ne le sache ou ne les voit, du moins officiellement ? Et combien de camions vont continuer à transiter par la banlieue sud sans que ne soit prise cette décision politique, risquée mais indispensable, visant à les intercepter ? Et pourquoi des armes de rue, comme le laisse entendre une source proche des renseignements généraux ? Et pourquoi ne pas avoir prévenu l’armée que ce camion arrivait, surtout qu’on n’a de cesse d’exiger la participation aux décisions ? Il y a du foutage de gueule, et, pire encore, du sabotage. Jusqu’à quand continuera-t-on, du côté du Hezbollah, pendant que cheikh Abdel-Amir Kabalan ne rate pas une occasion de la saluer, de tirer à boulets rouges contre la Finul, c’est-à-dire contre la planète entière ; de l’accuser de vouloir protéger Israël, alors que sa mission est l’une des plus dangereuses et courageuses ? Jusqu’à quand va-t-on continuer à faire primer, à Rabieh, cette fatiguée et fatigante politique du no hear no see ? Michel Aoun ne peut pas à la fois se poser en parangon de l’État fort, de l’État noble, de l’État rayonnant, et abonder dans son alliance avec le parti le plus anti-État que le Liban ait connu : le Hezbollah. Et le tout est à l’avenant. Qu’on se le dise : la schizophrénie politique du général n’a rien à envier à celle de feu Rafic Hariri, qui faisait de l’opposition tous azimuts (au régime syrien via Émile Lahoud) pendant qu’il siégeait au Sérail. Il y a un sacré foutage de gueule ; une insensée volonté de sabotage. Un minimum de sens des responsabilités aurait voulu que Nabih Berry, président de la Chambre, convoque les députés à une séance plénière, en session ordinaire ou extraordinaire, puis que Nabih Berry, député du Sud, chef de bloc parlementaire et chef d’Amal, quitte l’hémicycle. Mais s’il n’y avait que cela : les sources proches de Aïn el-Tiné ont beau avoir nié qu’elles aient conseillé à ce brave Amr Moussa d’aller voir du côté de Damas avant que de penser, éventuellement, retourner à Beyrouth, ce démenti est en soi un aveu. Sans oublier ce fracassant constat, également établi off the record par la deuxième présidence : le retour du médiateur égyptien n’est pas essentiel. Qu’est-ce qui le serait, alors, essentiel ? Que le 8 Mars continue de faire de l’obstructionnisme, refusant le 19+10+1, refusant de débattre clairement et officiellement, fût-ce en huis clos, du tribunal international et de son statut, continuant d’ânonner cette idiotie des législatives anticipées ? Que, comble du comble, Émile Lahoud, le plus illégitime des locataires de Baabda, se pose en père de la vertu et gardien ultime de la Constitution et de sa virginité ? Que l’on en arrive, à partir du 15 février, aux dernières extrémités, au suicide collectif ; que se transforme en bains de sang l’(inter)minable clownerie de l’opposition, sa prise en otage de tout un pays et d’au moins la moitié de la population ? Reste que les événements de ces dernières 48 heures auront réussi, à tout malheur quelque chose de (très) bon, à briser un tabou que d’aucuns s’employaient, sans aucun état d’âme, à constamment raviver : que l’armée libanaise, même dépourvue de missiles iraniens en tout genre, même handicapée par des campagnes illimitées et hallucinantes de dénigrement, de la part même de ceux qui s’enorgueillissaient de l’avoir ressuscitée, même ravagée par les doutes, ceux des noirs mardi et jeudi de la fin janvier, que cette armée donc, qui a tiré la première sur les soldats israéliens, est capable de défendre la souveraineté de son territoire. Et que le monde entier est avec elle. Et avec son droit. Psychologiquement, l’affrontement de mercredi a déverrouillé quelque chose, et c’est bien. La relève étatique, officielle est assurée. Même si chacun est en droit de se poser des questions sur cet embrasement méridional à l’heure où la crise politique est sur le point d’atteindre un climax. À moins que cela ne soit tout simplement la loi des séries. Ziyad MAKHOUL

Qu’est-ce qu’elle veut, qu’est-ce qu’elle fait, exactement, l’opposition ? C’est bien joli d’aligner les bons mots, de surprendre avec des déclarations inédites et pleines de (très virtuelles) bonnes intentions. C’est bien joli de jouer les saintes-nitouches, les vierges effarouchées et/ou les duchesses offensées, de jurer ses grands dieux que l’alliance de Mar Mikhaïl, même si ce n’est pas son but originel, ne fait pas le bonheur de Damas. C’est bien joli de multiplier de mortifères plans B, B’, B’’, de promettre de terrifiants plans C tout en se cachant derrière des droits démocratiques que le gros de ces néo-opposants ne se gênait pas de fouler aux pieds pendant les longues années de plomb de la tutelle syrienne. C’est bien joli d’archiverrouiller le Parlement, de stériliser donc la...