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Actualités - Opinion

LE POINT Dies Iræ

Rien de plus anodin en apparence que les travaux entrepris ces derniers jours à Jérusalem par trois bulldozers relevant de l’Autorité israélienne des antiquités pour raser un monticule, ce qui permettrait d’installer une nouvelle rampe donnant accès à une esplanade proche du mur des Lamentations. En apparence seulement. Car on est là – difficile de l’oublier quand tout, à chaque instant, le rappelle à l’habitant chrétien, musulman, juif – au cœur des trois grandes religions monothéistes, sur un site des plus sacrés et, circonstance aggravante, à une étape de l’histoire de cette terre trop promise où l’horreur frappe aux portes, quand elle n’est pas déjà dans la place, opposant par exemple à Gaza le Fateh au Hamas ou, ailleurs, Arabes et Israéliens. Il suffit alors d’un geste, d’un mot pour que s’enflamment les esprits et que surgissent les engins de mort. Tel-Aviv a beau protester d’une bonne foi dont tout permet de douter et soutenir que les fouilles archéologiques à venir « n’affectent en aucune façon » les édifices proches, il reste qu’il s’agit en l’occurrence du troisième lieu saint de l’islam, abritant la mosquée al-Aqsa et le dôme du Rocher. C’est pourquoi le moindre coup de pioche prend bien vite des allures de casus belli et suscite une mobilisation de masse dans le monde islamique. Demain vendredi a été décrété « jour de colère », prélude à un mouvement plus vaste, plus violent aussi si le gouvernement Olmert ne parvient pas à calmer les appréhensions arabes. C’est que les événements qui avaient succédé à la funeste date du 28 septembre 2000 sont toujours présents dans les mémoires. Ce jour-là, Ariel Sharon se rendait sur l’esplanade des Mosquées, dans un geste destiné à marquer à la fois son entrée sur la scène politique, un an après son accession à la présidence du Likoud, et, pensait-il, la souveraineté de son pays sur cette partie de Jérusalem-Est. Ce geste d’éclat va servir de détonateur à un incendie dont les flammes continueront de brûler des mois durant, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés de part et d’autre. Moins de sept mois après sa malencontreuse initiative, « Arik » déclarait au quotidien Haaretz : « La guerre d’indépendance n’est pas terminée. 1948 n’en fut que le premier chapitre. » Cette fois aussi, soutiennent les Palestiniens, toutes les composantes d’une « intifada III » se trouvent réunies, coïncidant avec une longue succession de malheurs qui ont frappé le peuple palestinien, depuis l’interminable agonie de Yasser Arafat, et débouché sur les rencontres que tiennent depuis hier à La Mecque deux délégations dirigées, l’une par Mahmoud Abbas, l’autre par Khaled Machaal. L’enjeu est d’une extrême importance. Un échec de ces pourparlers de la dernière chance sonnerait pour les Palestiniens le glas de leurs espoirs de sortir enfin du noir tunnel dans lequel ils se trouvent coïncés. Il signifierait aussi une reprise à brève échéance des affrontements armés qui ont fait en quelques jours des dizaines de victimes et la mise en veilleuse (sinon en terre) des nouvelles démarches du quartette, initiées dans un premier temps par la tournée que vient d’effectuer dans la région la chancelière allemande Angel Merkel. Or, de quelque côté que l’on se tourne, il semble évident que la scène proche-orientale ne saurait absorber un choc – encore un ! – de cette ampleur. Qu’il s’agisse du dossier nucléaire iranien, de la guerre irakienne, de l’incertitude concernant l’avenir immédiat de certains régimes en place, du pourrissement de la crise libanaise, les prochaines semaines s’annoncent sous de sombres auspices et l’on voit mal comment l’unique superpuissance encore debout, en passe de devenir le nouvel homme malade de la planète, pourrait en venir à bout. Paradoxalement, ce sont les Palestiniens qui paraissent les moins exposés en dépit des graves déficiences de leur système immunitaire. « Condamnés à s’entendre » : cette expression, on l’a entendue maintes fois depuis mardi soir dans la Ville sainte du royaume. Et comme pour bien marquer son souci de ne pas interférer dans le cours des pourparlers, le monarque wahhabite a tenu à ne pas assister aux contacts préliminaires de la veille. Une absence tout aussi notable qu’est perceptible le poids d’un pays devenu arbitre suprême des grands problèmes qui secouent nombre d’États membres de la Ligue. La symbolique du lieu choisi pour ces réunions de la dernière chance n’a échappé à personne : le palais as-Safa donne en effet sur la grande mosquée d’une cité vers laquelle se tournent plusieurs fois par jour, aux heures de prière, des millions de fidèles et convergent chaque année des groupes compacts de pèlerins. Comme si, entre deux esplanades, il y avait toute la distance qui sépare la guerre de la paix. Christian MERVILLE

Rien de plus anodin en apparence que les travaux entrepris ces derniers jours à Jérusalem par trois bulldozers relevant de l’Autorité israélienne des antiquités pour raser un monticule, ce qui permettrait d’installer une nouvelle rampe donnant accès à une esplanade proche du mur des Lamentations. En apparence seulement. Car on est là – difficile de l’oublier quand tout, à chaque instant, le rappelle à l’habitant chrétien, musulman, juif – au cœur des trois grandes religions monothéistes, sur un site des plus sacrés et, circonstance aggravante, à une étape de l’histoire de cette terre trop promise où l’horreur frappe aux portes, quand elle n’est pas déjà dans la place, opposant par exemple à Gaza le Fateh au Hamas ou, ailleurs, Arabes et Israéliens. Il suffit alors d’un geste, d’un mot pour que...