La résistance dans notre pays n’est pas celle que l’on croit.
Est résistant le citoyen réveillé à 7 h, même en week-end, par les marteaux-piqueurs d’un chantier voisin, qui a obtenu « une permission spéciale » de contourner la loi pour ériger une tour, après avoir démoli une superbe maison ancienne que le monde entier nous envierait.
Est résistant aussi celui qui, pour arriver à son bureau situé à 1 km de son domicile, doit passer une demi-heure dans un inextricable embouteillage dû aux sit-in et autres folklores, à s’égosiller contre les mobylettes qui viennent à contresens, les voitures arrêtées en double file et les conducteurs qui n’abandonnent pas un instant leur seul moyen d’expression, le klaxon.
Celui qui, arrivé épuisé à son lieu de travail, les cheveux hirsutes, les cernes creusées, les nerfs déjà à bout, il n’est pas encore 9 h, doit cohabiter avec ses collègues encore fumeurs qui sont, bien que résistants aussi, sans le savoir, aux mêmes problèmes, d’une autre couleur politique que la sienne.
Est résistant celui qui se trouve, à l’heure du déjeuner, dans un café bondé de femmes qui fréquentent le même coiffeur et le même chirurgien, et qui doit partager, sans le vouloir, une discussion hautement politique. Revenant à pied vers son lieu de travail, notre résistant brave alors les trottoirs envahis par les voitures, des 4x4 de préférence, les pluies torrentielles et les inondations qui suivent, et surtout les affiches vendant un pays au bord du gouffre et des politiciens au bord de la crise de nerfs.
Si l’envie le prend, le soir, d’aller au cinéma, le citoyen libanais redevient un résistant contraint de subir les commentaires de ses voisins, les applaudissements, les craquements de popcorn et autres sonneries de cellulaire. Obligé de rentrer à la maison car tous les restaurants de la ville affichent un « complet, vous n’avez pas réservé ? », il succombe une fois de plus, une fois de trop, à la tentation de mettre la télévision. Et là, le résistant, obligé de subir les propos scandaleux de ces mêmes politiciens aux affiches scandaleuses, aux regards fous et aux déclarations de mauvaise foi, arrive presque au bout de sa résistance.
Car la résistance ultime est celle qu’il doit mener, ce soir-là, comme les autres soirs, contre l’insomnie et surtout l’angoisse d’un lendemain qu’on ne cesse de lui prédire, plus encore, de lui promettre, comme une mission patriotique ou céleste, « pire que la veille ».
Carla HENOUD
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Est résistant le citoyen réveillé à 7 h, même en week-end, par les marteaux-piqueurs d’un chantier voisin, qui a obtenu « une permission spéciale » de contourner la loi pour ériger une tour, après avoir démoli une superbe maison ancienne que le monde entier nous envierait.
Est résistant aussi celui qui, pour arriver à son bureau situé à 1 km de son domicile, doit passer une demi-heure dans un inextricable embouteillage dû aux sit-in et autres folklores, à s’égosiller contre les mobylettes qui viennent à contresens, les voitures arrêtées en double file et les conducteurs qui n’abandonnent pas un instant leur seul moyen d’expression, le klaxon.
Celui qui, arrivé épuisé à son lieu de travail, les cheveux hirsutes, les cernes creusées, les...