L’horreur au quotidien en Irak, une plongée terrifiante dans les abysses de l’intolérable, l’anarchie, le chaos sans cesse renouvelés en Palestine, des gesticulations macabres sur un volcan en éruption, deux exemples d’une même folie, un même suicide collectif, une toile de fond cancérigène pour une pièce libanaise qui se joue à guichets fermés.
Une bien sombre, bien lugubre entrée en matière pour une réalité implacable, inexorable : au Liban, les acteurs sont devenus les pions, les marionnettes d’un théâtre d’essai mis en place par des apprentis sorciers, des docteurs Folamour exerçant leur sale boulot à partir de bunkers sécurisés.
Les voiles du mensonge, de l’hypocrisie se sont déchirés et les objectifs, les véritables enjeux apparaissent désormais dans leur cruelle évidence. Le Liban, une carte maîtresse, un dé pipé dans le jeu des nations ? Un cliché peut-être, mais une certitude affligeante qui se confirme jour après jour, une fatalité qui pèse de tout son poids sur la scène locale et qui se traduit par de brusques ruptures, des trêves factices, des accusations féroces. Un terrain de jeu miné où les équipes adverses ont perdu tout sens de la mesure, où les arbitres ont pris la poudre d’escampette, ont fui sans demander leur reste.
Gouvernement d’union nationale, participation aux décisions capitales, assainissement des finances publiques, lutte contre la corruption, des slogans remâchés, ressassés, évidents dans des démocraties qui se respectent, mais brandis au Liban comme autant de menaces, des revendications légitimes, mais dévoyées, placées au service d’intérêts, d’agendas suspects.
En clair, si la crise est libanaise, les enjeux, eux, sont régionaux, si les protagonistes sont des Libanais, les tireurs de ficelles, eux, sont des étrangers.
La trame, la pièce essentielle de la charpente, c’est le bras de fer entre l’Iran et les États-Unis, le conflit sur le nucléaire, la sous-trame, c’est le différend saoudo-iranien, la montée, la crue irrépressible du chiisme, l’intrusion de l’Iran perse dans d’anciennes chasses gardées du sunnisme arabe.
Mais si la trame et la sous-trame restent, relativement, sous contrôle et laissent la porte ouverte à des solutions, ou du moins à des arrangements provisoires, un trublion, un empêcheur de tourner en rond, hargneux et acariâtre, n’arrête pas de se manifester : la Syrie. Un grain de sable qui veut une place prépondérante dans la charpente et qui, faute d’avoir été écouté, sollicité, rejoue, en toute impunité, sa carte préférée, celle de la nuisance dans son ancien fief, dans son Andalousie perdue : le pays du Cèdre.
Car, ne l’oublions pas, en arrière-plan se profile une épée de Damoclès, celle dont la Syrie n’arrive pas à se débarrasser : le tribunal à caractère international. La nuisance syrienne, à cet égard, est double : au niveau politique, par l’intermédiaire de ses alliés, passés maîtres dans l’art du blocage, au niveau sécuritaire, par l’exploitation des antagonismes sectaires et le recours aux groupuscules qui lui sont inféodés, experts patentés en basses œuvres.
Par-delà cette tentative de hold-up, la Syrie aspire, bien évidemment, à redevenir un interlocuteur incontournable des États-Unis. Ses « bons offices » en Palestine et en Irak, des bombes minutées savamment dosées, vont d’ailleurs dans le même sens et en parallèle aux initiatives lancées par Téhéran au grand dam de l’Arabie saoudite.
Le Liban, passage obligé de messages piégés adressés à Washington aussi bien par la Syrie que l’Iran ? La perpétuation de la crise interne, le blocage de toutes les voies menant au dialogue accréditent cette thèse, une thèse confortée tout récemment par le chef du Législatif, Nabih Berry, qui s’est dégagé allègrement de son rôle d’arbitre pour mieux afficher ses préférences politiques, son alignement partisan.
Où va le Liban ? Difficile de répondre sans admettre que la situation est pour le moins préoccupante, que les mardi et jeudi noirs de janvier passé ont constitué de chaudes alertes et que les jours qui viennent sont porteurs de grands défis.
Il reste que la société civile commence à se manifester, renvoyant dos à dos toutes les parties. Du collectif de citoyens et amis du Liban au mouvement du 11 Mars en passant par l’appel émouvant des jeunes d’Offre Joie, l’aspiration est la même : paix et dialogue.
Une paix prise en otage jusqu’à ce jour et que les tuteurs, les parrains des uns et des autres ne se décident toujours pas à libérer. Faut-il, pour cela, céder aux chantages ?
Nagib AOUN
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Une bien sombre, bien lugubre entrée en matière pour une réalité implacable, inexorable : au Liban, les acteurs sont devenus les pions, les marionnettes d’un théâtre d’essai mis en place par des apprentis sorciers, des docteurs Folamour exerçant leur sale boulot à partir de bunkers sécurisés.
Les voiles du mensonge, de l’hypocrisie se sont déchirés et les objectifs, les véritables enjeux apparaissent désormais dans leur cruelle évidence. Le Liban, une...