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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Faisons un rêve… Michel TOUMA

Un cauchemar. C’est un véritable cauchemar que la population vit depuis plusieurs semaines. Non seulement en raison de la crise politique qui déstabilise le pays, mais aussi parce que nombre de Libanais sont en plein désarroi. Nombre de Libanais ne comprennent pas que certaines fractions locales fassent de la sorte le jeu de ceux qui, depuis l’été 2005, n’ont cessé de proclamer haut et fort leur détermination à replonger le Liban dans la tourmente et la déstabilisation. Nombre de Libanais ne comprennent pas, et n’en croient pas leurs yeux, que le général Michel Aoun ait pu se retrouver dans le même camp, du même côté de la barricade que tous ceux qui, le 8 mars 2005, avaient organisé un grand rassemblement à la place Riad el-Solh pour exprimer leur « gratitude » à l’égard de la Syrie. Nombre de Libanais souhaiteraient revenir en arrière, dans l’espoir que les choses évoluent, à la base, autrement. Ils souhaiteraient revenir en arrière pour savoir si, à titre d’exemple, le chef du Courant patriotique libre aurait pu s’engager sur une autre voie que celle dans laquelle il se retrouve aujourd’hui. Il faudrait, pour satisfaire sa curiosité intellectuelle à cet égard, monter à bord d’une machine à remonter le temps. Puisque l’heure est à la stagnation, pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Empruntons donc cette machine pour imaginer un scénario que le général Aoun aurait pu peut-être retenir afin d’éviter d’entraîner une partie des chrétiens sur un terrain qui n’est pas le leur. Un scénario qui paraîtra, à la première lecture, utopique, chimérique, irréaliste. Mais lorsque l’on possède le crédit populaire, la personnalité, l’envergure ainsi que les moyens politiques et législatifs du général Aoun, rien ne devient irréalisable ou utopique, surtout si l’on est motivé par une réelle volonté de changement. Prenons donc place à bord de cette machine à remonter le temps et, comme dans la célèbre pièce de Sacha Guitry, « faisons un rêve »… *** Nous sommes en juillet 2005. Les premières élections législatives libres depuis 1972 viennent d’être organisées. L’alliance du 14 Mars remporte 71 sièges et le CPL et ses alliés 21. Des tractations laborieuses en vue de la formation du gouvernement sont entreprises. La majorité commet l’erreur historique, et de principe, de tenir le CPL à l’écart du premier cabinet de la nouvelle indépendance en dépit du fait que le courant aouniste a remporté près de 70 pour cent des voix de l’électorat chrétien. Le général Aoun comprend alors qu’il est la cible d’un véritable ostracisme de la part de la majorité qui vient de naître. Une alternative se pose à lui : s’allier au camp opposé au 14 Mars, c’est-à-dire aux nostalgiques de l’ère syrienne qui viennent d’être balayés, tous, par les urnes et qui ont donc besoin d’un levier pour ne pas être relégués aux oubliettes ; ou se poser, plutôt, en véritable moteur de changement. Fort du crédit populaire dont il jouit, du large mandat que viennent de lui octroyer les électeurs chrétiens et de sa forte présence au Parlement, le général Aoun réalise qu’il bénéficie désormais d’atouts importants qui lui permettent de tracer une troisième voie réformiste, de proposer enfin aux Libanais un projet concret qui se démarque des manœuvres et des calculs de la classe politique traditionnelle. Le temps est peut-être venu de rassembler les Libanais autour d’un programme bien ficelé, bien étudié, qui permettrait de sortir le pays des méandres de la corruption, du clientélisme et de la mentalité de « fromagiste » qui ont longtemps miné le système libanais. La solution de facilité est, certes, de jouer le jeu politicien classique, d’opter pour le chemin « réaliste » en établissant des ponts et des alliances avec tous les laissés-pour-compte marginalisés par l’intifada de l’indépendance. Après tout, on ne peut faire de politique, surtout au Liban, qu’avec les acteurs qui existent sur le terrain, chuchotent certains conseillers. Mais il s’agit là d’une façon de penser foncièrement traditionnelle, voire rétrograde, qui ne cadre pas avec l’image que les Libanais ont du général Aoun. De plus, ces laissés-pour-compte étant tous des symboles de la tutelle syrienne, ils constitueraient à terme autant de boulets pour le chef du CPL. Même une alliance envisageable avec le Hezbollah et Amal – qui demeurent, malgré tout, des défenseurs des intérêts syriens – risquerait de déboucher sur une situation politiquement inconfortable. En fin stratège, et désirant proposer aux Libanais une alternative sérieuse à la classe politique traditionnelle rongée par la corruption, le général Aoun opte pour la voie la plus difficile, la plus dure : celle du changement. Il réorganise radicalement sa formation politique afin de la transformer en un parti moderne en bonne et due forme, bien structuré, permettant une hiérarchisation et une véritable alternance dans la prise en charge des responsabilités, offrant un cadre d’action aux forces vives de la société, à tous les échelons. En clair, le général Aoun s’emploie à mettre en place une expérience nouvelle de démocratisation de l’action politique, avec une approche citoyenne, insufflant un esprit nouveau au sein de la jeunesse, en prenant bien soin de ne pas verser dans le populisme, la facilité et la démagogie primaire. À cette fin, il effectue une large ouverture en direction des étudiants, des jeunes, des cadres moyens et supérieurs, des membres des professions libérales, des milieux d’affaires et même des cercles diplomatiques non pas tant pour les embrigader mais plutôt pour les sensibiliser à son programme de réformes multisectoriel. Pour jouer son rôle d’opposant, dans le sens occidental du terme, le général Aoun s’entoure d’une équipe d’experts, de penseurs, d’hommes d’action qui lui préparent des dossiers, des études basées sur des chiffres et des données solides, portant sur les différents domaines de la gestion des affaires publiques. Cela lui permet d’attaquer la politique du gouvernement non pas en lançant des formules lapidaires creuses, en présentant son opposition comme une simple lutte pour le pouvoir, mais en proposant plutôt des solutions de rechange et en montrant qu’il est entouré d’une élite, d’une équipe crédible et diversifiée, susceptible de constituer réellement une alternative à la classe politique traditionnelle. Parallèlement, le CPL se livre à un travail d’information et de sensibilisation au niveau des villages, des universités, des acteurs de la société civile, des organismes professionnels, afin d’exposer son plan de réformes. Ce travail fondateur, appuyé à la Chambre par un large groupe parlementaire, s’accompagne de temps en temps d’une réaffirmation des positions souverainistes de principe du CPL, sans pour autant partir en guerre contre la Syrie ou l’Iran. Cela permet ainsi au courant aouniste de se positionner en rassembleur et de maintenir des rapports rationnels et non conflictuels avec les principaux acteurs de la scène locale. Cette dynamique de changement, dans toute l’acception du terme, place le général Aoun en très bonne position à l’approche de l’échéance présidentielle et des prochaines élections législatives… *** Mais cessons de rêver…
Un cauchemar. C’est un véritable cauchemar que la population vit depuis plusieurs semaines. Non seulement en raison de la crise politique qui déstabilise le pays, mais aussi parce que nombre de Libanais sont en plein désarroi. Nombre de Libanais ne comprennent pas que certaines fractions locales fassent de la sorte le jeu de ceux qui, depuis l’été 2005, n’ont cessé de proclamer haut et fort leur détermination à replonger le Liban dans la tourmente et la déstabilisation. Nombre de Libanais ne comprennent pas, et n’en croient pas leurs yeux, que le général Michel Aoun ait pu se retrouver dans le même camp, du même côté de la barricade que tous ceux qui, le 8 mars 2005, avaient organisé un grand rassemblement à la place Riad el-Solh pour exprimer leur « gratitude » à l’égard de la Syrie.
Nombre de Libanais...