En référence à l’Église fondée par celui qui a dit « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité », je refuse, moi, fils de cette Église, que la vérité soit mise à mal par des déclarations du genre de celle-ci : « Tous les Libanais sont impliqués dans les luttes fratricides. » (L’Orient-Le Jour du 27/1/07). Dans le drame du mardi noir suivi du jeudi, la responsabilité est-elle à répartir également entre les « deux parties », entre ceux qui ont décidé la soi-disant « grève pacifique », et ceux qui, par insuffisance d’organisation, ont été débordés ? Ce serait alors la mise dans le même sac, et du gouvernement et de l’opposition ! Le gouvernement, qui accomplit sa tâche (avec des points critiquables, sans doute), et l’opposition, qui l’attaque, proclamant vouloir le renverser par tous les moyens (légaux, prétend-elle). Tous les moyens ?… Sauf le seul légal, à savoir le jeu démocratique : un vote du Parlement retirant au gouvernement la confiance qu’il lui avait accordée.
Mais l’opposition passe outre : un beau jour, elle décide que le gouvernement était devenu illégal et elle le somme de partir (déclarations véhémentes du général Aoun). Pourquoi ? Parce que, dit-elle, les députés chiites avaient claqué la porte et quitté le cabinet. De par l’absence des chiites, le général a considéré que la Constitution avait été transgressée dans sa clause stipulant que tout acte contraire à l’entente nationale est nul. Donc, sans ministres chiites, le cabinet est devenu illégal ! Il est clair que ce qui est sanctionné par la Constitution est un acte qui comporterait l’exclusion vis-à-vis d’une communauté. Or, justement, le gouvernement, loin d’exclure les ministres, n’a fait que les inviter à regagner leurs sièges. Sauf que, dans la logique de l’opposition, il suffit qu’un individu, ou une formation, déclare de son propre cru que « le gouvernement est illégal », pour qu’elle puisse entreprendre de le renverser par tous les moyens. Il y a là une calomnie et une agression passibles, l’une et l’autre, de la justice répressive.
Autre grief de l’opposition : la mauvaise gestion. Là, les meneurs ont la partie belle : la crise sociale et économique sévit parmi la population. Le gouvernement est montré du doigt. Les gens n’en peuvent plus. Il n’est pas difficile d’en convaincre une partie de la responsabilité du gouvernement. Le plus frappant, c’est que celui qui donne discrètement les directives – exécutées par son allié le chef du CPL – est le sayyed Hassan Nasrallah, héros du 12 juillet, qui a confessé : « Si j’avais soupçonné que l’ennemi allait réagir à ce point, je n’aurais pas procédé à l’enlèvement des deux soldats. » Ce que le bon peuple oublie lorsque les meneurs lancent leurs invectives, c’est que le gouvernement a accompli de grandes performances de gestion pour arrêter l’effondrement du pays dans la guerre catastrophique de juillet. Ce qu’on oublie, c’est qu’à la veille de cette guerre, le pays était en train de se relever de façon remarquable, les rentrées des finances augmentant au rythme de 9,7 % et les dépenses diminuant de 6,4 % (L’Orient-Le Jour du 13/1/07, page 8). Peut-on parler de mauvaise gestion ? Et celui qui dirige cette orchestration est-il bien placé alors qu’il a déclenché la guerre de juillet ?
Par contre, peut-on ignorer le travail accompli par l’équipe gouvernementale qui, durant quatorze mois, a préparé le rapport à Paris III qui a obtenu pour le Liban le montant inespéré de 7,6 milliards de dollars pour son relèvement ? Les plus grands hommes de finance au monde, après avoir scruté le sérieux des travaux du gouvernement, nous ont accordé une aide inespérée et sans précédent. Et l’on vient prétendre la mauvaise gestion ?
Ce qui n’est pas admissible, c’est que dans l’illusion de prêcher pieusement la paix, on mette tout le monde dans le même panier, ceux qui se sont obstinés à organiser les sit-in et les grèves au mépris de toutes les mises en garde, et ceux qui viennent de remporter un succès retentissant et inespéré à Paris III. La vérité est bien malmenée lorsque, en haut lieu, on dit qu’« aucun Libanais n’est meilleur que l’autre » et que « tous sont impliqués ». Revient alors à la mémoire l’interrogation de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? »
Quand on a les pieds sur terre et qu’on est en mesure de rétablir la vérité, je considère que c’est un devoir de ne pas rester calfeutré dans un silence confortable.
Albert SARA
Avocat
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats