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Actualités - Opinion

Un back-ground iranien lourd d’intentions bien avouées

Doit-on considérer la grève de mardi, pour sanglante qu’elle fût, comme un simple rush ciné ? Un bout d’essai pour le scénario irano-syrien prévu pour le cas où il n’y aurait au Liban aucune solution, même temporaire ? Du côté de Téhéran, la presse officielle est on ne peut plus explicite, au sujet de ce plan. On y relève, en toutes lettres, que « le Liban se trouve confronté à des changements que son gouvernement actuel n’est pas en mesure de traiter. Il est en effet indispensable de changer les institutions dans ce pays, au profit de la communauté chiite. Car le Hezbollah a gagné en importance, après son héroïque victoire, qui modifie toutes les circonstances au Liban et dans la région. Le président Siniora, portant un bandeau sur les yeux, emprunte une voie dont l’issue lui serait extrêmement préjudiciable. S’il continue à rejeter les revendications du peuple libanais, cela conduirait à des heurts entre les différentes communautés ou groupements politiques du pays. Les manœuvres du gouvernement ne dureraient pas longtemps, au cas où Siniora refuserait toujours ces demandes. En effet, le Liban affronterait alors, dans un avenir très proche, des dangers intérieurs autant qu’extérieurs ». Ces indications, ces menaces pas du tout voilées, trouvent leur traduction et leur coup d’envoi, dans la grève meurtrière de mardi, assortie de pneus brûlés et de routes coupées. Les heurts annoncés par les Iraniens ont commencé à se produire sur le terrain. Ce qui montre que la double exigence opposante d’une participation au pouvoir avec un tiers de blocage est maintenant largement dépassée. L’objectif premier, du moins celui qui est déclaré car le vrai reste sous silence, devient l’organisation de législatives anticipées. Dont les résultats, selon les contestataires, devraient bouleverser le rapport de force institutionnel et leur permettre de mettre la main sur le pouvoir. Plus précisément, et selon les vœux de Téhéran, le changement s’opérerait en faveur de la communauté chiite. Et, plus précisément encore, en faveur de la fraction qui rejette l’accord de Taëf et veut le remplacer. Le calcul établi prévoit également un repli du plan B au plan A. C’est-à-dire que l’opposition espère que la pression qu’elle exerce au moyen de la rue et de la violence lui ferait décrocher le tiers de blocage, à défaut des élections anticipées. Lui redonnant ainsi, avec les soutiens des présidents Lahoud et Berry, la possibilité d’orienter à son gré les décisions du Conseil des ministres. En disposant à sa guise du sort du gouvernement, qu’elle pourrait faire éclater à tout moment, en cas de résistance accentuée de la majorité. Parallèlement, l’opposition cherche à placer le camp d’en face devant le choix suivant : ou bien accepter l’élection à la présidence de la République d’un homme à elle ; ou bien exposer le pays à un vide institutionnel. Tant au niveau de la première magistrature, qui resterait inoccupée, qu’à celui d’un gouvernement démissionné ipso facto après le départ des ministres formant le tiers dit de blocage. Sans compter que le rôle du Parlement resterait bloqué. Logique Un député expérimenté, un vétéran qui suit de près la vie politique locale depuis l’ère de l’indépendance, observe que si l’opposition représentait vraiment la majorité des Libanais, comme elle le prétend, elle n’aurait tout simplement pas eu besoin de brûler des pneus, de couper les routes, pour imposer de force une fermeture générale. Elle ne serait pas descendue dans la rue, n’aurait pas causé de clashes pour empêcher les gens de se rendre à leur travail. Elle n’aurait eu qu’à lancer un mot d’ordre de grève pour être massivement, sinon unanimement, suivie. Le fait qu’elle ait recouru à des moyens violents prouve bien, affirme le professionnel, qu’elle n’est pas certaine du tout de traduire les sentiments de la majorité des Libanais, tant s’en faut. D’ailleurs, on a pu voir que le monde du travail dans son ensemble, les travailleurs eux-mêmes, les patrons, les organismes économiques ou encore le secteur pédagogique sont loin d’être de son côté. Elle a dès lors agi pour que la fumée noire dont elle a couvert le pays masque l’échec de la grève en tant que générale. On est aux antipodes de l’esprit de Gandhi, dont se targuent certains opposants. Le Mahatma a acquis sa réputation universelle par sa philosophie de la non-violence. Suivis par l’Inde entière, ses appels à des mouvements pacifiques ont fini par forcer le colonisateur britannique à se retirer. Chez nous également, le Front antirégime a obtenu en 1952 le départ du président Béchara el-Khoury par une grève générale pacifique. Sans qu’aucun sang ne soit versé, ni même une gifle donnée. Pour la simple raison que les Libanais sont restés chez eux de leur plein gré. Il n’y avait donc pas un chat dans la rue et encore moins de pneus brûlés. Il n’est rien de plus facile que de recourir à la violence. Mais c’est l’arme des faibles. C’est pourquoi, les sources citées estiment que le camp contestataire n’a fait, mardi, que confirmer l’échec de ses vues. Elles lui reprochent, en outre, de ne pas suivre un agenda uniquement libanais. Donc, de ne pas prendre en considération, avant tout, l’intérêt national bien compris. Sans quoi, l’opposition se serait contentée, à leur avis, des sit-in. Puis, constatant qu’ils ne donnaient rien après plus de 50 jours, d’un mot d’ordre de grève, mais tout à fait pacifique. Pour montrer, et démontrer, que le peuple est avec elle. Et obliger le gouvernement à partir. Sans casser le pays, ni le ruiner. À quoi lui servirait-il, concluent ces personnalités, de régner sur des décombres fumants. Selon les indépendants, il est encore possible de tout rattraper ou presque. En concluant un compromis basé sur les suggestions des conciliateurs arabes. C’est-à-dire en élargissant le cabinet en place, suivant la formule Moussa de 19-10 plus un ministre-roi. Cette équipe trancherait alors au sujet du statut du tribunal international et élaborerait, ou adopterait, une nouvelle loi électorale. Aux fins de législatives anticipées, précédées par un accord sur un président de consensus. Ou alors, suggèrent ces cadres, un gouvernement transitoire neutre, pour préparer les élections, la présidentielle comme les législatives. Émile KHOURY

Doit-on considérer la grève de mardi, pour sanglante qu’elle fût, comme un simple rush ciné ? Un bout d’essai pour le scénario irano-syrien prévu pour le cas où il n’y aurait au Liban aucune solution, même temporaire ?
Du côté de Téhéran, la presse officielle est on ne peut plus explicite, au sujet de ce plan. On y relève, en toutes lettres, que « le Liban se trouve confronté à des changements que son gouvernement actuel n’est pas en mesure de traiter. Il est en effet indispensable de changer les institutions dans ce pays, au profit de la communauté chiite. Car le Hezbollah a gagné en importance, après son héroïque victoire, qui modifie toutes les circonstances au Liban et dans la région. Le président Siniora, portant un bandeau sur les yeux, emprunte une voie dont l’issue lui serait extrêmement...