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Actualités - Opinion

Le point Le beurre et le canon

George W. Bush a de la suite dans les idées, même quand elles sont mauvaises. Il vient de le prouver encore une fois, à l’occasion de son message sur l’état de l’Union, l’avant-dernier de son second mandat. Il est clair que l’homme déteste changer d’avis et en cela il est loin d’être imprévisible. Mais tout de même... Alors qu’il est au plus bas dans les sondages, que la guerre sur les bords de l’Euphrate tourne au cauchemar, il s’entête à croire possible une victoire militaire grâce à l’envoi de 21 500 hommes supplémentaires, jugé nettement insuffisant par tous les stratèges et d’ailleurs survenant trop tard. Sa seule concession aux démocrates, désormais majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, a consisté en un (timide) appel à « donner une chance à la nouvelle stratégie en Irak ». Au vu des premières réactions enregistrées dans les rangs de ses adversaires, il n’a que de très faibles chances d’être entendu. Chargé de porter la réponse de ses pairs à l’offre présidentielle, Jim Webb, un vétéran du Vietnam qui étrennait ses galons de sénateur gagnés dix-huit jours auparavant, a été particulièrement cruel : «Le chef de l’Exécutif et le Parti républicain ne sont plus en charge de la politique du pays », a-t-il lancé devant les journalistes, un peu surpris quand même par la virulence de cette attaque frontale. Avant d’enfoncer le clou : « D’ailleurs, ils n’ont pas de plan, tout au plus des ajustements d’ordre tactique. » Le représentant de la Virginie, passé dans le camp « ennemi » après avoir refusé l’an dernier de poser pour les photographes au côté de l’hôte de la Maison-Blanche, lors d’une réception officielle, avait mené sa campagne chaussé des « rangers » de son fils, qui se bat aujourd’hui à Bagdad. C’est dire combien crucial est devenue le thème de la guerre aux yeux de l’opinion publique. Et combien sévère est le regard que les Américains portent désormais sur l’action du commandant suprême des armées. À cet égard, les chiffres sont plus éloquents encore que les faits. Aujourd’hui, la cote de popularité du président est tombée à vingt-huit pour cent, le niveau le plus bas depuis l’ère Nixon au plus fort du scandale du Watergate ; ils sont soixante-six pour cent à se prononcer contre l’envoi de renforts ; enfin, les trois quarts des Américains jugent que, sur le terrain, cela va mal et la moitié du pays est opposée à l’octroi par le Congrès de crédits additionnels destinés à alimenter l’effort de guerre. Confronté à une opposition aussi nette, le successeur de Bill Clinton brandit l’épouvantail du terrorisme en Afghanistan et ... au Liban. « Un retrait prématuré déboucherait sur une contagion de la violence, a-t-il dit mardi, et finalement toute la région pourrait être entraînée dans le conflit. L’Amérique n’a pas le droit d’échouer. » Il aurait été bien inspiré de reconnaître que l’Amérique n’avait pas le droit de se lancer dans une « croisade » pour, soutenait-il alors, découvrir des armes de destruction massive (inexistantes), démanteler les cellules d’el-Qaëda (absentes à l’époque, mais solidement implantées depuis – Merci Oncle Sam) et instaurer une démocratie dont l’exemple aurait été contagieux pour l’ensemble du Proche-Orient (à ce détail près que les États concernés sont immunisés contre un tel virus). On ne s’étonnera pas que sur les douze pages du message, près de la moitié étaient consacrées au Moyen-Orient, parce que, bien plus que d’une confrontation par les armes, « il s’agit d’une lutte idéologique avec pour enjeu la sécurité de notre nation ». Ni que, bloqué sur ce chapitre, l’orateur ait choisi, après un baroud d’honneur, de botter en touche. Passons sur l’indispensable équilibre budgétaire d’ici à cinq ans, un objectif plutôt difficile à atteindre, de l’avis de tous les experts ; sur de meilleures prestations des services Medicare et Medicaid. Ouvrons plutôt bien grands les yeux pour suivre le changement de pied : l’orateur – soudain mué en émule d’Al Gore – voudrait voir ses concitoyens réduire de vingt pour cent leur consommation d’essence et utiliser dès l’an 2017 non moins de 35 milliards de gallons de carburant alternatif au lieu des 7,5 milliards de gallons dès 2012. Aux plans de la Sécurité sociale, de l’immigration, de l’éducation, les améliorations promises pour un avenir proche, sinon immédiat, sont tellement idylliques qu’elles ont suscité maints froncements de sourcils de la part des sceptiques – et ils sont nombreux. Reflétant le point de vue de l’homme de la rue, certains journaux parmi les plus influents se posaient mercredi matin la question de savoir s’il était encore possible de sauver la présidence. En fait, c’est du président qu’il s’agit plutôt. De son parti aussi. La réponse, pour l’heure, est loin d’être positive. Christian MERVILLE
George W. Bush a de la suite dans les idées, même quand elles sont mauvaises. Il vient de le prouver encore une fois, à l’occasion de son message sur l’état de l’Union, l’avant-dernier de son second mandat. Il est clair que l’homme déteste changer d’avis et en cela il est loin d’être imprévisible. Mais tout de même... Alors qu’il est au plus bas dans les sondages, que la guerre sur les bords de l’Euphrate tourne au cauchemar, il s’entête à croire possible une victoire militaire grâce à l’envoi de 21 500 hommes supplémentaires, jugé nettement insuffisant par tous les stratèges et d’ailleurs survenant trop tard. Sa seule concession aux démocrates, désormais majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat, a consisté en un (timide) appel à « donner une chance à la nouvelle stratégie...